Compte-rendu de la visite du mardi 3 février 2004
La Ste Chapelle, la Conciergerie et le Palais
de Justice
Construite entre 1242 et1248 elle a été
"voulue" par Louis IX pour abriter la couronne d'épines du Christ,
acquise par le roi en 1239 auprès de Baudouin
II seigneur français et empereur de Constantinople qui avait contracté un
emprunt auprès des vénitiens et dont il ne pouvait honorer l'échéance. Louis IX
débourse alors 135.000 livres et rentre en France.
C'est à Pierre
de Montreuil qu'il passe commande de l'édifice qui nous occupe pour la
somme de 40.000 livres.
De 1239 à 1248 l'ensemble des reliques reposera à la
chapelle St Nicolas près du Palais Royal. C'est le 26 avril 1248 que
l'édifice actuel, une châsse de dentelle de pierre et de verre, est consacré.
La Chapelle
Basse :
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La Chapelle
Haute :

Joyau du gothique flamboyant nous la découvrons baignée d'un soleil généreux.
C'est cet écrin destiné à recueillir les Saintes Reliques qui a fait l'objet de
tous les soins de l'architecte pour y créer une ambiance de plénitude et de
dévotion. La voûte semble suspendue au-dessus des verrières de 15m de hauteur,
qui constituent les murs simplement façonnés de 9 colonnettes dissimulant ainsi
la masse des contreforts matérialisés par les piliers qui les délimitent. Les
statues des 12 apôtres, adossés aux colonnes constituent la plus importante
décoration sculptée de la chapelle
haute.
Les verrières ornées de 618 M² de vitrail (dont les 2/3 sont des originaux) constituent la plus importante collection de l'art du vitrail du 13ème siècle;
les 1134 scènes représentées constituant une véritable Bible historiée. Chaque
verrière, divisée en lancettes, se lit
de gauche à droite et de bas en haut;
Les Saintes
Reliques étaient entreposées dans une chasse richement rehaussée de
pierreries déposée au sommet de la tribune dorée ajourée, située au fond de
l'abside ; le Vendredi Saint, on les présentait aux fidèles . Outre la Couronne d'Epines, le reliquaire recelait des témoignages des deux
Testaments. A la Révolution, on disperse les reliques. Actuellement leurs
restes se trouvent, pour partie au Trésor de Notre Dame de Paris et à la
Bibliothèque Nationale. Après la désaffection de l'édifice en 1803,les
verrières ont dû leur conservation au fait que les autorités du moment y
déposèrent des archives sur une hauteur de deux mètres. Au milieu du 19ème
siècle, on redonna tout son lustre à cet édifice élégant et aérien, que
flattent les bleus et les rouges de ses admirables vitraux. Dans la nef,
au-dessous de la troisième travée; deux petites niches permettaient au roi et à
sa famille d'assister aux offices, en venant directement de leurs appartements
adjacents.
En conclusion, la Chapelle Basse laisse une impression de mystère, tandis que
la Chapelle Haute, chef-d'œuvre de la transparence accentuée par la verticalité
des verrières (20,50mètres) laissant ainsi passer une lumière colorée ; cette
dernière accentue l'effet de perspective en jouant sur l'épaisseur des nervures
des vitraux. De l'extérieur, on découvrira le chaînage horizontal de fer qui traverse
piles et meneaux et coïncide avec l'armature métallique du vitrail (barbotière) sur lequel vient
reposer le panneau d'une verrière.
A l'extérieur, la sobriété des soubassements et la
puissance des contreforts, s'opposent à la légèreté des parties hautes. La
toiture d'ardoise soutient la flèche en cèdre, haute de 33 mètres; elle a été
réalisée au 19ème siècle , c'est une réplique à l'identique de celle
du 15ème siècle.
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Trois siècles avant JC., les Romains s'installent sur la plus grande des
îles de la Seine : c'est la naissance de
Lutèce, nom celtique signifiant: habitation au milieu des eaux. Les
gouvernements romains, puis les
mérovingiens s'installent dans la meilleure des constructions en pierre
de la cité. Clovis y meurt, les
Capétiens avec Hugues Capet
(987-996) y édifient leur donjon et la chapelle dédiée à Saint
Nicolas, chapelle qui abrite le bâton de pèlerin de ce dernier. Au 13ème
siècle, Louis IX habite la Chambre
Haute (aujourd'hui Première Chambre Civile); il rend la justice dans la cour et
fait édifier la Sainte Chapelle, qu'il reliera directement à son palais par une
galerie. Philippe le Bel, né en 1268, roi en 1285, mort en 1312 y crée un
somptueux palais. En 1358, les émeutiers parisiens, commandés par Etienne Marcel pénètrent dans la
chambre du Dauphin, futur Charles V,
et égorgent ses conseillers. Redevenu maître de la situation, Charles V quitte
le Palais et s'installe à l'Hôtel Saint-Pol, puis au Louvre. Néanmoins le
Palais de la Cité conserve ses prérogatives : administratives, judiciaires,
militaires, affaires intérieures.
Le Parlement est la cour suprême de la justice du
royaume et le roi en nomme les membres. En1522
François 1er en
vend les charges à des titulaires qui se les transmettrons de père en fils.
Ainsi se créerons une multitude de métiers de robe, procureurs, greffiers,
clercs, avocats dont le saint est St Nicolas. Le bâton de ce bienheureux en
dépôt à la chapelle du même nom et qui jouxte la Ste Chapelle donnera son nom
au chef de cette confrérie : Le
bâtonnier.
C'est à la Révolution que la nouvelle administration
judiciaire s'installera dans le vieux palais royal qui deviendra le Palais de
Justice.
Après avoir monté l'escalier bâti par Antoine sous Louis XVI nous arrivons dans la "galerie marchande" ainsi
dénommée car on y trouvait des huissiers, des plaideurs, des libraires, des
lingères, des marchands de colifichets, etc…
En prenant la Galerie de la Sainte Chapelle et le
couloir du Procureur de la République nous arrivons aux "Chambres Correctionnelles" où se
déroulent des audiences. Nous joignons la
Galerie du Duc d'où nous découvrons l'extérieur de la Sainte Chapelle dans
son ensemble.
Ensuite par la
Galerie des Prisonniers nous arrivons dans la salle des Pas Perdus.
C'est l'ancienne Grand'Salle gothique de Philippe
le Bel remaniée au 19ème siècle. Les 2 nefs constituent le
centre du Palais; c'est la "cathédrale de la chicane" ainsi dénommée par Balzac car on y rencontre tous les métiers des hommes de loi. Au
fond et à droite (face au vestibule de Harlay) se trouve la Première Chambre Civile, ancien
appartement de St Louis puis Grand' Chambre du Parlement, décorée d'un
magnifique plafond.
Nous terminons notre visite de l'intérieur du Palais
de Justice en ayant côtoyé des gens qui se déplacent très rapidement, téléphone
à l'oreille, d'un air affairé dans une atmosphère feutrée, mais sans pouvoir
pénétrer dans une salle d'audience, car partout on juge, on plaide en public ou
à huis clos, mais sans se montrer aux groupes de visiteurs (porte-écran,
paravent, etc…).
Cette immense palais, aux couloirs interminables, à
la salle des Pas Perdus imposante (remaniée au 19ème siècle) ne
donne pas l'impression qu'on y travaille….seul le monument de Berryer avocat (1790-1848) rappelle,
symbolisé par une tortue sous le pied droit de la représentation du Droit, la
lenteur judiciaire.
On eut aimé s'introduire dans une salle d'audience, écouter, assister aux "effets de manches" des avocats, admirer le décorum des locaux, etc…mais cela est une autre histoire.
Seule partie, avec la Sainte Chapelle, encore visible du plus ancien des Palais des rois de France. Nous en découvrirons simplement l'intérieur
Les revenus du Concierge –Gouverneur de la Maison du Roi –étaient assurés par les loyers des locataires des boutiques de la Galerie Marchande (du Palais de Justice).La Révolution supprime ces privilèges et installe à sa place le Tribunal Révolutionnaire créé en 1793 par la Convention, et qui sera l'antichambre de la guillotine sous la Terreur. Elle y fera aménager 1200 cellules.
Ces cachots ont vu passer Marie-Antoinette, Charlotte Corday, Mme Du Barry, André Chénier, 21 Députés Girondins, Robespierre, et plus tard Cadoudal, le Mal Ney, Orsini, Ravachol ,etc…Fouquier-Tinville, en sera l'Accusateur Public. Entre janvier 1793 et juillet1794, 2600 prisonniers (environ) sont partis de là vers la guillotine dressée successivement Place du Carrousel aux Tuileries, Place de la Concorde, Place de la Bastille, Place de la Nation, où tombèrent 1306 têtes en 40 jours, et à nouveau Place de la Concorde.

Nous arrivons dans la Salle des Gens d'Armes, hébergeant actuellement une exposition sur Prosper Mérimé, premier homme d'état à avoir fait dresser un inventaire des sites et monuments à classer. Cette salle monumentale, construite entre 1302 et 1313 est une halle gothique à quatre nefs longue de 64 mètres, large de 27,50 mètres et haute de 8,50 mètres à la clé. C'est un chef-d'œuvre de l'art gothique civil. Elle servait de réfectoire au personnel de la Maison du Roi : 2000 personnes. On devine quatre vastes cheminées qui servaient de rôtissoire
et au chauffage . Les cuisines sont actuellement fermées. Les constructions élevées au 18ème siècle dans la Cour du Mai, ont amené la disparition des fenêtres, ce qui assombri cette superbe réalisation. De forts piliers soutiennent les voûtes gothiques et des piliers simples et sans grâce – rajoutés au 19ème siècle –renforcent l'escalier de la salle des Pas Perdus du Palais de Justice, située juste à l'étage supérieur.
"La Rue de Paris" sur la face ouest de la Salle des Gens d'Armes est séparée de cette dernière par un mur. A la Révolution elle a été baptisée du nom du bourreau; elle accueillait, dans ses quatre travées, "les pailleux", prisonniers sans ressources, et les "pistoles", ceux plus aisés qui pouvaient se payer une cellule individuelle – avec un lit- et une nourriture soignée
Nous accédons à la salle des gardes où siégeait le Tribunal Révolutionnaire c'est à cet endroit que Philippe le Bel tenait son "lit de justice" : séance solennelle qui jugeait et punissait d'emprisonnement ou d'exil les pairs du royaume, les princes du sang, qui se dressaient contre la Couronne et refusaient d'inscrire les édits royaux sur leurs registres.
Nous suivons en pensée le chemin d'un condamné sous la Terreur : il sortait du Tribunal Révolutionnaire, empruntait le Couloir des Prisonniers, où les détenus circulaient à leur guise, il passait devant le bureau du greffier où ce dernier inscrivait leur identité sur un registre, il côtoyait le local du Concierge qui veillait à la sécurité de l'édifice et approvisionnait la prison. On procédait ensuite, dans un petit local – actuellement les cuisines du buffet du Palais de Justice – à leur toilette, leur liant les mains dans le dos, leur échancrant le col de chemise, leur coupant les cheveux sur la nuque, les dépouillant de leurs objets personnels… Enfin dans la Cour du Mai, en empruntant le Guichet (actuellement la buvette du Palais de Justice), il montait dans la fatale charrette par "fournée" de douze, pour rejoindre le lieu de leur supplice.
Dans l'Allée des prisonniers a été reconstituée, selon le vœu de Louis XVIII, la cellule de Marie-Antoinette; l'ameublement se composait d'un lit en sangle, d'une chaise, d'une table pour la toilette. Surveillée en permanence, la reine était séparée de ses geôliers par une simple tenture. Jouxtant cette pièce, Louis XVIII, tint à reconstruire aussi la chapelle de sa belle-sœur : décorum mortuaire impressionnant. Presque en face se situe la chapelle des Girondins, lieu où 21 députés de cette mouvance, attendirent la mort dans la nuit du 29 au 30 octobre 1793.Nous arrivons à la Cour des Femmes qui possède encore la fontaine qui permettait une menue lessive, l'une des tables où elles pouvaient manger, et le coin des "douze" où hommes et femmes conversaient au travers des grilles. Au premier étage, dans une toute petite pièce est affichée la liste des guillotinés, incarcérés à la Conciergerie… Moment d'émotion…
C'est en 1914 que la Conciergerie a cessé d'être une prison.
Cette visite de trois sites historiques a duré trois bonnes heures. Nous avons vibré de bonheur dans la Sainte Chapelle, éclaboussée d'un soleil éblouissant, découvert l'immensité du Palais de Justice, lieu de travail, de réflexion…et de châtiment, plongé dans l'univers révolutionnaire, le plus cruel sous des voûtes gothiques admirables. 22 de nos Anciens ont partagé cet après-midi, dont nous n'avons pas vu défiler les heures.
Merci à notre conférencière Mme Doncœur de nous avoir fait rêver, découvrir et frémir!!!
Devant le succès qu'a suscité cette visite, notre
conférencière a réitéré sa prestation le lundi 1er mars 2004 pour 14
de nos amis.
Jeanne ROGUEDA