Visite du Panthéon puis
de la Manufacture des Gobelins
- Mercredi 7 Février 2007 -
Merci à Richard Micor pour les petites notes historiques sur le Panthéon, qu'il m'a remises en début de visite.
Il neigeait sur la région parisienne en début de matinée de ce mercredi 7 février. Brrr !!! Aucune envie de mettre le nez à l'extérieur mais, rien à faire, engagement pris il faut y aller. En plus, en tant qu'organisatrice de la sortie, une absence ne ferait vraiment pas sérieux. Ouste ! Dehors, affrontons les frimas ! Rue Soufflot, un petit groupe de copains est en train de se ragaillardir dans un bistrot. Vite, on les rejoint au chaud et au sec pour quelques minutes encore !
Le Panthéon
Gelés, mouillés, mais à l'heure, ne voyant rien sous nos capuches et parapluies, nous attendons devant les grilles impitoyablement closes du Panthéon qui n'ouvre qu'à 10 heures précises et pas une minute avant. Nous sommes presque au complet lorsque enfin les portes s'ouvrent. Les quelques victimes du RER, qui avait décidé de se faire un peu prier ce matin là, arriveront dans les minutes qui suivent.
D'emblée, nous sommes frappés par l'immensité, la monumentalité et la solennité de l'endroit ; ce ne sont de tous côtés que vastes espaces, colonnes, sculptures, peintures murales, coupoles. Myriam Doncoeur, notre charmante et passionnante conférencière maintenant bien connue, entreprend de nous brosser un peu l'histoire du lieu. J'essaie de vous la retracer rapidement.
Bref historique du Panthéon
Sautons allègrement quelques siècles :
Dans le cadre de cette oscillation du religieux au laïc, on peut noter que sous Napoléon 1er, des messes y furent à nouveau célébrées, puis au Second Empire, 4 messes encore chaque année aux dates suivantes :
Observons :
Notre parcours sera :
1. La nef
Le plan d'origine était une croix grecque mais comme nous sommes un petit peu en territoire catholique romain, l'un des bras fut allongé pour la transformer en croix latine.
Le désir de Soufflot était d' « allier la finesse du Gothique à la magnificence de l'Art Grec » mais on identifie plus facilement l'art grec que le gothique. Ce dernier se niche plutôt dans les structures métalliques qui maintiennent l'imposant ensemble. En réalité la composition est plutôt éclectique.
Prévue très lumineuse, la nef l'est moins aujourd'hui car à l'emplacement des actuelles peintures murales se trouvaient de larges et hautes fenêtres qui ont été bouchées lors de la transformation de l'église en Panthéon.
Le Panthéon : un temple grec coiffé Le plan : une croix grecque rallongée pour
d'une Coupole Renaissance former une croix latine
A la croisée du transept, sous la grande coupole se trouve le pendule de Foucault. Nous nous tenons juste devant. De même que Mme Doncoeur, je me garderai bien de donner la moindre explication scientifique et me bornerai à indiquer qu'il est revenu au Panthéon depuis 1995 et que (je restitue là sans la comprendre une phrase qui n'aura certainement aucun secret pour nos amis ingénieurs) « c'est une expérience conçue pour démontrer la rotation de la Terre par rapport à un référentiel galiléen ainsi que l'existence de la force de Coriolis dans un référentiel non galiléen ». Glups !!!
Notre conférencière nous signale tout de même que le pendule de Foucault ne fonctionne correctement que lorsque les gardiens le ré-actionnent. Curieusement le chat égyptien de Malraux, faussant compagnie à son maître, est resté là et n'est pas descendu avec lui à la crypte.
Levons maintenant la tête. Les peintures de la grande Coupole, à 83 m au-dessus de nous, représentent l'Apothéose de Sainte-Geneviève, œuvre de Gros. Difficile, à cette distance d'apprécier. Au-dessous était à l'origine prévu le reliquaire de Sainte-Geneviève - jamais installé - ainsi qu'un escalier descendant vers la crypte. Les statues de Jean Goujon qui devaient l'entourer peuvent être admirées au Louvre.
Autour de nous des colonnes grecques et de nombreux monuments et sculptures . La plupart sont républicains. Ensemble majestueux sinon beau. Les parties les plus « basses » de la nef sont quand même à une hauteur de 47 m. Le décor de l'abside offre une singulière juxtaposition de sujets laïcs et religieux, témoignage de l'histoire changeante de l'édifice.
Au fond du chœur, une mosaïque représentant le Christ surplombe un groupe sculpté républicain. Pas tout à fait église mais pas tout à fait laïc non plus.
La mosaïque de l'abside et juste au-dessous L'autel républicain
Le Christ montrant à l'ange de la France à la gloire de la Convention Nationale
les destinées de son peuple
2. La Crypte
La crypte s'étend sous toute la surface de l'édifice. Elle n'est pas véritablement enterrée comme une cave. On le constate en remarquant, en haut de chaque galerie, les fenêtres ouvertes sur l'extérieur. Les formes sobres et plutôt lourdes destinées à soutenir l'édifice ainsi que le peu de hauteur sous plafond (7 m à comparer aux 83 m de la coupole ou aux 47 de la nef) contrastent avec la décoration solennelle et monumentale de la partie haute.
Face l'entrée, se trouve une urne (oui, il y a aussi des urnes) qui contient le cœur de Gambetta et que surplombe une plaque gravée à la mémoire des soldats de la guerre de 1870.
Etre enterré au Panthéon est un remerciement de la Nation. Aujourd'hui le choix s'effectue sur proposition du Président de la République qui pour la décision sera assisté d'un collège de personnes de la même profession que le « candidat ». Ensuite, il faudra encore l'avis de la famille et il paraît que les refus ont été nombreux.
On compte aujourd'hui 76 tombeaux dont 41 dignitaires
napoléoniens (dont beaucoup nous sont inconnus). Rappelons
qu'il existe 300 places en tout. Un panneau rappelant la vie
et les actions de chacun est placé devant chaque tombe,
lesquelles sont regroupées selon le domaine d'activité ou les
hauts faits des grands hommes de leur vivant
Marie Curie est la seule femme présente pour elle-même. C'est elle qui a demandé à ne pas être séparée de son mari. La parité ? Il y a encore du chemin à parcourir ! L'état a bien essayé d'avoir George Sand mais s'est vu opposer un refus.
Dans le cas du chimiste Marcelin Berthelot c'est
l'inverse, il a obtenu d'être accompagné de son épouse.
Un panneau explicatif devant chaque tombeau
Soufflot occupe un espace à part dans un sarcophage qu'il avait lui-même conçu pour les religieux.
Passons aux philosophes des Lumières ; Voltaire et Rousseau se trouvent de part et d'autre du couloir central, éternel face à face ... La tombe de Rousseau est particulièrement belle. Elle représente un petit temple de bois qui évoque ses théories sur la nature. Par la porte d'entrée entrouverte passe une main tenant une flamme. Mais Voltaire, lui, a droit à une statue de Houdon, pratiquement grandeur nature !
Le Tombeau de Rousseau face à La statue et le tombeau de Voltaire
Impossible de tout détailler. Alors allons-y à la louche et citons quelques-unes des tombes vues dans les galeries suivantes notamment :
Les grands résistants dont Jean Moulin, René Cassin, Jean Monnet. Et aussi André Malraux qui est là au titre de ses actes de résistance et non en tant qu'écrivain ou ministre de la culture. A noter qu'il a occupé l'emplacement sous la grande coupole lors de la cérémonie d'entrée (d'où la présence de son chat à côté du pendule de Foucault) et que le transfert de son corps dans la crypte a fait l'objet d'une seconde cérémonie.
Les grands écrivains : Victor Hugo , Emile Zola (avec rappel de son combat pour Dreyfus), Alexandre Dumas.
Et puis les savants, les politiques, les militaires, les explorateurs, les libérateurs etc... Mais au final, la liste de ceux dont nous n'avons jamais entendu parler est plus longue que celle des noms que nous connaissons (rappel : 41 dignitaires d'Empire sur 76 tombes au total).
Le dernier monument a été inauguré le 18 Janvier 2007 et Mme Doncoeur le découvre en même temps que nous. Il s'agit du monument aux « Justes de France » c'est-à-dire ceux qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs . Pour répondre à la question de l'un d'entre nous sur l'origine de l'expression Justes parmi les Nations (Mme Doncoeur ne savait pas) j'ai cherché et trouvé que l'appellation de Justes parmi les Nations existait déjà dans les anciens textes hébraïques (Talmud) et a été adoptée par l'Etat d'Israël en 1953 afin désigner les personnes non juives qui ont pris des risques au péril de leur vie pour secourir les Juifs voués à l'extermination nazie.
Mélange du laïc et des religions, mais nous sommes dans une église, juste au dessus du monument en question, un chrisme, comme il y en a d'ailleurs plusieurs ici et là dans la crypte.
3. Les peintures murales
Retour à la nef en marquant un court arrêt devant la maquette du projet initial qui nous permet d'avoir une vue du Panthéon dans son entier et de constater, entre autres détails que deux petits clochers prévus de part et d'autre de l'entrée n'ont jamais été réalisés.
Comme indiqué plus haut, les peintures murales datent du XIXe siècle lorsque furent bouchées les grandes fenêtres. Ce sont des toiles marouflées, c'est-à-dire collées sur les murs. De Puvis de Chavannes, Delaunay, Cabanel ou Laurens, elles célèbrent, dans le transept, les épisodes célèbres des figures légendaires de l'histoire de France : Clovis, Charlemagne, Saint-Louis et Jeanne d'Arc.
Jeanne d'Arc enfant
De Puvis de Chavannes
Sainte Geneviève enfant Rencontre entre Sainte- Geneviève
et Saint-Germain
Saint-Louis à Tunis pendant la croisade
Le baptême de Clovis
Fin de la visite. On a l'impression d'être un peu moins ignorants qu'avant ; merci Myriam. On récupère in extremis un parapluie oublié et direction l'arrêt de l'autobus pour la suite du programme.
Pause déjeuner
Avez-vous jamais pris l'autobus à 30 ? ça fait groupe de touristes en excursion, ça vous a un petit air de vacances pas désagréable ma foi ! En plus le temps a eu le bon goût de s'améliorer. On se compte, personne ne s'est perdu. Nous nous rendons donc en bus à notre lieu de déjeuner proche de la Manufacture des Gobelins où notre ami Claude Rogueda nous a organisé un chouette repas au restaurant « La Touraine » chez un ancien copain à lui.
Bien qu'un peu serrés nous apprécions la pause,le kir sympa, le menu (bon et copieux ),
l'amabilité du personnel, et surtout ... le bavardage avec les amis, comme toujours.
Je passe maintenant la « plume » à Jeanne Rogueda pour le récit du programme de l'après-midi.
Eliane Etinzon
La Manufacture des Gobelins
Après donc notre « visite » aux Grands Hommes, nous
nous engouffrons dans l'autobus 27 et descendons à l'arrêt
`Av. d'Italie, les Gobelins', objet de notre visite de
l'après-midi. Notre détour au restaurant « La
Touraine » nous permet de nous réchauffer et de nous
sustenter.
Cette enseigne se situe rue de Croulebarbe (le clos de Croulebarbe situé sur cette colline permettait, au XIXème siècle, de récolter un vin aigrelet, très en vogue à cette époque). Cette voie épouse exactement le cours de la Bièvre, rivière qui est à l'origine de la création des GOBELINS. Avant que ces derniers ne s'y installent, ses bords comportaient nombre de tanneries et de mégisseries. Au XVIème siècle, les riverains de ce cours d'eau, se plaignaient de la pollution de la rivière et de l'odeur pestilentielle qui s'en dégageait... Depuis 1910 elle coule en souterrain.
HISTORIQUE :
C'est en 1443 que Jehan Gobelin « taincturier en escarlate » - couleur tirée de la cochenille - construit une première teinturerie de fils de laine. Sa nombreuse descendance finit par posséder tant de terres et de maisons en bordure de la Bièvre, que l'on disait alors : `Aller aux Gobelins' !
Le surintendant Fouquet fit installer à Maincy un atelier de
haute lisse, fonctionnant pour son usage personnel avec une
main d'œuvre flamande. Lors de sa disgrâce en 1661 (nous en
entendrons parler en Juin au château de Vaux-leVicomte), Louis
XIV récupéra l'ensemble des ateliers et des lissiers et c'est
en 1662 que Colbert créa la MANUFACTURE DES
GOBELINS.
Elle comptait à ce moment 250 lissiers. En 1825, on y adjoint la MANUFACTURE DE LA SAVONNERIE, fondée en 1627 par Louis XIII à Chaillot, dans une ancienne usine de savon, reconvertie en orphelinat par Marie de Médicis.
- Tapis Tapis destiné à l'Elysée
Enfin en 1940, la MANUFACTURE DE BEAUVAIS, créée en 1664 est rapatriée à Paris, puis à Aubusson. En 1945, la ville de Beauvais, est presque entièrement détruite ; l'Etat décide donc d'installer cette entité aux GOBELINS. Finalement en 1989, la manufacture retrouve en partie sa ville d'origine : 20 lissiers à Beauvais et 20 lissiers à Paris
REALISATION :
Les tapisseries, œuvres de valeur, sont réalisées entièrement à la main. Leur confection est très longue : un bon lissier met un jour entier pour tisser une surface égale à la main humaine et la production annuelle varie de 1 à 8 m2 suivant la complexité du dessin à reproduire.
Les intervenants et les étapes de la confection d'une tapisserie sont les suivants :
Ces derniers travaillent à la lumière naturelle, les grandes fenêtres de leur atelier orientée plein nord.
Le cartonnier et le concepteur, sont quelquefois une seule et même personne et leurs dessins constituent une collection importante et exceptionnelle des œuvres graphiques de leur temps - art moderne notamment : Jean Lurçat.
TABLEAU RECAPITULATIF :
| Désignation |
GOBELINS |
SAVONNERIE |
BEAUVAIS |
| Création |
1662 |
1627 |
1664 |
| Technique |
Haute lisse (photo ci-dessous à gauche) |
Haute lisse + point noué (photo ci-dessus) |
Basse lisse (photo ci-dessous à droite) |
| Métier |
Vertical |
Vertical |
Horizontal |
| Chaîne |
Laine |
Coton |
Coton |
| Trame |
Laine, fil d'or et d'argent |
Laine, soie
|
Laine |
| Destination initiale |
Roi : tenture |
Roi : couverture de sol |
Demandes privées : tentures ameublement |
| Destination actuelle |
Etat et cadeaux diplomatiques |
Etat et cadeaux diplomatiques |
Etat et cadeaux diplomatiques |
| Nombre actuel de lissiers |
35 |
40 |
20 à Beauvais 20 à Paris |
Métier de haute lisse Métier de basse lisse
La galerie, construite en 1913, par l'architecte FORMIGE, et qui donne sur l'avenue des Gobelins à été ravalée ; néanmoins elle est encore en travaux. Une fois terminée elle doit servir de galerie d'exposition : espérons que nous pourrons y admirer quelques chefs-d'oeuvre contemporains et des siècles passés.
« Information télévisuelle du 24 mars 2007 :
la galerie sera ouverte au public le 14 mai 2007 »
.
Nous venons de visiter trois ateliers d'excellence qui, à travers les péripéties de l'Histoire, ont toujours produit de splendides tapis et tapisseries, servant tour à tour la Royauté, la Révolution, l'Empire et les Républiques... C'est la conjugaison de l'Art et de la Main !
Jeanne ROGUEDA
Et pour clore cette journée de retrouvailles, notre Président prend la désormais traditionnelle
« Photo de famille »
web compteur