Notre sortie du 2 mai 2006 : La Tour Jean Sans Peur,
Le Grand Colbert,
Les Passages couverts.
LA TOUR JEAN SANS PEUR
Qui est donc Jean Sans Peur ?
Né à Dijon en 1371, il est le fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et de Marguerite d’Artois et de Flandre ; il vécut 48 ans d’une vie trépidante, hasardeuse, dangereuse et tragique… Très riche, à la suite d’héritages et de son mariage avec Marguerite d’Artois, il rivalisa de par ses fortunes économiques et politiques, avec le roi de France Charles VI, qui à la suite d’une insolation, présentait de graves troubles psychiatriques. Le Bal des Ardents, en 1394, aggrava son comportement, et son frère le Duc d’Orléans s’autoproclama Régent. A la suite de dissensions politico-économiques Jean Sans Peur prépare l’élimination brutale du Duc d’Orléans ; il confie cette mission à un peloton de reîtres, commandé par Raoul d’Octonville . Lorsque le duc sort de l’Hôtel Barbette, demeure de sa maîtresse, ’Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI, l’irréparable est accompli …Cet acte fut à l’origine de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons.
De 1408 à 1410, Jean Sans Peur dirige le Conseil du Roi depuis
son hôtel particulier, construit à cheval sur l’Enceinte de
Philippe-Auguste. Edifiée de Février 1409 à Mai 1411, cette
tour d’escaliers,
haute de 27 mètres desservait les différents étages de
l’hôtel. Elle devint le point de ralliement de la
« Caboche », milice privée créée par le Duc de
Bourgogne, commandée par Simon Caboche, composée de bouchers,
écorcheurs et pelletiers des Halles de Paris alors toutes
proches.
En 1413, il doit s’enfuir, en raison du zèle et des débordements de ses mercenaires et il en profite pour se rapprocher de l’Angleterre. Henri V, roi d’Angleterre, sentant la faiblesse du pouvoir royal déclara la guerre à la France ; il prit Honfleur et remporta la bataille d’Azincourt en 1415, ce qui permit aux vainqueurs d’envahir notre territoire. En 1418, conforté par son alliance avec l’Angleterre, le duc de Bourgogne se rapproche de Charles VI, et gouverne en son nom. En 1419, alors qu’il traverse sans escorte, le pont sur la Seine à Montereau, il se fait assassiner, sous les yeux du Dauphin, futur Charles VII, par Tanneguy Du Chastel , homme de guerre breton, chef des Armagnacs.
LA TOUR :
Elle est située au 20, rue Etienne Marcel, et depuis 1884 est inscrite comme Monument Historique. Son mur nord s’appuie sur des fondations médiévales (visibles en son sous-sol), à l’ouest on distingue un grand mur pignon, dernier vestige du corps de l’Hôtel de Bourgogne, à l’est une école communale a été construite de 1875 à 1878, ce qui explique les cris d’enfants, qui jouent dans la cour (il est 10h.30 !) et que nous entendons. Au sud enfin, pour entrer, nous traversons un minuscule jardin, bordé d’une haie de rhododendrons qui commencent à se parer de fleurs roses, grenat et blanches. Mme DONCOEUR, notre conférencière, nous prévient : «138 marches vous attendent, mais vous ne ferez pas toute l’ascension d’un coup !». Cette tour servait de mirador à notre turbulent Duc qui pouvait tout à loisir observer les mouvements des parisiens dans les rues adjacentes.
Après la découverte d’une maquette de l’Hôtel de Bourgogne,
nous accédons à un balcon extérieur d’où nous admirons la
qualité des pierres qui composent les murs de l’édifice :
pierres blanches, soigneusement jointées et qui portent les
signatures et symboles des Compagnons qui y ont
travaillé. Les
façades - 8 mètres pour les deux plus larges, 2 mètres pour
les deux autres – sont percées de baies ogivales. Au sommet
d’élégants mâchicoulis couronnent le tout…. Continuant notre
ascension, nous
arrivons au
sommet de la grande vis (de l’escalier) et au plafond la voûte
est ornée d’une tonnelle végétale, en pierre sculptée de style
flamboyant. On y reconnaît :
-
Les tiges d’un chêne vigoureux dont le feuillage tapisse
toute la voûte, les robustes nervures des branches,
déterminant quatre travées d’ogives. Il s’agit ici du symbole
de Philippe le Hardi, beau-père de Jean Sans Peur à qui il
légua son bien ; les bâtons noueux, comme des branches de
chêne seront un des attributs
qui alimenteront
l’explication du propre emblème du Duc : le rabot. Il en
mettait partout, jusque sur la livrée de ses gens ! Jean
Sans Peur voulait insinuer par là : « qu’il lui
tardait d’aplanir le terrain où le gênaient encore le fils de
sa victime : Louis 1er d’Orléans, le dauphin Charles et
ses amis les Armagnacs ».
- Les tiges d’aubépine pour Marguerite d’Artois et de Flandre, sa mère, les vrilles et rafles de houblon, pour lui.
Quelques marches au-dessus de la voûte de la grande vis, nous découvrons la « Chambre de l’écuyer », chauffée par une cheminée dont le mur d’appui constitue un des côtés des latrines, tapissées de velours rouge (un luxe, très très rare à l’époque) latrines dont l’air est adouci par l’âtre disposé sur le mur adjacent… Encore quelques degrés et nous arrivons dans la « chambre de Jean Sans Peur » d’où il dominait pratiquement tout Paris. Pourtant, il n’y « dormait que d’un œil » en raison de ses actions criminelles et inavouables, gardé par 64 arbalétriers. Enfin nous arrivons dans les combles, remaniés au 19ème siècle.
En 1477, à la mort de Charles le Téméraire, petit fils de Jean Sans Peur, les biens de la maison de Bourgogne sont rattachés à la couronne et l’hôtel reste à l’abandon. Il devient le refuge des mendiants et des vagabonds. En 1835 il est réhabilité et jusqu’en 1868 sera habité par de riches quincailliers, puis par la Société Bricart. On perce de nouvelles voies dans Paris, et seule subsiste la tour qui sera acquise par la Ville de Paris en1874. Elle est consolidée et restaurée. En 1891/1892, on lui redonne son aspect primitif, à l’exception des combles et de la toiture, qui faute de documentation, seront rétablis dans leur état de la fin du 19ème siècle.
Actuellement elle est gérée par les « Amis de la Tour Jean Sans Peur », dont le directeur Rémi Rivière, un fou d’architecture civile tombée dans l’oubli, tient à faire revivre ces témoins du passé. A noter qu’au rez-de-chaussée se tient momentanément une exposition sur la cuisine au Moyen – Age, très instructive et fort drôle.
Après cette matinée, en compagnie d’un individu sans scrupules et pour lequel la vie ne présentait d’intérêt que dans l’accomplissement des actes qui lui permettaient d’assouvir sa soif de dominer le roi de France, affaibli mentalement et politiquement, nous allons déjeuner, tout près au « Grand Colbert ». Ambiance fin 19ème siècle, garçons avec gilet noir et tablier blanc, comptoir en cuivre et zinc, petits salons, plats copieux et succulents. Nous retrouverons cette ambiance chaleureuse au cours de notre visite des « Passages Parisiens ».Nous accédons directement dans le Passage Vivienne lorsque nous sortons du « Grand Colbert ».
Jeanne Rogueda.
Voici la vingtaine de nos amis présents à cette rencontre du 2 mai. Si André Demey est présent, notre Président Roger Rulence nous accompagnait en pensée. Nous savions par Micheline Azéma qui lui avait rendu visite le 1er mai que son état de santé s’améliorait. A la prochaine sortie, au mois de septembre, à La Rochelle, cher Roger !