Lille – Arras - Roubaix
Du mardi 31 mai au jeudi 2 juin 2005
Nous nous retrouvons à 15 personnes en gare
du Nord à Paris et prenons le TGV de 6h58. Nous arrivons à 8h02 à
Lille-Flandres. Nous déposons nos valises à notre hôtel où les personnes venant
en voiture nous rejoignent. Nous serons ainsi au nombre de 20
« vénérables » pour cette escapade ; Un absent de marque :
Henri Riflart qui a préféré se soigner les jambes au lieu de venir voir le
P’tit Quinqin !
LILLE
Agglomération polycentrique de 1,8 million d’habitants
dont 1,1 million en France et 700.000 en Belgique. Sa situation transfrontalière
s’étend en France sur le Nord-Pas- de-Calais et côté Belge sur la Flandre néerlandaise
et la Wallonie francophone. Le tracé de la frontière politique entre France et
Belgique résulte de l’arrêt mis à la conquête de la région parle roi Louis XV,
en 1719 (guerre de la succession d’Espagne).
Au 11ème siècle, possession des comtes de Flandres, cette
province est économiquement liée à l’Angleterre et au Saint Empire Romain
germanique. Sur ordre de Philippe Auguste, Jeanne de Flandre, fille du Comte
Baudouin (alors possesseur du château et du port fluvial) épouse le fils du roi
du Portugal Ferrand qui devint empereur de Constantinople en 1204 à l’issue de
la 4ème croisade. Philippe-Auguste provoque par ses prétentions
d’annexions de la Flandre, la coalition du roi d’Angleterre Jean-sans-peur avec
l’empereur germanique Otton IV et les comtes de Boulogne, du Hainaut et de
Flandre. En 1214, La victoire de Bouvines permet à Jeanne de Flandre de venir
établir sa résidence à Lille et de gouverner la province. En 1369, par le
mariage de Marguerite de Flandre et de Philippe le Hardi, le comté passe sous
domination du duc de Bourgogne. En 1498, le futur Charles Quint hérite de
Lille.
De cette histoire très complexe, il nous
reste l’hospice
Comtesse
dont on ne verra que l’extérieur, important établissement hospitalier en brique
et pierre blanche de Lezennes.
En 1236, Jeanne de Flandre octroie aux
bourgeois une charte qui leur garantit les libertés de commerce, de leurs biens
et de leur personne, ce qui sera à l’origine d’un épanouissement économique. Au
Moyen-Age Lille est une cité drapière. Au 18ème siècle t
andis que Roubaix et Tourcoing travaillent la laine, Lille se spécialise
dans le coton et le lin tandis que vers 1846, la révolution industrielle permet
le broyage du lin, du colza, de l’œillette et la confection de la dentelle et
de la céramique.
Le Vieux Lille correspond à une partie de la ville flamande et au quartier royal édifié
après la prise de la ville par Louis XIV. Il est centré sur la Grande Place, point de convergence des routes entre la
région parisienne et la Flandre, et ce, malgré le réseau complexe de rues
tracées sur de nombreux canaux (disparus aujourd’hui) ce qui a permis leur
édification sur un site bas et
marécageux, dans les méandres de la Deule. Plus que les monuments, ce sont les
ensembles de maisons de ville sur des terrains étroits, unifiés par leur décor
homogène sur rue, qui créent l’attrait paysagé de cette partie de la ville. La Vieille Bourse (1652-1653) présente une façade, de 24
maisons individuelles jointives (dans la trilogie grés, brique et pierre),
agrémentée de nombreuses sculptures sur le mode baroque flamand. Par sa cour
intérieure à portiques, elle est l’édifice majeur de la vie économique
lilloise. Ce même ordonnancement se retrouve sur la maison dite à « rang
d’angelots ». Pour remédier aux limites de propriétés mitoyennes les
« tailleurs d’images » lillois sculptent des angelots qui s’enlacent
lorsque 2 travées sont au même propriétaire et se tournent les fesses lorsqu’il
s’agit de propriétés différentes.
Au cours de notre périple tant en autocar qu’à pied, nous découvrons les portes de Gand et de Roubaix (1620-1625) et la somptueuse porte de Paris (enceinte bourguignonne) transformée en Arc
de Triomphe aux frais de Louis XIV (1685-1695), des hôtels particuliers, dont l’hôtel Jacops d’Hailly
d’Aigremont
(1703-1704).
Lille est au XVIIIème siècle une ville de
négoce et d’industrie textile lainière. Dès 1770 le tissage du coton, la
fabrication de la dentelle au fuseau, la production de linge occupent une main-
d’œuvre abondante ; puis dès 1780
d’autres activités tels le raffinage du
sucre,l’industrie du cuir, la fabrication de l’huile, etc…témoignent de la
diversité de l’industrie lilloise.
La vie économique ralentie pendant la Révolution
puis pendant les dernières années de l’Empire enregistre une véritable
accélération tout au long des années 1815/1850.
En 1848 Frédéric Kulhman donne le coup
d’envoi à l’industrie chimique. En 1861c’est la Cie de Fives-Lille :
Métallurgie de transformation qui voit le jour.
La Basilique Notre-Dame de la Treille, chapelle abbatiale a été commencée en 1854
de style néogothique et ne sera terminée qu’en 1999 par la fermeture de sa
façade principale. D’une grande prouesse technique cette façade se distingue
par un arc central en ogive d’une hauteur de 30 mètres. Cet arc porte par l’intermédiaire
d’une résille en acier inox la rosace du tympan du peintre Ladislas Kijno et
les 110 panneaux d’un voile de marbre blanc qui encadre le portail de Jeanclos
(vue féerique de l’intérieur de l’édifice).
La façade de la gare Lille-Flandre (1867-1869). En effet c’est la façade de l’ancienne gare du Nord de Paris,
démontée pierre par pierre, qui sera reconstruite ici, à l’identique.
Chambre de Commerce et
d’Industrie
construite de 1904 à 1921. Le dessin de la façade est la transposition de la
travée lilloise de la fin du XVIIème siècle. A l’angle sur la place du théâtre
se découpe le beffroi avec carillon et échauguettes.
Véritable manifeste de l’art nouveau Hector
Guimard édifie de 1898 à1900 la maison Coillot (céramiste).
Jalon
du nouveau plan d’extension de la ville, adopté en 1921 l’hôtel de ville est transféré dans le quartier Est populaire
de Lille. Bâti de 1924 à 1932 il a bénéficié des maîtrises techniques les plus
sophistiquées appliquées à l’ossature et au traitement des surfaces briques et
béton le composent. Le beffroi de 105 mètres domine toutes les constructions
lilloises (plan directeur initial Rem Koolhaas architecte).Jusqu’en 1946, il
logeait dans le palais Rihour
(1453-1473) aujourd’hui Office de Tourisme, détruit en 1859, incendié en 1916
et reconstruit.
Au lendemain de la guerre 39-45 Lille est
toujours le fleuron de la puissance industrielle lilloise mais un fleuron qui
va connaître des difficultés. L’introduction de nouvelles fibres déconcerte le
plus traditionnel des producteurs. Avec 26% des salariés l’industrie
métallurgique et mécanique constitue l’autre bassin d’emploi de Lille et sa
banlieue. La crise des années 1980 va achever de déstabiliser les équilibres précaires
de ces deux activités. Au cours de la décennie 1990-2000, l’embellie
s’annonce : de grands groupes se recréent : Fives-Lille, Babcock, Neu, l’agroalimentaire avec Bonduelle se
développe et surtout l’envolée du tertiaire se révèle un grand pourvoyeur
d’emplois, environ80% de main d’œuvre dans ce secteur. Lille devient une ville
de bureaux et de services.
Deux mots de ‘La Voix du Nord’ grand quotidien régional ; plan directeur initial Albert Caprade .
Son siège social est établi dans un bâtiment construit en 1934. Les versants
latéraux de la toiture dits en « pas de moineau » laissent deviner
des références régionales et le modernisme
de l’édifice.
Euralille : Conçu en 1989, ce quartier s’est développé à partir et autour de
la nouvelle gare T.G.V. Lille-Europe,
symbole de la mutation d’une ancienne
agglomération industrielle en une métropole tertiaire. Ce centre
d’affaires européen présente une architecture des plus modernes. De 1990 à 1995,
la gare T.G.V., le centre commercial ( architecte Jean Nouvel), des immeubles
de bureaux, des logements,un parc de six hectares, un Palais des Congrès, ont
surgi de terre, greffés sur l’interconnexion des réseaux de transport locaux, régionaux
et internationaux : gares , métro, bus, tramways et autoroutes. Les deux
tours de bureaux qui enjambent la gare, l’imbrication du centre commercial avec
la grande barre de logements, le viaduc Le Corbusier, forment un ensemble
moderne très réussi ;
La Cité des Affaires – 2002- trois petites tours de neuf niveaux,
entièrement bardées d’une vêture en acier inoxydable teinté en cuivre
bosselé ; elles composent avec la lumière de la ville qui les fait varier du
rose orangé au marron sombre, suivant l’heure de la journée et l’incidence du
soleil .
La Tour du Crédit Lyonnais -
1996- Arch. Christian de Portzamparc – Bâtiment-pont au-dessus de la
Gare T.G.V. qu’elle franchit sans appui, en forme de « L », est supportée
par deux piles ; côté centre-ville : bâtiment de cinq niveaux, côté
boulevard périphérique : tour de dix-neuf étages de bureaux de forme trapézoïdale
qui s’évase vers le sommet, offrant ainsi une vue maximale sur la ville.
Le Centre Commercial -1994- Arch. Jean Nouvel et Marc Paindavoine
. Lien entre la gare de Lille-Flandres et la gare T.G.V. . Toiture inclinée,
sorte de feuilleté métallique perforé tramé avec transparence et jeux de lumière,
qui couvre l’ensemble du bâtiment sur presque 4 hectares et vient se prolonger
en auvent au-dessus de l’entrée principale.
Viaduc Le Corbusier -1994- Lien entre le centre ville et le
niveau haut de la gare T.G.V. Long de
172 mètres, reposant sur des arcs transversaux, cette ‘rue en l’air’ en acier
et béton pré-contraint, permet de dégager le sol et de laisser filer le regard
sous le tablier et le Parc Matisse de six hectares, créé par le paysagiste G.
Clément sur d’anciennes fortifications. Il est peuplé d’une végétation apportée
au gré des vents.
Notre journée à Lille nous a ravis…mais c'est
avec joie que nous avons décompressé à l'Hôtel Chagnot où nous logions.
Micheline Azéma et Jean-Louis, son mari, nous quittent pour une question de
santé et nous prenons à 19 l'autocar pour ARRAS.
En chemin, notre Président attire note
attention sur le Mémorial Canadien de VIMY: gigantesque monument blanc se découpant sur la Crête de Vimy haute de 145 mètres, tapissée de frondaisons
d'un vert sombre. Il commémore l'assaut de 4 divisions du corps canadien, mené
le 9 Avril 1917, pour reprendre ce verrou essentiel du dispositif de défense
allemand. Après trois jours de combats héroïques, on décompta 10.602 victimes
dont 3.598 Canadiens. C'est un total de 65.000 Canadiens qui furent tués en
France, dont 11.285 sans sépulture connue, au cours de la Première Guerre
Mondiale.
Notre escapade en autocar nous a permis de
découvrir de nombreux terrils, la plupart de forme pyramidale; il y en a certains
qui se sont trouvés arasés en partie ou même complètement détruits, car à la suite de la fermeture des puits de mine
certains "esprits-chagrins" ont voulu supprimer ces témoins d'un
temps révolu. Certains chevalements de puits de mine ont subi le même sort.
Capitale de l'Artois – Chef-lieu du
Pas-de-Calais, Arras la discrète,
recèle un patrimoine architectural
remarquable et affiche le label "Ville d'Art et d'Histoire". L'Office
de Tourisme est installé au rez-de-chaussée de l'Hôtel de Ville et ce
sont les géants Jacqueline et Colas et
leur fils, né en 1995 qui nous accueillent. Figures emblématiques du Nord, les
Géants attendent les prochaines fêtes populaires pour aller
prendre leur bain de foule!
Commencé en 1463, la construction du beffroi
dure près d'un siècle pour s'achever en 1554. Haut de 75 mètres, en pur style
gothique; quant à l'Hôtel de Ville –également gothique- il s'achève
en1506, s'inspirant de ceux de Bruxelles, Louvain ou Audenarde. Le concierge
consent à confier la clé de la Salle d'honneur à notre guide et là, nous
découvrons de riches boiseries de chêne blond de Hongrie, sculptées, et le
plafond à caissons. Elle est décorée sur l'ensemble des quatre murs d'une toile
marouflée, évoquant, à la manière de Bruegel l'Ancien les mille et un aspects
de la vie arrageoise au XVIème siècle.
Incontournables, uniques en Europe, joyaux de l'architecture flamande,
perle gothique dans son écrin baroque, les expressions ne manquent pas pour caractériser
les places d'Arras et le beffroi.
Aménagées, il y a huit siècles sur les anciens vergers de l'Abbaye de
Saint Vaast, les terrains de la Grand'Place et de la Petite Place, reliées entre elles par la courte rue de la
Taillerie. Elles furent dès leur origine
destinées à accueillir de vastes marchés qui contribuèrent à la prospérité de
la ville. A partir du XVIIème siècle, les contraintes en terme de sécurité
(incendie) et d'esthétique qui pèsent sur les constructions, finissent par
former à la fin dudit siècle l'ensemble homogène que nous pouvons contempler à
ce jour : 155 maisons d'architecture baroque flamande se côtoyant sans
interruption autour de 17.000m² de place pavée. Le schéma de construction se
décrit ainsi:
"… une galerie continue d'arcades et
leurs colonnes monolithes de grès, deux étages de hautes fenêtres, un pignon à
volute à trois niveaux; fenêtres, œil de bœuf, petit tympan souvent décoré
d'une coquille, et des cordons de pierre horizontaux se prolongeant d'une
fenêtre à l'autre (larmier)…". Chacune des façades n'en conserve pas moins
sa propre identité: matériaux différents
- pilier, ou pierre et brique, ou enduit coloré d'ocre-. La largeur des
constructions varie de une à quatre travées, la hauteur des pignons restant
proportionnelle aux dimensions du bâtiment. Des ornements sculptés: guirlandes
de fruits, de fleurs, rubans, enseignes personnalisent les lieux.
Centre de rencontre et d'échange d'un commerce international
florissant, déjà réputées au XIIème
siècle, la Grand'Place et la Petite Place ont contribué à faire
d'Arras un important marché de
l'industrie drapière au XIIIème siècle, puis la capitale européenne de la
tapisserie de haute lisse au XIVème et
XVème siècle Arras ou Arrazzi deviennent des noms communs: le pavoisement de la Place des Héros ou Petite Place,
reproduit aujourd'hui quelques unes de ces arrazzi; nous en admirerons
d'ailleurs une au Musée des Beaux-Arts (Abbaye de St Vaast). Enfin un
grand marché aux grains s'y installe dès le XVIème siècle, ce qui déterminera
la sculpture de deux gerbes de blé, entrecroisées sur la façade des maisons des
propriétaires. Nous déambulons dans les rues d'Arras et y admirons :
-La plus ancienne maison –1467- avec son pignon "en pas de
moineau"; c'est elle qui inspira les façades des maisons des deux places
évoquées ci-dessus, notamment leur structure à trois niveaux ,alors que les
pignons à volute doivent leur originalité au :
-"Mons Pietatis" (Mont de Piété) – 1624- conçu par l'Anversois W. Cobergher,
fondateur de tels édifices dans 15 villes des Pays-Bas méridionaux. A noter
qu'un circuit permet de découvrir les "boves", carrières de craie
souterraines qui s'étendent sous toute la ville. La ville d'Arras a été presque complètement détruite lors de
la Première Guerre Mondiale. Elle a fait l'objet une reconstruction minutieuse
à l’identique de 1924 à 1932.
Le plus grand ensemble d'architecture
religieuse du XVIIIème siècle en France : La Cathédrale et l'Abbaye
Saint Vaast :
Fondée en 667 sur la colline de La Madeleine
où St Vaast (500-540) venait se recueillir, l'abbaye et son église ont été
reconstruites au XVIIIème siècle. Confisquées comme Biens Nationaux en 1790,
les bâtiments de l'Abbaye abritent
aujourd'hui la bibliothèque et le musée des Beaux Arts. D'une longueur de 175 mètres,
bâti selon un plan ternaire, cet édifice compte trois cours et trois niveaux. A
l'intérieur nous découvrons :
Le plan relief de la cité d'Arras, réalisé en 1716 (autrefois visible aux musée des Plans Relies aux
Invalides à Paris).
Les Anges de Saudémont –XIIIème siècle- statues en bois doré, yeux en amande et malicieux,
sourire esquissé et cheveux en couronne
bouclés.
Custode ou reliquaire du Miracle de la Sainte Chandelle, qui contient les restes d'un gros cierge
miraculeux confié au XIIème siècle par la Vierge (dit-on) à deux ménestrels
pour guérir le Mal des Ardents (provoqué par l'ergot du seigle)
Une exposition temporaire photographique : Dans un couloir à peine éclairé nous avons
été saisis par la qualité des photos de Wang-Quing-Soong, photographe
d'avant-garde chinois. Ses œuvres sont dans le style de l'Art Populaire de Chine: grand défilé de
ses coreligionnaires avec drapeau, démarche martiale, outils agricoles…dans la
plus pure inspiration de la "Révolution Culturelle".
Un rapide
coup d'œil à l'Abbatiale : commencée
en 1733 et terminée en 1833 de style néo-classique, longue de 182 mètres et
haute de 32mètres, la pierre blanche en accentue encore la clarté intérieure.
Beaucoup trop riche ce musée mériterait à lui
seul une journée de visite….
D'autres surprises nous attendent … Cet
après-midi nous verra à LEWARDE… où
nous allons "descendre au fond", mais attendons un peu!!!…
L'heure du repas approche et nous nous dirigeons vers le restaurant "LE
BRIQUET" (casse-croûte que le mineur mangeait pendant sa pause). Installé
dans l'ancienne scierie de la Fosse Delloye (on y sciait les poteaux et les
bois destinés à soutenir les galeries de mine), c'est un local très clair qui
peut accueillir 170 personnes. Le service a été réalisé avec une grande
célérité.
LE CENTRE HISTORIQUE MINIER
DE LEWARDE.
Installé sur le carreau de l'ancienne fosse,
sur un site de 8 hectares, ce musée se
trouve au centre du bassin minier. Sa période d'exploitation s'est étendu de
1931 à 1971; 1000 mineurs s'y relayaient, en trois postes; ils extrayaient 1000
tonnes de charbon/jour… Dans ce bassin du Nord, la première veine fut
découverte en 1720 à Fresnes-sur-Escaut,
et la dernière "gaillette"(morceau de houille) a été remontée à
Oignies en décembre 1990.
C'est le 3 mai 1984 que la fosse
a été ouverte aux visiteurs, et ce sont d'anciens mineurs qui nous
guident sur et sous le site. Rares sont les veines qui atteignent un mètre de
haut, et c'est en visitant le musée librement que nous appréhendons :
- la formation géologique des
sols à vocation houillère,
- la logistique mise en place pour la future
exploitation,
- les moyens d'exploitation,
- l'exploitation méticuleuse de cette source
d'énergie et son déclin.
Lieu de mémoire, les différents locaux en surface, demeurés en l'état,
permettent de se faire une idée précise de cette aventure humaine du bassin du Nord-Pas-de-Calais.
Après deux années de travaux, les visiteurs
découvrent les 450mètres de galerie reconstituée, et c'est en 1989 que, dans un
souci d'authenticité, les concepteurs de cet univers quotidien du mineur,
réalisent la "descente au
fond" dans une "cage"
telle qu'en ont connue les derniers "gueules noires".
Placée
sous la responsabilité d'un ingénieur des Mines, la Fosse Delloye, avait,,
comme tous les puits, à faire face à deux exigences contradictoires : rendement
et sécurité. Une équipe de géomètres va
assurer la mise à jour des plans d'exploitation en fonction des abattages,
conseiller l'implantation des quartiers et établir les contraintes pour
l'aérage des galeries Nous découvrons le
bureau comptable, dont la fonction principale consistait au versement de la
quinzaine du mineur, rétribué en fonction du rendement. Ensuite nous nous
rendons à "la salle des pendus" où l'on découvre "les loques ad
fosse" suspendues au plafond (afin de sécher); c'est aussi dans cette
salle que l'on prenait sa douche. Nous
passons ensuite dans la "lampisterie". Là, en échange d'un jeton
numéroté qui permettait de pointer sa présence à son poste de travail (et
aussi, en cas d'accident au fond de connaître le nom et le nombre de victimes)
le mineur se voyait remettre une lampe à acétylène ou plus tard à batterie.
Nous accédons maintenant par un escalier au "chevalement"
qui surplombe le puits, pour "embarquer" dans la cage et descendre au
"fond". Au bout de quelques minutes – 2 ou 3 (?) – nous arrivons à la
galerie d'exploitation.
.Descendu dans la "cage"
où l'on engouffrait indistinctement
hommes et matériaux le mineur arrivait
dans un univers de chaleur, d'humidité, de bruits et de poussière…Une faible
lumière recrée l'ambiance du fond. Notre guide actionne les tapis roulants
chargés d'évacuer la "gaillette" et les schistes et les terres
accompagnant la taille. Si dans un premier temps on a boisé les galeries,
ensuite on est passé à l'étançon métallique, puis après 1950 au soutènement
marchant hydraulique. Pour récupérer le charbon, le triage s'effectue à la main,
(au début), puis les galibots(les enfants) et les cafus (femmes portant un foulard sur la tête) étaient préposés à ce
travail, en surface. Dans les dernières années d'exploitation, le triage
s'effectuait par flottaison. Tout ce qui n'était pas charbon était déversé sur
les "terrils". Pendant très longtemps la seule énergie mécanique utilisée
au fond sans danger était l'air comprimé .Ce n'est qu'avec l'invention des
coffrets antidéflagrants que l'électricité a pu être installée dans les mines
(1950).
Avec notre guide nous assistons à
l'évolution des techniques de soutènement, d'abattage, de transport des coupes
dans la veine et de leur évacuation. Nous touchons du doigt les positions acrobatiques et les conditions
de travail harassantes et bruyantes des
mineurs; c'est un panorama complet de la vie en souterrain que nous partageons
avec notre guide Notons en passant que très longtemps la traction des wagonnets
était assurée par des chevaux.
Retour à
l'air libre. Déjà, s'étonneront certains de nos amis ! En effet, notre descente a été limitée à 4,50m, hauteur qui sépare le
chevalement du sol ! La descente simulée a été parfaite : le bruit, les couches
de terrain tracées sur des calicots, la mise en condition du guide… tout a
contribué au subterfuge !
Un univers maintenant éteint
nous a été restitué par un homme qui a partagé le quotidien du mineur, ceci
avec émotion et faconde…. Bien sûr, il a évoqué la séance de douche, prise en
commun – où chacun frottait le dos de son collègue (!)- il nous a narré l'angoisse
qui se lisait sur les visages lors des coups de poussière ou de grisou. On le
sentait fier d'avoir participé à cette grande aventure
du charbon…
ROUBAIX
A L'aube du 3ème jour
nous avons rejoint ROUBAIX, au N.E. de
Lille, à laquelle elle est reliée par le métro, Roubaix, baptisée la Ville aux
Mille Cheminées. En 1911 elle comptait, en effet 267 usines. C'est actuellement une
ville de 100.000 habitants qui nous accueille avec les murs de ses immeubles,
peints de couleurs vives, ceux notamment de l'avenue J.B. Lebas (1878/1944) - Maire socialiste de Roubaix de 1912 à 1940,
ministre du Travail du Cabinet Léon Blum en 1936, il créa les congés payés et
la semaine de 40 heures. Il fut le fondateur de l'un des tout premiers
mouvements de Résistance. Il fut arrêté en mai 1941, par la Gestapo et mourut en déportation.- Cette artère relie
l'Hôtel de Ville
(1907) Arch. Victor Laloux,(qui édifia également la Gare d'Orsay à Paris)
mélange de classicisme et de baroque. Véritable bande dessinée organisée en six
tableaux, la frise sous l'attique de la façade rappelle la vocation textile de
la cité : récolte du lin et tonte des
moutons, lavage, peignage, filature, tissage, teinture, apprêt et manutention
finale… à la Gare (1888) Sydney Dumet, Arch.. Hall central, surmonté
d'un campanile avec horloge, bordé par deux pavillons en pierre de facture
renaissance française. Ensuite nous avons découvert l'immeuble dénommé "Le Conditionnement
Public" (1901). Ce bâtiment était destiné à sauvegarder la dignité et la moralité des
commerçants en matières textiles. C'est là que l'on mettait un terme aux
discussions suscitées par le degré
d'humidité réel ou supposé des laines destinées à la filature. De brique
rouge la façade s'agrémente d'arcs en saillie en brique crème avec des à-plats
de briques noires et blanches
Un
arrêt au Parc Barbieux
(1867-1907) – En 1867 les édiles communaux décident l'ouverture d'un canal qui
relierait la Deule à l'Escaut. Pour des raisons budgétaires et d'énormes
difficultés d'agencement – le canal était prévu pour être entièrement
souterrain -,le projet est abandonné. Des remontées d'eaux rendant les terrains
inconstructibles, on décide donc d'en faire un jardin public : 33 hectares, sur
I Km de longueur, autour duquel se construisent des résidences spacieuses
destinées à la bourgeoisie d'alors. Jusqu'à ce moment les industriels avaient
coutume de bâtir leur fabrique ou leurs usines avec devant celles-ci leur
demeure (généralement du genre manoir) . Notre guide nous en montrera quelques
unes en ville.
Haut
lieu de la vente par correspondance,
nous identifions les sociétés Quelle, La
Redoute, les 3 Suisses etc…Au cours de notre promenade en autocar, nous
apercevons furtivement plusieurs
"courrées" rues droites, où
toutes les maisons sont semblables et qui abritaient les familles des ouvriers
du textile. Cette uniformité, la grisaille des murs déterminent un sentiment de
paupérisation dans lequel vivaient ces populations. En continuant notre
périple, nous arrivons près des "Réservoirs
d'eau du Huchon"; le premier se compose de deux masses
cylindriques : le bas en brique rouge et crème est percé de baies étroites et
au premier étage de baies en plein cintre entre des pilastres couronnés d'un
bas-relief dorique. Le second fut réalisé à l'identique en 1895. Vers 1930 on
construisit deux autres réservoirs, en béton, avec une simple façade de briques
rouges. Nous découvrons encore l'ancienne usine
Motte-Bossut, au centre ville.. Véritable forteresse néogothique cette
ancienne filature de coton fut commencée en 1853; toute en brique rouge, elle
dresse sa silhouette massive, tel un château fort, terminée en1922. La cheminée
et les cages d'escaliers sont déguisées de tours pseudo-médiévales… Une curiosité
pas franchement esthétique! L'activité industrielle a cessé en 1981 et depuis
1983 l'édifice abrite les Archives du Monde du Travail. Depuis 1993, une
structure blanche métallique ancrée sur le devant de la façade simule … un
pont-levis!!!
Le
Moyen-Age devait hanter les rêves des concepteurs…!
L'après-midi
a été consacré à la visite du Musée d'Art et d'Industrie,
autrement appelé " LA PISCINE"
et à la Manufacture des Flandres,
musée du Jacquard.
Musée d'Art
et d'Industrie : Symbole du changement d'image de Roubaix,
la reconversion de l'ancienne piscine municipale désaffectée en musée, témoigne
de la qualité du patrimoine des années 30. Edifiée de 1927 à 1932 par
l'architecte Albert Baert, déjà auteur des bains de Dunkerque et Lille, la
piscine, d'inspiration romane se
distinguait par son plan conventuel :
grande nef du bassin de natation, en
lieu et place de l'église, et les cabines autour du jardin cloître, telles des
cellules de moines. L'imposante nef art-déco du grand bassin était surmontée
par une double voûte en béton armé, éclairée à chaque extrémité par deux
verrières, du soleil levant et du soleil couchant. Inauguré en 1932, cet
équipement sportif dû fermer ses portes en 1985, la voûte ayant été attaquée
par les vapeurs de chlore. En transformant ce "temple du corps" en
musée, l'architecte Jean-Paul Philippon, a su conserver le génie du lieu en
l'adaptant à ses nouvelles fonctions. C'est ainsi que l'ancienne entrée
"néo-romano-byzantine" dans la rue des Champs a été conservée. C'est
derrière cette porte, dans l'ancien hall d'entrée que se tiennent les
expositions temporaires; actuellement deux céramistes y ont trouvé refuge,
cependant que cet été c'est le peintre Robert de Niro (le père de l'artiste de cinéma)
qui aura l'honneur d'une exposition publique, sur l'instigation de son artiste
de fils! L'entrée actuelle du musée s'effectue par la rue de l'Espérance,
derrière un mur d'une ancienne usine adouci par un jardin engazonné. Sous un large auvent d'acier, l'accueil vitré
(agrémenté d’une toile de Gromaire) permet de voir d'un simple coup d'œil
toutes les dispositions des salles à visiter. L'ancien bassin, espace majeur du
musée, a conservé une longue lame d'eau, délimitée par des pontons de bois où
sont disposées des statues. Autour du bassin, les cabines ont été transformées
en vitrines, pour présenter des objets en céramique et dans les étages
supérieurs, des textiles, des bijoux ou des dessins. Pour parfaire la beauté
des lieux, nous avons pu nous repaître du reflet de la verrière "soleil
couchant" dans l'eau de l'ancienne piscine…moment d'intense bonheur…le
soleil à l'extérieur n'a pas ménagé son ardeur !!! Une belle réussite de
transformation d'une friche municipale en
un lieu de mémoire. Bravo.
MANUFACTURE
DES FLANDRES - anciens Etablissements Craye
Elle s'est ouverte à la visite en 2001 dans les
bâtiments de la Sté Craye, fondée au XIXème siècle. Dans une région où le
textile fut le gagne-pain de nombreuses familles –qui pour certaines avaient un
"métier" chez elles, ce qui explique la hauteur de certaines
fenêtres- cet atelier-vivant se veut le conservateur d'un savoir-faire qui se
transmettait de génération en génération. Nous découvrons des métiers qui se
sont perfectionnés aux cours des deux
derniers siècles, passant de la machine à bras du XVIIème siècle à la machine
assistée par ordinateur de nos jours .Notre guide, un maître-tisserand a
actionné l'une après l'autre six
machines, nous donnant un aperçu très complet des progrès de cette
mécanisation. Bien sûr la taille de chaque métier a grandi en hauteur, longueur
et surtout largeur au cours du
XXème
siècle. Tout comme notre visite à la mine, nous avons pu constater que dans ces
ateliers, les ouvriers évoluaient dans un bruit
à la limite du supportable. A la sortie un espace exposition nous
présentait des reproductions de tapisseries célèbres ou même des créations modernes
de bonne facture.
On ne
pouvait pas quitter le Nord sans déguster un plat de moules-frites,
ce qui fut fait dès notre retour à Lille…face à la gare, et la suite nous
révéla que nous avions bien fait de procéder ainsi!!!….
Montés
dans le T.G.V. à 20h.05, nous le
quittâmes, à Paris, à 23h.15…. Entre temps nous avons été bloqués à
Goussainville à la suite de feux de
ballast (???) annoncés par un conducteur qui semblait bien embarrassé, mais plus vraisemblablement par
des grévistes qui empêchaient le débarquement des passagers en Gare du Nord. Quoiqu'il
en soit ces arrêts nous ont permis de
constater la décontraction et la bonne humeur des passagers. A la descente des
trains – plusieurs avaient été stoppés en rase campagne – nous avons eut droit
à un quart d'eau minérale, remis par un
employé un peu débordé!
Nous
avons laissé derrière nous, LILLE
la vivante, ARRAS
le bijou d'art et ROUBAIX,
dont la reconversion s'annonce réussie. De plus le soleil était du voyage, et
la gentillesse "des gens du Nord" ne s'est pas démentie. Et puis, notre équipe, elle aussi a été
fabuleuse!
J. ROGUEDA
(Avec le concours
du Guide d'Architecture de la Métropole lilloise. Edition Le Passage, Le
Guide Vert Picardie, Flandre, Artois,
et Le Livre de la Piscine édité par le
Musée d'Art et d'Industrie de Roubaix.).