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     Septembre 2005   69

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                                             Lille – Arras - Roubaix

                                              Du mardi 31 mai au jeudi 2 juin 2005

 

Nous nous retrouvons à 15 personnes en gare du Nord à Paris et prenons le TGV de 6h58. Nous arrivons à 8h02 à Lille-Flandres. Nous déposons nos valises à notre hôtel où les personnes venant en voiture nous rejoignent. Nous serons ainsi au nombre de 20 « vénérables » pour cette escapade ; Un absent de marque : Henri Riflart qui a préféré se soigner les jambes au lieu de venir voir le P’tit Quinqin !

 

LILLE 

Agglomération polycentrique de 1,8 million d’habitants dont 1,1 million en France et 700.000 en Belgique. Sa situation transfrontalière s’étend en France sur le Nord-Pas- de-Calais et côté Belge sur la Flandre néerlandaise et la Wallonie francophone. Le tracé de la frontière politique entre France et Belgique résulte de l’arrêt mis à la conquête de la région parle roi Louis XV, en 1719 (guerre de la succession d’Espagne).

Au 11ème siècle, possession des comtes de Flandres, cette province est économiquement liée à l’Angleterre et au Saint Empire Romain germanique. Sur ordre de Philippe Auguste, Jeanne de Flandre, fille du Comte Baudouin (alors possesseur du château et du port fluvial) épouse le fils du roi du Portugal Ferrand qui devint empereur de Constantinople en 1204 à l’issue de la 4ème croisade. Philippe-Auguste provoque par ses prétentions d’annexions de la Flandre, la coalition du roi d’Angleterre Jean-sans-peur avec l’empereur germanique Otton IV et les comtes de Boulogne, du Hainaut et de Flandre. En 1214, La victoire de Bouvines permet à Jeanne de Flandre de venir établir sa résidence à Lille et de gouverner la province. En 1369, par le mariage de Marguerite de Flandre et de Philippe le Hardi, le comté passe sous domination du duc de Bourgogne. En 1498, le futur Charles Quint hérite de Lille.

De cette histoire très complexe, il nous reste l’hospice Comtesse dont on ne verra que l’extérieur, important établissement hospitalier en brique et pierre blanche de Lezennes.

En 1236, Jeanne de Flandre octroie aux bourgeois une charte qui leur garantit les libertés de commerce, de leurs biens et de leur personne, ce qui sera à l’origine d’un épanouissement économique. Au Moyen-Age Lille est une cité drapière. Au 18ème siècle tandis que Roubaix et Tourcoing travaillent la laine, Lille se spécialise dans le coton et le lin tandis que vers 1846, la révolution industrielle permet le broyage du lin, du colza, de l’œillette et la confection de la dentelle et de la céramique.

 

Le Vieux Lille correspond à une partie de la ville flamande et au quartier royal édifié après la prise de la ville par Louis XIV. Il est centré sur la Grande Place, point de convergence des routes entre la région parisienne et la Flandre, et ce, malgré le réseau complexe de rues tracées sur de nombreux canaux (disparus aujourd’hui) ce qui a permis leur édification  sur un site bas et marécageux, dans les méandres de la Deule. Plus que les monuments, ce sont les ensembles de maisons de ville sur des terrains étroits, unifiés par leur décor homogène sur rue, qui créent l’attrait paysagé de cette partie de la ville. La Vieille Bourse (1652-1653) présente une façade, de 24 maisons individuelles jointives (dans la trilogie grés, brique et pierre), agrémentée de nombreuses sculptures sur le mode baroque flamand. Par sa cour intérieure à portiques, elle est l’édifice majeur de la vie économique lilloise. Ce même ordonnancement se retrouve sur la maison dite à « rang d’angelots ». Pour remédier aux limites de propriétés mitoyennes les « tailleurs d’images » lillois sculptent des angelots qui s’enlacent lorsque 2 travées sont au même propriétaire et se tournent les fesses lorsqu’il s’agit de propriétés différentes.

Au cours de notre périple tant en autocar qu’à pied, nous découvrons les portes de Gand et de Roubaix (1620-1625) et la somptueuse porte de Paris (enceinte bourguignonne) transformée en Arc de Triomphe aux frais de Louis XIV (1685-1695), des hôtels particuliers, dont l’hôtel Jacops d’Hailly d’Aigremont (1703-1704).

Lille est au XVIIIème siècle une ville de négoce et d’industrie textile lainière. Dès 1770 le tissage du coton, la fabrication de la dentelle au fuseau, la production de linge occupent une main- d’œuvre abondante ;  puis dès 1780 d’autres activités tels  le raffinage du sucre,l’industrie du cuir, la fabrication de l’huile, etc…témoignent de la diversité de l’industrie lilloise.

La vie économique ralentie pendant la Révolution puis pendant les dernières années de l’Empire enregistre une véritable accélération tout au long des années 1815/1850.

En 1848 Frédéric Kulhman donne le coup d’envoi à l’industrie chimique. En 1861c’est la Cie de Fives-Lille : Métallurgie de transformation qui voit le jour.

La Basilique Notre-Dame de la Treille, chapelle abbatiale a été commencée en 1854 de style néogothique et ne sera terminée qu’en 1999 par la fermeture de sa façade principale. D’une grande prouesse technique cette façade se distingue par un arc central en ogive d’une hauteur de 30 mètres. Cet arc porte par l’intermédiaire d’une résille en acier inox la rosace du tympan du peintre Ladislas Kijno et les 110 panneaux d’un voile de marbre blanc qui encadre le portail de Jeanclos (vue féerique de l’intérieur de l’édifice).

La façade de la gare Lille-Flandre (1867-1869). En effet c’est  la façade de l’ancienne gare du Nord de Paris, démontée pierre par pierre, qui sera reconstruite ici, à l’identique.

Chambre de Commerce et d’Industrie construite de 1904 à 1921. Le dessin de la façade est la transposition de la travée lilloise de la fin du XVIIème siècle. A l’angle sur la place du théâtre se découpe le beffroi avec carillon et échauguettes.

Véritable manifeste de l’art nouveau Hector Guimard édifie de 1898 à1900 la maison Coillot (céramiste).

 Jalon du nouveau plan d’extension de la ville, adopté en 1921 l’hôtel de ville est transféré dans le quartier Est populaire de Lille. Bâti de 1924 à 1932 il a bénéficié des maîtrises techniques les plus sophistiquées appliquées à l’ossature et au traitement des surfaces briques et béton le composent. Le beffroi de 105 mètres domine toutes les constructions lilloises (plan directeur initial Rem Koolhaas architecte).Jusqu’en 1946, il logeait dans le palais Rihour (1453-1473) aujourd’hui Office de Tourisme, détruit en 1859, incendié en 1916 et reconstruit.

Au lendemain de la guerre 39-45 Lille est toujours le fleuron de la puissance industrielle lilloise mais un fleuron qui va connaître des difficultés. L’introduction de nouvelles fibres déconcerte le plus traditionnel des producteurs. Avec 26% des salariés l’industrie métallurgique et mécanique constitue l’autre bassin d’emploi de Lille et sa banlieue. La crise des années 1980 va achever de déstabiliser les équilibres précaires de ces deux activités. Au cours de la décennie 1990-2000, l’embellie s’annonce : de grands groupes se recréent :  Fives-Lille, Babcock, Neu, l’agroalimentaire avec Bonduelle se développe et surtout l’envolée du tertiaire se révèle un grand pourvoyeur d’emplois, environ80% de main d’œuvre dans ce secteur. Lille devient une ville de bureaux et de services.

Deux mots de ‘La Voix du Nord’ grand quotidien régional ; plan directeur initial Albert Caprade . Son siège social est établi dans un bâtiment construit en 1934. Les versants latéraux de la toiture dits en « pas de moineau » laissent deviner des références régionales  et le modernisme de l’édifice.

   Euralille : Conçu en 1989, ce quartier s’est développé à partir et autour de la nouvelle gare T.G.V. Lille-Europe, symbole de la mutation d’une ancienne agglomération industrielle en une métropole tertiaire. Ce centre d’affaires européen présente une architecture des plus modernes. De 1990 à 1995, la gare T.G.V., le centre commercial ( architecte Jean Nouvel), des immeubles de bureaux, des logements,un parc de six hectares, un Palais des Congrès, ont surgi de terre, greffés sur l’interconnexion des réseaux de transport locaux, régionaux et internationaux : gares , métro, bus, tramways et autoroutes. Les deux tours de bureaux qui enjambent la gare, l’imbrication du centre commercial avec la grande barre de logements, le viaduc Le Corbusier, forment un ensemble moderne très réussi ;

La Cité des Affaires – 2002- trois petites tours de neuf niveaux, entièrement bardées d’une vêture en acier inoxydable teinté en cuivre bosselé ; elles composent avec la lumière de la ville qui les fait varier du rose orangé au marron sombre, suivant l’heure de la journée et l’incidence du soleil .

La Tour du Crédit Lyonnais -  1996- Arch. Christian de Portzamparc – Bâtiment-pont au-dessus de la Gare T.G.V. qu’elle franchit sans appui, en forme de « L », est supportée par deux piles ; côté centre-ville : bâtiment de cinq niveaux, côté boulevard périphérique : tour de dix-neuf étages de bureaux de forme trapézoïdale qui s’évase vers le sommet, offrant ainsi une vue maximale sur la ville.

Le Centre Commercial -1994- Arch. Jean Nouvel et Marc Paindavoine . Lien entre la gare de Lille-Flandres et la gare T.G.V. . Toiture inclinée, sorte de feuilleté métallique perforé tramé avec transparence et jeux de lumière, qui couvre l’ensemble du bâtiment sur presque 4 hectares et vient se prolonger en auvent au-dessus de l’entrée principale.

Viaduc Le Corbusier -1994- Lien entre le centre ville et le niveau haut de la gare T.G.V.   Long de 172 mètres, reposant sur des arcs transversaux, cette ‘rue en l’air’ en acier et béton pré-contraint, permet de dégager le sol et de laisser filer le regard sous le tablier et le Parc Matisse de six hectares, créé par le paysagiste G. Clément sur d’anciennes fortifications. Il est peuplé d’une végétation apportée au gré des vents.

 Lille recèle d’autres trésors, bien sûr, mais la journée a été bien remplie. Demain place à l’art.

 

                                                                                    ARRAS

Notre journée à Lille nous a ravis…mais c'est avec joie que nous avons décompressé à l'Hôtel Chagnot où nous logions. Micheline Azéma et Jean-Louis, son mari, nous quittent pour une question de santé et nous prenons à 19 l'autocar pour ARRAS.

En chemin, notre Président attire note attention sur le Mémorial Canadien de VIMY: gigantesque monument blanc se découpant sur la Crête de Vimy  haute de 145 mètres, tapissée de frondaisons d'un vert sombre. Il commémore l'assaut de 4 divisions du corps canadien, mené le 9 Avril 1917, pour reprendre ce verrou essentiel du dispositif de défense allemand. Après trois jours de combats héroïques, on décompta 10.602 victimes dont 3.598 Canadiens. C'est un total de 65.000 Canadiens qui furent tués en France, dont 11.285 sans sépulture connue, au cours de la Première Guerre Mondiale.

Notre escapade en autocar nous a permis de découvrir de nombreux terrils, la plupart de forme pyramidale; il y en a certains qui se sont trouvés arasés en partie ou même complètement détruits, car à la suite de la fermeture des puits de mine certains "esprits-chagrins" ont voulu supprimer ces témoins d'un temps révolu. Certains chevalements de puits de mine ont subi le même sort.

Capitale de l'Artois – Chef-lieu du Pas-de-Calais,  Arras la discrète, recèle  un patrimoine architectural remarquable et affiche le label "Ville d'Art et d'Histoire". L'Office de Tourisme est installé au rez-de-chaussée de l'Hôtel de Ville et ce sont les géants Jacqueline  et Colas et leur fils, né en 1995 qui nous accueillent. Figures emblématiques du Nord, les Géants attendent les prochaines fêtes populaires pour aller prendre leur bain de foule!

Commencé en 1463, la construction du beffroi dure près d'un siècle pour s'achever en 1554. Haut de 75 mètres, en pur style gothique; quant à l'Hôtel de Ville –également gothique- il s'achève en1506, s'inspirant de ceux de Bruxelles, Louvain ou Audenarde. Le concierge consent à confier la clé de la Salle d'honneur à notre guide et là, nous découvrons de riches boiseries de chêne blond de Hongrie, sculptées, et le plafond à caissons. Elle est décorée sur l'ensemble des quatre murs d'une toile marouflée, évoquant, à la manière de Bruegel l'Ancien les mille et un aspects de la vie arrageoise au  XVIème siècle.

 

 

 

 

 

 

Incontournables, uniques en Europe, joyaux de l'architecture flamande, perle gothique dans son écrin baroque, les expressions ne manquent pas pour caractériser les places d'Arras et le beffroi.  Aménagées, il y a huit siècles sur les anciens vergers de l'Abbaye de Saint Vaast, les terrains de la Grand'Place et de la Petite Place, reliées entre elles par la courte rue de la Taillerie.  Elles furent dès leur origine destinées à accueillir de vastes marchés qui contribuèrent à la prospérité de la ville. A partir du XVIIème siècle, les contraintes en terme de sécurité (incendie) et d'esthétique qui pèsent sur les constructions, finissent par former à la fin dudit siècle l'ensemble homogène que nous pouvons contempler à ce jour : 155 maisons d'architecture baroque flamande se côtoyant sans interruption autour de 17.000m² de place pavée. Le schéma de construction se décrit ainsi:

"… une galerie continue d'arcades et leurs colonnes monolithes de grès, deux étages de hautes fenêtres, un pignon à volute à trois niveaux; fenêtres, œil de bœuf, petit tympan souvent décoré d'une coquille, et des cordons de pierre horizontaux se prolongeant d'une fenêtre à l'autre (larmier)…". Chacune des façades n'en conserve pas moins sa propre identité: matériaux différents  - pilier, ou pierre et brique, ou enduit coloré d'ocre-. La largeur des constructions varie de une à quatre travées, la hauteur des pignons restant proportionnelle aux dimensions du bâtiment. Des ornements sculptés: guirlandes de fruits, de fleurs, rubans, enseignes  personnalisent les lieux.

Centre de rencontre et d'échange d'un commerce international florissant, déjà réputées au XIIème siècle, la Grand'Place et la Petite Place ont contribué à faire d'Arras un important  marché de l'industrie drapière au XIIIème siècle, puis la capitale européenne de la tapisserie de haute lisse au  XIVème et XVème siècle Arras ou Arrazzi deviennent des noms communs: le pavoisement  de la Place des Héros ou Petite Place, reproduit aujourd'hui quelques unes de ces arrazzi; nous en admirerons d'ailleurs une au Musée des Beaux-Arts (Abbaye de St Vaast). Enfin un grand marché aux grains s'y installe dès le XVIème siècle, ce qui déterminera la sculpture de deux gerbes de blé, entrecroisées sur la façade des maisons des propriétaires. Nous déambulons dans les rues  d'Arras et y admirons :

-La plus ancienne maison –1467- avec son pignon "en pas de moineau"; c'est elle qui inspira les façades des maisons des deux places évoquées ci-dessus, notamment leur structure à trois niveaux ,alors que les pignons à volute doivent leur originalité au :

-"Mons Pietatis" (Mont de Piété) – 1624- conçu par l'Anversois W. Cobergher, fondateur de tels édifices dans 15 villes des Pays-Bas méridionaux. A noter qu'un circuit permet de découvrir les "boves", carrières de craie souterraines qui s'étendent sous toute la ville. La ville d'Arras  a été presque complètement détruite lors de la Première Guerre Mondiale. Elle a fait l'objet une reconstruction minutieuse à l’identique de 1924 à 1932.

 

Le plus grand ensemble d'architecture religieuse du XVIIIème siècle en France : La Cathédrale et l'Abbaye Saint Vaast :

Fondée en 667 sur la colline de La Madeleine où St Vaast (500-540) venait se recueillir, l'abbaye et son église ont été reconstruites au XVIIIème siècle. Confisquées comme Biens Nationaux en 1790, les bâtiments  de l'Abbaye abritent aujourd'hui la bibliothèque et le musée des Beaux Arts. D'une longueur de 175 mètres, bâti selon un plan ternaire, cet édifice compte trois cours et trois niveaux. A l'intérieur nous découvrons :

Le plan relief de la cité d'Arras, réalisé en 1716 (autrefois visible aux musée des Plans Relies aux Invalides à Paris).

Les Anges de Saudémont –XIIIème siècle- statues en bois doré, yeux en amande et malicieux, sourire esquissé et cheveux en couronne bouclés.

Custode ou reliquaire du Miracle de la Sainte Chandelle, qui contient les restes d'un gros cierge miraculeux confié au XIIème siècle par la Vierge (dit-on) à deux ménestrels pour guérir le Mal des Ardents (provoqué par l'ergot du seigle)

Une exposition temporaire photographique : Dans un couloir à peine éclairé nous avons été saisis par la qualité des photos de Wang-Quing-Soong, photographe d'avant-garde chinois. Ses œuvres sont dans le style  de l'Art Populaire de Chine: grand défilé de ses coreligionnaires avec drapeau, démarche martiale, outils agricoles…dans la plus pure inspiration de la "Révolution Culturelle".

 

Un rapide  coup d'œil à l'Abbatiale : commencée en 1733 et terminée en 1833 de style néo-classique, longue de 182 mètres et haute de 32mètres, la pierre blanche en accentue encore la clarté intérieure.

 Beaucoup trop riche ce musée mériterait à lui seul une journée de visite….

D'autres surprises nous attendent … Cet après-midi nous verra à LEWARDE… où  nous allons "descendre au fond", mais attendons un peu!!!… L'heure du repas approche et nous nous dirigeons vers le restaurant "LE BRIQUET" (casse-croûte que le mineur mangeait pendant sa pause). Installé dans l'ancienne scierie de la Fosse Delloye (on y sciait les poteaux et les bois destinés à soutenir les galeries de mine), c'est un local très clair qui peut accueillir 170 personnes. Le service a été réalisé avec une grande célérité.

 

LE CENTRE HISTORIQUE MINIER DE LEWARDE.

Installé sur le carreau de l'ancienne fosse, sur un site de  8 hectares, ce musée se trouve au centre du bassin minier. Sa période d'exploitation s'est étendu de 1931 à 1971; 1000 mineurs s'y relayaient, en trois postes; ils extrayaient 1000 tonnes de charbon/jour… Dans ce bassin du Nord, la première veine fut découverte en 1720 à  Fresnes-sur-Escaut, et la dernière "gaillette"(morceau de houille) a été remontée à Oignies en décembre 1990.

    C'est le 3 mai 1984 que la fosse  a été ouverte aux visiteurs, et ce sont d'anciens mineurs qui nous guident sur et sous le site. Rares sont les veines qui atteignent un mètre de haut, et c'est en visitant le musée librement que nous appréhendons :

     -     la formation géologique des sols à vocation houillère,

        -     la logistique mise en place pour la future exploitation,

        -    les moyens d'exploitation,

       -    l'exploitation méticuleuse de cette source d'énergie et son déclin.

    Lieu de mémoire, les différents locaux en surface, demeurés en l'état, permettent de se faire une idée précise de cette aventure humaine du  bassin du Nord-Pas-de-Calais.

   Après  deux années de travaux, les visiteurs découvrent les 450mètres de galerie reconstituée, et c'est en 1989 que, dans un souci d'authenticité, les concepteurs de cet univers quotidien du mineur, réalisent  la "descente au fond"  dans une "cage" telle qu'en ont connue les derniers "gueules noires".

 Placée sous la responsabilité d'un ingénieur des Mines, la Fosse Delloye, avait,, comme tous les puits, à faire face à deux exigences contradictoires : rendement et sécurité. Une équipe de géomètres  va assurer la mise à jour des plans d'exploitation en fonction des abattages, conseiller l'implantation des quartiers et établir les contraintes pour l'aérage des galeries  Nous découvrons le bureau comptable, dont la fonction principale consistait au versement de la quinzaine du mineur, rétribué en fonction du rendement. Ensuite nous nous rendons à "la salle des pendus" où l'on découvre "les loques ad fosse" suspendues  au plafond  (afin de sécher); c'est aussi dans cette salle que  l'on prenait sa douche. Nous passons ensuite dans la "lampisterie". Là, en échange d'un jeton numéroté qui permettait de pointer sa présence à son poste de travail (et aussi, en cas d'accident au fond de connaître le nom et le nombre de victimes) le mineur se voyait remettre une lampe à acétylène ou plus tard à batterie.

    Nous accédons maintenant  par un escalier au "chevalement" qui surplombe le puits, pour "embarquer" dans la cage et descendre au "fond". Au bout de quelques minutes – 2 ou 3 (?) – nous arrivons à la galerie d'exploitation.

 .Descendu dans la "cage" où  l'on engouffrait indistinctement hommes et matériaux le mineur  arrivait dans un univers de chaleur, d'humidité, de bruits et de poussière…Une faible lumière recrée l'ambiance du fond. Notre guide actionne les tapis roulants chargés d'évacuer la "gaillette" et les schistes et les terres accompagnant la taille. Si dans un premier temps on a boisé les galeries, ensuite on est passé à l'étançon métallique, puis après 1950 au soutènement marchant hydraulique. Pour récupérer le charbon, le triage s'effectue à la main, (au début), puis les galibots(les enfants) et les cafus (femmes portant  un foulard sur la tête) étaient préposés à ce travail, en surface. Dans les dernières années d'exploitation, le triage s'effectuait par flottaison. Tout ce qui n'était pas charbon était déversé sur les "terrils". Pendant très longtemps la seule énergie mécanique utilisée au fond sans danger était l'air comprimé .Ce n'est qu'avec l'invention des coffrets antidéflagrants que l'électricité a pu être installée dans les mines (1950).

 

 

    Avec notre guide nous assistons à l'évolution des techniques de soutènement, d'abattage, de transport des coupes dans la veine et de leur évacuation. Nous touchons du doigt  les positions acrobatiques et les conditions de travail harassantes et bruyantes  des mineurs; c'est un panorama complet de la vie en souterrain que nous partageons avec notre guide Notons en passant que très longtemps la traction des wagonnets était assurée par des chevaux.

Retour à l'air libre. Déjà, s'étonneront certains de nos amis !  En effet, notre descente  a été limitée à 4,50m, hauteur qui sépare le chevalement du sol ! La descente simulée a été parfaite : le bruit, les couches de terrain tracées sur des calicots, la mise en condition du guide… tout a contribué au subterfuge !

    Un univers maintenant éteint nous a été restitué par un homme qui a partagé le quotidien du mineur, ceci avec émotion et faconde…. Bien sûr, il a évoqué la séance de douche, prise en commun – où chacun frottait le dos de son collègue (!)- il nous a narré l'angoisse qui se lisait sur les visages lors des coups de poussière ou de grisou. On le sentait fier d'avoir participé à cette grande aventure du  charbon

 

 

 

 

ROUBAIX
     A L'aube du 3ème jour nous avons rejoint ROUBAIX, au N.E.  de Lille, à laquelle elle est reliée par le métro, Roubaix, baptisée la Ville aux Mille Cheminées. En 1911 elle comptait,  en effet 267 usines. C'est actuellement une ville de 100.000 habitants qui nous accueille avec les murs de ses immeubles, peints de couleurs vives, ceux notamment de l'avenue  J.B. Lebas (1878/1944)  - Maire socialiste de Roubaix de 1912 à 1940, ministre du Travail du Cabinet Léon Blum en 1936, il créa les congés payés et la semaine de 40 heures. Il fut le fondateur de l'un des tout premiers mouvements de Résistance. Il fut arrêté en mai 1941, par la Gestapo  et mourut en déportation.- Cette artère relie
l'Hôtel de Ville (1907) Arch. Victor Laloux,(qui édifia également la Gare d'Orsay à Paris) mélange de classicisme et de baroque. Véritable bande dessinée organisée en six tableaux, la frise sous l'attique de la façade rappelle la vocation textile de la cité : récolte  du lin et tonte des moutons, lavage, peignage, filature, tissage, teinture, apprêt et manutention finale… à la  Gare (1888)  Sydney Dumet, Arch.. Hall central, surmonté d'un campanile avec horloge, bordé par deux pavillons en pierre de facture renaissance française. Ensuite nous avons découvert  l'immeuble dénommé "Le  Conditionnement Public" (1901). Ce bâtiment était destiné à  sauvegarder la dignité et la moralité des commerçants en matières textiles. C'est là que l'on mettait un terme aux discussions suscitées par le degré  d'humidité réel ou supposé des laines destinées à la filature. De brique rouge la façade s'agrémente d'arcs en saillie en brique crème avec des à-plats de briques noires et blanches

      Un  arrêt au Parc Barbieux (1867-1907) – En 1867 les édiles communaux décident l'ouverture d'un canal qui relierait la Deule à l'Escaut. Pour des raisons budgétaires et d'énormes difficultés d'agencement – le canal était prévu pour être entièrement souterrain -,le projet est abandonné. Des remontées d'eaux rendant les terrains inconstructibles, on décide donc d'en faire un jardin public : 33 hectares, sur I Km  de longueur, autour duquel  se construisent des résidences spacieuses destinées à la bourgeoisie d'alors. Jusqu'à ce moment les industriels avaient coutume de bâtir leur fabrique ou leurs usines avec devant celles-ci leur demeure (généralement du genre manoir) . Notre guide nous en montrera quelques unes en ville.

     Haut lieu de la vente par correspondance, nous identifions  les sociétés Quelle, La Redoute, les 3 Suisses etc…Au cours de notre promenade en autocar, nous apercevons furtivement  plusieurs "courrées"  rues droites, où toutes les maisons sont semblables et qui abritaient les familles des ouvriers du textile. Cette uniformité, la grisaille des murs déterminent un sentiment de paupérisation dans lequel vivaient ces populations. En continuant notre périple, nous arrivons près des "Réservoirs d'eau du Huchon"; le premier se compose de deux masses cylindriques : le bas en brique rouge et crème est percé de baies étroites et au premier étage de baies en plein cintre entre des pilastres couronnés d'un bas-relief dorique. Le second fut réalisé à l'identique en 1895. Vers 1930 on construisit deux autres réservoirs, en béton, avec une simple façade de briques rouges. Nous découvrons encore l'ancienne usine Motte-Bossut, au centre ville..   Véritable forteresse néogothique cette ancienne filature de coton fut commencée en 1853; toute en brique rouge, elle dresse sa silhouette massive, tel un château fort, terminée en1922. La cheminée et les cages d'escaliers sont déguisées de tours pseudo-médiévales… Une curiosité pas franchement esthétique! L'activité industrielle a cessé en 1981 et depuis 1983 l'édifice abrite les Archives du Monde du Travail. Depuis 1993, une structure blanche métallique ancrée sur le devant de la façade simule … un pont-levis!!!

    Le Moyen-Age devait hanter les rêves des concepteurs…!

 

 

         L'après-midi a été consacré à la visite du Musée d'Art et d'Industrie, autrement appelé  " LA PISCINE" et à la Manufacture des Flandres, musée du Jacquard.

 

      Musée d'Art et d'Industrie : Symbole du changement d'image de Roubaix, la reconversion de l'ancienne piscine municipale désaffectée en musée, témoigne de la qualité du patrimoine des années 30. Edifiée de 1927 à 1932 par l'architecte Albert Baert, déjà auteur des bains de Dunkerque et Lille, la piscine, d'inspiration romane  se distinguait par son  plan conventuel : grande nef  du bassin de natation, en lieu et place de l'église, et les cabines autour du jardin cloître, telles des cellules de moines. L'imposante nef art-déco du grand bassin était surmontée par une double voûte en béton armé, éclairée à chaque extrémité par deux verrières, du soleil levant et du soleil couchant. Inauguré en 1932, cet équipement sportif dû fermer ses portes en 1985, la voûte ayant été attaquée par les vapeurs de chlore. En transformant ce "temple du corps" en musée, l'architecte Jean-Paul Philippon, a su conserver le génie du lieu en l'adaptant à ses nouvelles fonctions. C'est ainsi que l'ancienne entrée "néo-romano-byzantine" dans la rue des Champs a été conservée. C'est derrière cette porte, dans l'ancien hall d'entrée que se tiennent les expositions temporaires; actuellement deux céramistes y ont trouvé refuge, cependant que cet été c'est le peintre Robert de Niro (le père de l'artiste de cinéma) qui aura l'honneur d'une exposition publique, sur l'instigation de son artiste de fils! L'entrée actuelle du musée s'effectue par la rue de l'Espérance, derrière un mur d'une ancienne usine adouci par un jardin engazonné.  Sous un large auvent d'acier, l'accueil vitré (agrémenté d’une toile de Gromaire) permet de voir d'un simple coup d'œil toutes les dispositions des salles à visiter. L'ancien bassin, espace majeur du musée, a conservé une longue lame d'eau, délimitée par des pontons de bois où sont disposées des statues. Autour du bassin, les cabines ont été transformées en vitrines, pour présenter des objets en céramique et dans les étages supérieurs, des textiles, des bijoux ou des dessins. Pour parfaire la beauté des lieux, nous avons pu nous repaître du reflet de la verrière "soleil couchant" dans l'eau de l'ancienne piscine…moment d'intense bonheur…le soleil à l'extérieur n'a pas ménagé son ardeur !!! Une belle réussite de transformation d'une friche municipale en  un lieu de mémoire. Bravo.

 

MANUFACTURE DES FLANDRES  - anciens Etablissements Craye

 

Elle s'est ouverte à la visite en 2001 dans les bâtiments de la Sté Craye, fondée au XIXème siècle. Dans une région où le textile fut le gagne-pain de nombreuses familles –qui pour certaines avaient un "métier" chez elles, ce qui explique la hauteur de certaines fenêtres- cet atelier-vivant se veut le conservateur d'un savoir-faire qui se transmettait de génération en génération. Nous découvrons des métiers qui se sont perfectionnés  aux cours des deux derniers siècles, passant de la machine à bras du XVIIème siècle à la machine assistée par ordinateur de nos jours .Notre guide, un maître-tisserand a actionné  l'une après l'autre six machines, nous donnant un aperçu très complet des progrès de cette mécanisation. Bien sûr la taille de chaque métier a grandi en hauteur, longueur et surtout largeur au cours du XXème siècle. Tout comme notre visite à la mine, nous avons pu constater que dans ces ateliers, les ouvriers évoluaient dans un bruit  à la limite du supportable. A la sortie un espace exposition nous présentait des reproductions de tapisseries célèbres ou même des créations modernes de bonne facture.

 

     On ne pouvait pas quitter le Nord sans déguster un plat de moules-frites, ce qui fut fait dès notre retour à Lille…face à la gare, et la suite nous révéla que nous avions bien fait de procéder ainsi!!!….

 

     Montés dans le T.G.V.  à 20h.05, nous le quittâmes, à Paris, à 23h.15…. Entre temps nous avons été bloqués à Goussainville  à la suite de feux de ballast (???) annoncés par un conducteur qui semblait bien  embarrassé, mais plus vraisemblablement par des grévistes qui empêchaient le débarquement des passagers en Gare du Nord. Quoiqu'il en soit  ces arrêts nous ont permis de constater la décontraction et la bonne humeur des passagers. A la descente des trains – plusieurs avaient été stoppés en rase campagne – nous avons eut droit à  un quart d'eau minérale, remis par un employé un peu débordé!

 

     Nous avons laissé derrière nous, LILLE la vivante, ARRAS le bijou d'art et ROUBAIX, dont la reconversion s'annonce réussie. De plus le soleil était du voyage, et la gentillesse "des gens du Nord" ne s'est pas démentie.  Et puis, notre équipe, elle aussi a été fabuleuse!

 

 

                                                                                   J. ROGUEDA

(Avec le concours  du Guide d'Architecture de la Métropole lilloise. Edition Le Passage, Le Guide Vert  Picardie, Flandre, Artois, et   Le Livre de la Piscine édité par le Musée d'Art  et d'Industrie de Roubaix.).