Visite du
cimetière du PERE
LACHAISE
Jeudi 14 Avril
2005 – Après-midi
Après un sympathique repas partagé avec tous nos amis A.A.E.S.D. nous retrouvons notre conférencière qui nous accompagne pour la visite du cimetière du PERE LACHAISE.
Promenade effectuée dans la partie S.S.O. de cette immense nécropole de 44ha, plantée de 5000 arbres.
Nous entrons par la porte monumentale dans l’Avenue Principale, qui se greffe à angle droit sur le Boulevard de Ménilmontant ; nous ne visiterons que la moitié de ce cimetière, celle qui ressemble, lorsqu’on examine le plan, à un jardin anglais. Les allées épousent la pente naturelle de la colline de Belleville, et parfois cette dernière est assez abrupte.
C’est le plus vaste et le plus
« peuplé » de tombes de personnages illustres de Paris. Sa végétation
abondante et diversifiée, le calme des allées sinueuses, les fleurs du
printemps qui commencent à paraître, l’extrême propreté qui y règne, atténuent
l’impression funeste. De plus, la remise en état des stèles et monuments
anciens (tombés en désuétude) et réhabilités afin qu’ils soient réutilisés,
accentue l’impression que ce lieu « vit » et veut se maintenir
agréable pour le visiteur. Ce dernier côtoie un véritable musée d’art
funéraire.
Ce cimetière a été ouvert en1804 – à l’époque hors les murs de Paris – afin de recueillir les restes des cimetières des Innocents, de Montmartre au nord, et de Montparnasse au sud, qui ont été désaffectés (odeurs, épidémies etc.).
A l’origine les rois mérovingiens venaient chasser sur la butte de « belle vue » qui deviendra Belleville et qui culmine à 128 mètres d’altitude ; des ouvriers, travaillant dans les carrières, et des vignerons, habitèrent ce coin dénommé « Le Champ l’Evèque ». Puis, MICHEL REGNAULT, riche épicier (marchand d’épices) y construisit une « folie » (maison de plaisance située dans la banlieue de Paris). En 1626 cette propriété de campagne fut achetée par les Jésuites, qui la transformèrent en maison de repos pour l’Ordre. En 1675, le Père François d’AIX de la CHAIZE (ou CHAISE) devint confesseur de LOUIS XIV (1624 – 1709). Il aimait profiter de cet endroit champêtre, et en 1682 il fit restaurer plusieurs bâtiments, et c’est ainsi que son nom est resté attaché à ces lieux que nous arpentons. En 1763 les Jésuites sont expulsés et en 1803, c’est la Ville de Paris qui l’acquiert. C’est le Préfet FROCHOT qui mène à bien cette transaction et il charge l’architecte Alexandre, Théodore BROGNIART, de le transformer en cimetière. C’est en 1860 que les villages de Belleville et de Ménilmontant furent annexés à Paris, créant ainsi une partie des XIXème et XXème arrondissement.
Les monuments funéraires d’hommes et femmes célèbres s’y trouvent tellement rapprochés que c’est un pèlerinage historique que le promeneur effectue :
- Sidonie, Gabrielle COLETTE, (1873-1954) femme de lettre et au début du XXème siècle artiste de music-hall, côtoie sa fille BELGAZOU (1913-1981).
- VISCONTI, architecte de Napoléon III, qui termina le Louvre, créa la crypte où repose Napoléon Ier en 1861, ainsi que la Fontaine Saint Sulpice.
- Cénotaphe de ROSSINI (monument élevé à la mémoire d’un mort, mais qui ne contient pas le corps du défunt)
- Tombe d’ ALFRED DE MUSSET avec un saule, comme l’a demandé l’auteur dans l’un de ses poèmes, saule que l’on replante tous les deux ans car il meurt, lui aussi, très régulièrement ( !).
- Georges, Eugène Baron HAUSSMANN, (1809-1891) architecte qui durant dix-sept ans s’appliqua à donner à Paris une physionomie moderne. Sur le monument on découvre des fleurs de pavot, censées lui procurer un paisible dernier sommeil !
- Nous découvrons le Monument du souvenir de 1899 qui est en fait la porte de l’ossuaire de tous les cimetières de Paris. En effet, très régulièrement des dépôts d’ossements sont effectués et répertoriés, ossements qui proviennent des tombes en désuétude.
- Chemin faisant, dans les allées calmes et sinueuses nous rencontrons la tombe de Félix FAURE (1841-1899) « Félix le Bel », mort dans les bras de sa « connaissance » !!! puis celle de Roland, Alexandre LEDRU, dit LEDRU-ROLLIN (1807-1874), promoteur du suffrage universel
Il faut noter que tous les cultes sont présents au PERE LACHAISE : catholique, protestant etc.…carré musulman, cimetière israélite.
Nous retrouvons d’autres sépultures :
- François ARAGO (1786-1853), astronome, physicien et homme politique, son buste est de Jean David d’Angers
- Elisabeth, Rachel FELIX, dite RACHEL – (1821-1858) reine de la tragédie
- Camille PISSARO, (1830-1903), peintre impressionniste.
- Au détour d’une allée, nous découvrons le monument néo-gothique, de bonne dimension d’HELOISE ET ABELARD, qui eurent un fils ASTROLABE , et ce malgré le vœu de chasteté qu’ils devaient respecter, étant tous les deux dans les Ordres.
- Après une très légère montée nous voyons une tombe, auprès de laquelle plusieurs personnes stationnent, c’est celle de Jim MORRISON, mort en 1971 d’une overdose. Elle a fait l’objet d’une véritable dévotion, et entre 1970 et 1990, on venait du monde entier pour honorer la mémoire de ce dealer, à tel point qu’il fallu instaurer une surveillance avec un gardien, une barrière protégeant la pierre tombale, certains « admirateurs » n’hésitant pas à se « shooter » sur les lieux ! Actuellement ne subsistent que la barrière et le gardien
- Plus calmement nous découvrons la tombe de Jean-François CHAMPOLLION (1790-1832) surmontée d’un obélisque ; cet égyptologue permit le déchiffrage des hiéroglyphes, après avoir examiné et compris les caractères gravés sur la pierre de Rosette (décret sacerdotal en l’honneur de Ptolémé V, rédigé en grec et en égyptien)..
- Nous arrivons au Carrefour du Grand Rond, avec en son centre la statue majestueuse de CASIMIR-PERIER (1777-1832), banquier qui finança le coup d’état du 18 Brumaire ; il mourut du choléra. Ce monument fut érigé par souscription nationale. Son petit-fils fut un des présidents de la IIIème République.
- Puis nous voyons la sépulture de François-Vincent RASPAIL (1794-1878) chimiste et homme politique, qui étudia les vertus du camphre. Enfin le cénotaphe de Gaspard MONGE (1746-1818), mathématicien qui créa la géométrie descriptive et l’Ecole Polytechnique. Il fut chargé par Bonaparte de recruter les savants de l’expédition en Egypte. Son corps repose au Panthéon
- Dans une petite allée sous des ombrages reposent Michel PETRUCCHIANI (1939-1999), musicien et remarquable pianiste – de jazz notamment – de renommée mondiale, et Pierre DEPROGES (1939-1988) artiste-chansonnier, homme de radio ; qui ne se souvient de ses plaidoiries acerbes et hilarantes dans le Tribunal des Flagrants Délires et de ses sketchs. Presque en face le profil romantique de Frédéric CHOPIN (1810-1849) se découpe sur une plaque de pierre dorée finement sculptée par Euterpe, gendre de George Sand.
- Puis viennent les sépultures de
- -Dominique Vivant DENON (1747-1825), graveur et premier conservateur du Musée du Louvre,
- -Joseph LAKANAL (1762-1845) qui initia la loi sur l’Instruction Publique et organisa les écoles Centrale, Normale et des Langues Orientales.
- -Luigi CHERUBINNI (1760-1842), musicien,
- -Edouard BRANLY (1844-1940) , découvrit la radio conductivité, la T.S.F. et la télémécanique.
- - François-Joseph TALMA (1763-1826), tragédien français, acteur préféré de Napoléon Ier. Enfin dans un carré très aéré, et fleurie d’orangers du Mexique repose Alexandre Théodore BROGNIARD, architecte de ce lieu et aussi de l’église de Notre Dame de Lorette etc…
- Citons aussi, les sépultures de :
- -James PRADIER (1792-1852), sculpteur et premier protecteur de Juliette Drouet future égérie de Victor Hugo.
- Puis une chapelle néo-gothique, celle de la famille DAUDET, et enfin sur un tertre les sarcophages de Jean-Baptiste POQUELIN, dit MOLIERE, (1622-1673), auteur dramatique et comédien, et de Jean de LA FONTAINE (1621-1695), Maître des Eaux et Forêts et fabuliste. Comme il s’agit d’un « relevage » de corps, on n’est pas bien assuré de l’authenticité des corps ici inhumés.
- Non loin de là Antoine Augustin PARMENTIER (1737-1813), pharmacien militaire qui contribua à l’expansion de la culture de la pomme de terre.
Maintenant la pluie nous
accompagne et nous arrivons près du gisant de Victor NOIR pseudonyme d’Yvan
SALMON (1848-1870), farouche républicain, journaliste, rédacteur au journal
La Marseillaise. Il fut tué par Pierre Bonaparte au cours d’une altercation. Ce
gisant, très finement sculpté par Dalou,
romantique à souhait, porte même le trou de la balle qui le toucha et
qui s’avéra mortelle. Les femmes stériles caressent de leurs mains un endroit
bien précis de son anatomie ( !) endroit brillant et usé ( !) afin
d’être débarrassées de leur infirmité. Notre guide nous précise « rien ne
dit que le traitement est efficace, mais il n’y a que la foi qui sauve !!!
Non loin du Columbarium – que nous ne visiterons pas – se dresse le monument de
marbre noir de Allan KARDEC,
fondateur au 19ème siècle de la Philosophie Spirite. Des fleurs
fraîches de toutes catégories : bégonias, azalées…ornent ce
monument ; c’est l’actuelle Société de Philosophie qui entretient, chaque
jour cette dévotion.
La pluie redouble et notre conférencière, après deux heures de captivantes anecdotes sur les vies, les morts de ces illustres personnages, nous quitte. Nous retournons vers nos activités stressantes, alors qu’en plein Paris, au sein d’un quartier vivant, les frondaisons du cimetière-parc du Père Lachaise vont retourner à leur calme.
Jeanne ROGUEDA