Visite des quartiers de
BELLEVILLE et MENILMONTANT
Jeudi 14 Avril 2005 - Matin
Par un frileux matin d’Avril et sous un ciel chagrin, nous avions rendez-vous devant la Boulangerie Pierre, en haut de la rue de Ménilmontant. « La Boulenge d’Antan » est dans le quartier une Institution. Boulangerie artisanale à l’ancienne, elle est fière de maintenir les traditions de son prédécesseur, Ganachaud, créateur de la célèbre flûte Gana.
Juste à côté de nous la Cité Bonnier. Ce sont des H.M.B. (ancêtres des H.L.M.) qui, vers 1920, représentaient un extraordinaire progrès en matière de logements sociaux.
En traversant la rue nous admirons la vue plongeante vers Paris et notre regard se porte jusqu'au Centre Pompidou et à la Tour Eiffel. Et nous entrons dans le Square des Saint-Simoniens. Très beau et grand jardin public occupant l'emplacement de la Maison des Saints-Simoniens, il mérite que nous nous arrêtions un instant sur son histoire. Qui étaient donc ces Saint-Simoniens ? En aviez-vous entendu parler ? Moi, jamais.
Il s’agissait d’un
mouvement « philosophico-politico-religieux » orienté à gauche,
parfois qualifié de socialisme utopique. Ils vivaient en communauté et
prônaient l’égalité et l’amour libre (décidément 1968 n’a rien inventé !)
Par leur tenue originale, voire extravagante (cheveux longs et grande robe
attachée dans le dos), autant que par leurs idées et leur mode de vie ils
étaient l'attraction du quartier.
Le secteur a été modernisé. Trop selon certains. Il aurait perdu son âme. Et la rénovation urbaine continue d’effacer tous les jours un peu plus les traces du passé. De l'ancien quartier il ne reste que peu de chose et ce n'est que tardivement que les habitants se sont regroupés en associations pour lutter contre les destructions massives et préserver les traces du passé.
Avant de nous engouffrer à la queue leu leu dans l'étroit passage de la Duée (une duée était une source jaillissante), seul rescapé de son espèce, nous observons, au coin, un immeuble de logements âgé d'une quinzaine d'année tout en lattes de bois. Conception moderne, incongrue ici, qui vieillit mal !
Sur les murs des maisons en attente de démolition qui bordent le passage sont dessinés de curieux bonhommes/mannequins articulés (façon bonhomme O'Cedar), spécialité de l'artiste du quartier Ménager. Nous le retrouverons un peu plus loin.
Après une enfilade de rues et avoir traversé la rue des Pyrénées (percée haussmanienne), nous abordons la Cité Leroy et la Villa Ermitage. Elles sont intactes. Petites ruelles anciennes, calmes, bordées de pavillons à un ou deux étages à l’alignement incertain, coquets jardinets, terrasses fleuries, et parfois des tonnelles couvertes de glycine. Tout est net, propre, entretenu. Un air de province hors du temps, une enclave miraculeusement protégée.
Par l'Escalier Fernand Raynaud nous débouchons sur la rue de l'Ermitage et la rue des cascades, vestiges du paisible hameau planté de vignobles qu’était Belleville. Nous jetons un coup d’œil à la maison où fut tourné le film Casque d'Or, maison sauvée de la démolition par l’une des associations du quartier. L'espace Louise Michel, lieu de spectacle, est à l'emplacement du mur des Fédérés.
Un peu plus loin, la guide nous arrête devant un petit édicule de pierre, insolite à notre époque. C'est l’un des fameux regards construits à partir de la fin du 17e siècle afin de contrôler les canalisations des eaux de Belleville dans le cadre du plan d’arrivée d’eau à Paris. Il y en a plusieurs dans le quartier ; nous en verrons deux autres. Ils sont aujourd'hui classés monuments historiques et peuvent se visiter lors des journées du patrimoine.
Retour à la rue de Ménilmontant et visite de la Cité de l'Ermitage (pas la même chose que la Villa Ermitage ni que la rue de l'Ermitage, pas aisé de s'y retrouver !!!) Encore une ruelle d'une autre époque, habitations d'artistes, jardins un peu sauvages, air de campagne.
Rue Boyer, nous nous arrêtons devant "La Bellevilloise" ex-coopérative ouvrière de distribution alimentaire pour les nécessiteux. Sur la façade en mosaïque rouge deux dates 1877, construction d’origine et 1927, année de la rénovation dans le style art déco . Reprise dans les années 20 par le PC elle arbore toujours la faucille et le marteau. Restauré, le bâtiment abrite aujourd'hui l'association " la Maroquinerie", lieu de spectacles ; un des hauts lieux de Belleville fréquenté par les générations un peu intello qui envahissent de plus en plus le quartier.
Mme Fleuriot, notre guide, nous signale que cette rue Boyer est parallèle à la rue du Retrait, qui vit naître Maurice Chevalier. Tout en descendant la rue de Ménilmontant elle nous explique également que Ménilmontant est en fait un hameau de Belleville (Mesnil = petite maison) qui, ancien quartier champêtre au 18e siècle comptait environ 1000 habitants à la Révolution.
Au n° 80 nous entrons. Nous traversons un couloir et découvrons avec surprise un petit jardin fleuri entouré d'immeubles suivi d’un second couloir qui débouche sur un autre jardin puis 3e couloir et 3e jardin. Charmant. Qui de la rue aurait soupçonné cette enfilade de jardins ? Cette succession de couloirs, cours et jardins provient du découpage des anciens vignobles. La convivialité est au rendez-vous.
Nous continuons notre descente de la rue de Ménilmontant et passons au-dessus de la Petite Ceinture, toujours en attente de décision quant à son avenir !
Place Ménilmontant nous retrouvons notre ami artiste Ménager dont les mannequins articulés forment cette fois , sur un vaste mur, une sorte de ronde (façon "la danse" de Matisse pour ceux qui connaissent). Ce Ménager, très sollicité, est paraît-il aujourd'hui milliardaire.
Nous arrivons à l'église
Notre-Dame de la Croix et entrons. C’est l'église de Ménilmontant, la troisième
de Paris par sa taille (après N.D. et Saint-Sulpice). Elle est non seulement
vaste mais surprenante. Construite au 19e siècle par Haussmann sous
la pression des habitants qui trouvaient leur lieu de culte - l’église
Saint-Jean Baptiste de Belleville - trop éloigné et trop petit. Elle est en pur style néo-roman.
La mode architecturale de l’époque venait tout juste d’abandonner le style
temple grec en faveur d’un retour au moyen-âge.
Néanmoins, chaque époque se devant d'apporter sa touche personnelle, la
voûte romane est ornée d'un feston de dentelle métallique (le métal visible
étant, comme chacun sait, la seule vraie innovation architecturale du XIXe
siècle) !!! L’Orgue mérite d’être signalé : construit par le célèbre
facteur Cavaillé-Coll, il est d’origine.
Entrés par le côté, nos sortons de l’église par la façade principale et
descendons les 54 marches du perron qui surplombe la place Maurice Chevalier.
Charmante place ombragée de marronniers et bordée de cafés avec leurs terrasses. On a envie de s’y arrêter. Au centre, une fontaine Wallace. La place a été repavée grâce à Richard Wallace (qui aimait beaucoup Paris et a financé un certain nombre de travaux, d'où les fontaines qui portent son nom).
C’est la fin de notre parcours à travers Belleville et nous nous dirigeons vers le restaurant pour la pause de midi, toujours très attendue, avant de retrouver notre guide pour la visite de l’après-midi au cimetière du père La Chaise.
J’espère ne pas vous avoir trop ennuyés. A bientôt pour une autre visite.
Éliane
ÉTINZON