LES PASSAGES COUVERTS PARISIENS
Mardi 2 Mai 2006
Etant devenus Piétons pour quelques heures, et même Passants, nous gagnons notre premier Passage dès la sortie du Restaurant, le Grand Colbert, rue Vivienne, qui nous avait accueilli dans son décor très XIXeme Siècle. Et le décor d'un Restaurant représente toujours à mes yeux, le contenant indispensable au bon contenu. Ce fut le cas.
Et de Passants, nous voici tout de suite devenus Flâneurs car, comme a dit Balzac, « Flâner est une science, c 'est la gastronomie de l'esprit... se promener c'est végéter, flâner c 'est vivre ».
Alors, allons-y ! Nous sommes maintenant presque une trentaine de personnes.
Première étape, à deux pas de là, le Passage Colbert (4 rue Vivienne / 6 rue des Petits-Champs).
Souvent qualifié de Galerie, comme tous les Passages remarquables, ou ceux réclamant une plus-value d'esthétisme à tort ou à raison, avenue des Champs-Elysées entre autres.
Datant, à l'origine, de 1826, cette Galerie Colbert nous offre surtout l'agréable surprise de son éclairage, baptisé pourquoi pas, sous la Rotonde, de zénithal. Repris d'ailleurs au Musée du Louvre. Rotonde Centrale de 17 mètres de diamètre, magnifique dôme vitré avec statue centrale. Appréciant là les premières explications et commentaires de notre charmante Guide, que certains connaissent déjà, Madame Doncoeur.
Cette Galerie, ayant été rasée en 1983, délabrée qu'elle était, abandonnée et fermée depuis 1975- sa Rotonde était devenue garage- fut reconstruite et rénovée à l'identique en 1990 et sa Rotonde décorée comme avant. Avec façades en plein cintre, entièrement vitrée, comme la plupart de ces Passages, soutenues par une série de frontons triangulaires.
Notons, au passage ( ! ), que cette reconstruction apporta plus de 17.000 mètres carrés supplémentaires à la Bibliothèque Nationale toute proche.
A l'époque, cette Galerie Colbert voulut toujours rivaliser avec sa voisine, la Galerie Vivienne. Pourquoi ? Rivaliser en tant que commodités apportées à la circulation des Piétons, par son éclairage, naturel et artificiel, au gaz bien sûr, son pavage de marbre et mosaïque, ainsi que le luxe de ses boutiques. Avis partagés et motifs de querelles, déjà à l'époque !
Cette Galerie Vivienne (4 rue des Petits-Champs/ 5 rue de la Banque/ 6 rue Vivienne) « sa rivale » donc, parallèle, étant aussi pavée de mosaïques, mais avec signature rappelant que l'on retrouve les mêmes à l'Opéra Garni er. Référence !
Construite un peu avant la Galerie Colbert, enl823, cette Galerie Vivienne, 42 mètres de long, 3 entrées, possède une remarquable décoration Empire. L'ensemble formant une suite de salles diverses et variées donnant le rythme à la promenade.
On y trouve, entre autres, au n° 13, un bel escalier suspendu qui, dans les années 1840, menait aux appartements du célèbre Vidocq, ancien bagnard devenu le Chef de la Sûreté ! Pourquoi pas !
Suit une petite rotonde de 7 mètres 50 de diamètre.
Et, à gauche de l'entrée, côté rue de La Banque, la Brasserie le « Bougainville » , le célèbre navigateur, décédé dans l'immeuble. Plaque commémorative.
Et quelques boutiques : prêt à porter, salon de thé, fleurs artificielles, librairie.
Quelques « on dit » de l'époque sur ces Passages et Galeries : la volontaire rareté des pendules, contrairement à la mode monumentale d'alors, afin d'inciter à la flânerie, et, autre chose très drôle, la profusion de lantemeaux perpétuellement ouverts, considérés sérieusement comme l'échappatoire des microbes confinés au sol ! Il est vrai que Pasteur venait seulement de naître...
Poursuivant, traversant la rue des Petits-Champs, nous voici à l'air libre, dans les Jardins du Palais Royal et ses Galeries.
Autrefois , en 1786, y furent construites les fameuses Galeries de Bois, biscornues, mal fréquentées, lieux de perdition même, qui occupaient les arcades actuelles. Elles furent détruites en 1828 et remplacées l'année suivante par la Galerie d'Orléans, en pierre, qui reliait les arcades Montpensier et de Valois actuelles. Le seul vestige encore debout reste la double colonnade, encadrant aujourd'hui les fameuses colonnes de Buren.. .rayées mais toujours là. .. La somptueuse verrière qui la recouvrait ayant été démontée en 1935.
Et je trouve plaisant de souligner cette opposition entre l'atmosphère délétère qui y régnait à l'époque des Galeries de Bois et la présence actuelle du Conseil d'Etat sur le même site !
Site délétère et mal fréquenté en effet.. .car interdit à la Police Royale sous Philippe d'Orléans ...qui y logeait.
Au dessus des boutiques y habitaient des Familles Honorables ( ou honorées ? ) puis plus haut des Femmes Entretenues et des Artistes.
Quelques années plus tard, la vogue des Boulevards, combinée aux Arrêtés de molarisation et au déménagement de Louis-Philippe aux Tuileries, tua le genre et l'esprit de la Galerie.
De nos jours, au niveau des Arcades, sont installées bon nombre de boutiques en tout genre : de librairie, de parfums (japonais), de timbres de collection, de décorations civiles et militaires, de vêtements, de joaillerie, des Restaurants des Cafés etc.
Sur ce site ont séjourné, entre autres, Louis XIV mineur y jouant dans les Jardins, et Colette, « l'écrivaine », jusqu'en 1954.
Plus anecdotique : des têtes en cire provenant du Musée Grévin, furent paraît-il promenées dans les Jardins, pour conspuer des personnalités ayant déplu...
Ensuite, après un bref passage Place de Valois, nous gagnons la Galerie Véro-Dodat ( 19 rue J.J.Rousseau / 2 Rue du Bouloi).
Percée en 1826 c'est, paraît-il, l'exemple type de la spéculation générée par l'édification de tous ces Passages et Galeries. J'y reviendrai.
La décoration de cette Galerie Véro-Dodat est de style néo-classique comme au Palais - Royal : trame diagonale du dallage noir et blanc, alignement horizontal des boutiques, plafonds divisés en trois parties égales, grilles d'entrée soutenant le nom de la Galerie en lettres de fer, tout concourant luxueusement au calme d'une belle promenade.
Ce qui fut fort apprécié, aux trois-quarts de cette belle et instructive journée, et tant pis pour la spéculation !
On y remarquera les boutiques de l'Editeur Milanais Franco Maria Ricci, de Robert Capia spécialiste des poupées anciennes, un Restaurant « Le Véro-Dodat » et la Brasserie « Le Café de l'Epoque ». En tout, presque une quarantaine de boutiques.
Depuis 1965 cette Galerie est inscrite à L'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
Sortis de cette Galerie et longeant les murs de la Banque de France, quel souvenir pour plusieurs d'entre nous, nous gagnons la Place des Victoires ( Statue équestre de Louis XIV, il a fait du chemin depuis « son » Jardin du Palais-Royal ! ), puis l'Eglise N.D. des Victoires, ancien Couvent.
Et, après une bonne marche par la Bourse des valeurs ( Palais Brongniart) fermée depuis l'informatisation de la cotation, celle-ci ayant lieu discrètement ailleurs, nous cheminons à proximité de l'ancien Passage Feydau, construit puis démoli dans le même Siècle, au XVIIIeme , et atteignons le Passage des Panoramas ( 10 rue Saint Marc /11 boulevard Montmartre).
« Panoramas » car, spectacle très en vogue à l'époque de sa construction en 1800 ; il s'agissait d'assister à la présentation de tableaux circulaires, enveloppant totalement le spectateur placé au centre d'une rotonde pouvant atteindre parfois 50 mètres de diamètre. Disparu en 1831.C'était le Cinéma de l'époque et attirait ainsi beaucoup de monde.
Flanqué de six Galeries annexes et beaucoup de boutiques : papetier, philatéliste, confiseur,magasin de thé, de chocolat, de toilette, jouets, pâtisserie et enfin, au n° 47, le Graveur Stem qui, depuis le début du XIXeme Siècle est spécialisé en cartes de visite.
L'une de ces Galeries annexes dessert, au n° 17, l'Entrée des Artistes du Théâtre des Variétés. Premier Passage éclairé, au gaz, on peut y apercevoir des escaliers à double révolution.
Traversant le boulevard Montmartre, nous entrons dans le Passage Jouffroy (10/12 boulevard Montmartre/ 9 rue de la Grange Batelière).
Un des plus tardifs, inauguré en 1847, et déjà beaucoup moins de bois utilisé dans la construction, au profit de structures métalliques. Ce fût aussi le premier Passage chauffé par le sol, d'où son succès.
De plus le Musée Grévin y possède une vitrine. Et bien d'autres façades et vitrines : L'Hôtel Chopin du XIXeme Siècle au n° 46, très romantique paraît-il, au n° 39 « Au Bonheur des Dames », à côté « Pain d'Epiées », jouets et maison de poupées d'autrefois et, en face, un « Collectionneur de cannes ». Puis le « Grenier à Livres » au n° 15 et, pour le réconfort, « La Tour des Délices ».
Et nous terminerons notre visite en traversant la rue de la Grange-Batelière vers le Passage Verdeau (6 de la même me / 31 bis me du Faubourg Montmartre).
Constmit en 1847 comme le Passage Jouffroy, même Société, même Architecte.
Endroit un peu déshérité, quoique la Salle des Ventes Drouot à proximité y apporte un peu d 'activité, plusieurs Antiquaires y ayant élu domicile.
Signalons quelques boutiques : « La France Ancienne » au N° 26 qui propose vieux papiers, Almanachs et Cartes Postales, un autre « Bonheur des Dames » au N° 8 ( même Maison que Passage Jouffroy), « Brocéliande » au N° 20, Soldats de plomb, et des Librairies.
Ouf ! Mais quel voyage dans le temps !
Au fait ? Pourquoi tous ces Passages et Galeries, voulus, conçus et réalisés comme des vases communicants ?
Eh bien pas seulement pour ça !
La stmcture du Paris de l'époque et l'emprise urbaine dans la première moitié du XIX eme Siècle sont gouvernées par la spéculation foncière ( et aujourd'hui ?).
Les parcelles qui appartenaient au Clergé ou à la Noblesse avant la Révolution de 1789 sont confisquées et la proie des spéculateurs bénéficiant des facilités nouvellement accordées à la propriété privée, et échappent au contrôle du Service de la Voirie :
On passe ainsi du privilège au laxisme. A méditer !
Mais aussi bien sûr, il s'est agit de mettre la circulation piétonne à l'abri du flot des voitures, bien qu'à cheval, car peu ou pas de trottoirs .
Et, comme ces Passages furent vite éclairés et même chauffés, on y élisait salon et on s'y attardait !
En somme, c'était déjà nos Galeries des Centres Commerciaux actuels, sous la Restauration.
Fermés la nuit Dimanche et Fête, comme certains aujourd'hui, et il en existe beaucoup d'autres à travers le Monde.
On n'a rien inventé !
Mais, avant de terminer, permettez-moi de revenir sur l'évocation de la Banque de France.
Je viens d' écrire « en longeant les murs de la Banque de France ». Oui car, beaucoup d'entrés nous y avons travaillé pour « le Saunier Duval d'avant », du débutant au Directeur en devenir, et quelle joie ce fût pour moi de l'écrire, quelle joie et que de souvenirs en se rappelant qu'on y a eu 20 ans !
Paul Darthuy