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       Le Bulletin       CONTACT

         DECEMBRE 2007  76

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  Sommaire

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1920-1930 croissance

 1931-1945 difficultés

1945-1968 montée en puissance

1968 Collet frères

1969 Contrôle et Applications

1974 pertes massives puis SDEL

  

LES CENT PREMIÈRES ANNÉES DE SAUNIER DUVAL

Première partie

 

1907 – 1945 : UNE  HISTOIRE EXEMPLAIRE

 

                   En décembre 1907, Charles Saunier, polytechnicien, ex-directeur de la maison Bengel Frères et Monsieur Duval, industriel, créent à Paris une société en commandite par actions au capital de 1,1 million de francs. Cette société, Saunier Duval et Cie, est administrée par les deux fondateurs, qui exercent conjointement le rôle de gérant commandité.

 

                   Des origines antérieures a l’électricité.

 

  En réalité, Saunier Duval et Cie émane de la maison Bengel Frères, fondée en1850 et spécialisée dans la fabrication d’appareils de chauffage et d’éclairage public, notamment au gaz. En 1907, après le décès de son frère, Joachim Bengel, ingénieur centralien, décide d’apporter  à la société Saunier Duval et Cie l’établissement industriel et le fond de commerce qu’il possède à Paris, ses succursales de Bordeaux et de Nice ainsi qu’une entreprise en liquidation : la Compagnie Générale d’Appareillages Gaz, Électricité, Force Motrice. En contrepartie, Joachim Bengel reçoit près des trois quarts des actions de la nouvelle entreprise, le solde étant souscrit par 13 personnes, parmi lesquelles Duval père et fils, Henri Frisquet, Charles Saunier et Maurice Villeminot et en janvier 1908, il est porté à la présidence du conseil de surveillance. Une usine est louée à Montreuil, où l’on installe la branche sanitaire, fabrication de baignoires et porcelaines de bâtiments. Le succès de la nouvelle société est immédiat : dès 1908, le chiffre d’affaires de ses trois activités – fabrication d’éclairage, sanitaire et électricité – atteint près de 1,1 million de francs. En 1910 la société reprend le fonds de commerce des Établissements Lacarrière, qui fabriquent et entretiennent les lanternes d’éclairage public de la Ville de Paris. Il s’agit d’une acquisition considérable,  car cette société,  fondée en 1829 a conçu et installé tous les appareils d’éclairage public qui ont servi aux illuminations de l’Exposition Universelle de 1900 et a acquis une certaine notoriété en exécutant l’éclairage des groupes monumentaux qui ornent le pont Alexandre III à Paris. Or, en 1910, la situation financière des Établissements Lacarrière est au plus mal. Saunier Duval et Cie, qui renfloue l’affaire, étend ainsi son activité aux services d’éclairage public et d’entretien pour le compte des grandes administrations publiques. De ce fait, elle s’assure non seulement la clientèle de la ville de Paris, mais aussi celle de la Banque de France, de la Bourse et de la Compagnie des Agents de Change, du Sénat, du ministère des Beaux-Arts, des palais nationaux, etc… Tenue de s’agrandir, elle aménage de nouveaux ateliers à Montreuil.

                   Des Établissements Lacarrière, Saunier Duval et Cie hérite surtout de la concession de l’éclairage et la distribution électrique du Grand-Palais, où sont organisés tous les grands salons : automobile, aviation, arts ménagers, arts décoratifs, etc…  En 1910, Charles Saunier effectue un long voyage en Amérique du Sud, visitant l’Argentine, L’Uruguay, le Brésil et le Chili ; ses retombées commerciales se manifesteront à partir de 1913 avec la création de matériels d’éclairage spécialement conçus pour la clientèle de ces pays. L’année précédente, Saunier Duval Cie a créé une filiale vouée à ses activités à l’étranger : France-Lumière (dont le capital est de 0,4 million de francs). Dès lors, l’entreprise connaît une expansion rapide : 2,4 millions de francs de chiffre d’affaires et 300 000 francs de bénéfice net en 1913, contre respectivement 1,1 million de francs et 60 000 francs en 1908. Dans cette activité devenue florissante, il reste cependant un point noir : le magasin de luxe que la société possède près de l’Opéra, dont les pertes amènent la suppression ou le déplacement en un lieu mieux achalandé.

                   La guerre éclate et frappe immédiatement l’entreprise d’une paralysie quasi-totale. La direction générale fait tout pour conserver son personnel, mais Charles Saunier, Maurice Duval et Henry Frisquet, qui dirigent les services techniques et la fabrication, sont appelés sous les drapeaux. Si le premier est remplacé dans ses fonctions de cogérant par son beau-père, Maurice Villeminot, les deux autres, bientôt réformés, réintègrent l’entreprise et proposent de la mettre au service du Ministère de la Guerre. Elle se tourne vers la fabrication de pièces de munitions et d’armement pour le génie militaire et l’artillerie.

                   Ni la mort de Charles Saunier, tué au front en septembre 1916, qui laisse Maurice Duval seul gérant, ni la progression apparente des profits, passant de 300 000 francs et 1915 à 800 000 francs en 1918   ne décident les actionnaires à modifier la société. Ce n’est qu’en janvier 1919 qu’Henry Frisquet, ingénieur des Arts et Métiers, est nommé cogérant ; la raison sociale devient Saunier Duval Frisquet et Cie. En avril 1919, l’entreprise se transforme en SA sous la dénomination Saunier Duval Frisquet (SDF), Anciens Établissements Saunier Duval et Cie. Son capital social reste inchangé mais son objet social se voit élargi : fabrication et vente d’appareils d’éclairage et de lustrerie au gaz ou à l’électricité, ainsi que d’appareils sanitaires, service d’éclairage public et d’entretien. Et en juin 1919 un magasin sanitaire et lustrerie est ouvert rue Royale, à Paris.

 

   #                                                  1920 – 1930 : croissance et diversification.

 

                   La fin de la guerre entraîne l’arrêt des marchés en cours d’exécution pour l’administration la liquidation de stocks très importants et le licenciement d’un nombreux personnel inadapté à l’économie de paix. Il faut réorganiser les ateliers et faire face au fisc, qui conteste les résultats réalisés durant le conflit : s’ensuit un versement de 30 000 francs au titre des bénéfices de guerre. La situation est difficile en raison de grèves répétées, notamment dans les ateliers de fabrication. 1920 est une année particulièrement critique puisque des grèves empêchent la livraison en Grande-Bretagne de commandes passées en 1919 (celles-ci ne seront honorées qu’en 1921, à une époque où la livre sterling se sera fortement  appréciée par rapport au franc). En revanche, en décembre 1920, le bail du Grand-Palais est prolongé pour neuf ans. Au premier semestre 1921, la situation redevient enfin normale.

                   La société s’intéresse alors au rachat de plusieurs entreprises de son secteur. En janvier 1923, elle fusionne avec les Établissements Derivry Frères, l’une des maisons les plus réputées de France dans la fabrication des bronzes d’éclairage. En reprenant la totalité des modèles, l’enseigne ainsi que la clientèle de cette maison, Saunier Duval Frisquet devient l’un des premiers bronziers de France. Dans le même temps, deux agences sont créées pour l’activité sanitaire, l’une à Marseille, l’autre à Bordeaux. Toujours en 1923, SDF  acquiert l’usine qu’elle louait auparavant à Montreuil et prend des participations dans plusieurs affaires, dont la société Céramique Française, fabricant d’appareils sanitaires en porcelaine. L’année suivante, SDF crée à Paris la société Luminus spécialisée dans la fabrication et la vente de lustres et, à Montreuil, un service pour l’équipement électrique des avions. En 1927, elle ouvre une agence d’électricité et d’éclairage public à Nice et une agence sanitaire à Bayonne. 

                   Durant ces années, la composition du conseil se modifie : Henry Frisquet, disparu, est remplacé par son fils Maurice, tandis que la veuve de Charles Saunier démissionne provisoirement et que de nouveaux administrateurs font leur entrée. En 1924, un nouveau directeur général est recruté : Lucien Albisetti ; Maurice Villeminot, quant à lui, demeure président du conseil d’administration de 1919 à 1940. Parallèlement, entre 1923 et 1925, l’entreprise accroît plusieurs fois son capital (qui passe de 1,1 million de francs à l’origine à 4,5 millions de francs en 1925). De nouveaux services font leur apparition : Installations normales, Illuminations et Décorations du grand-Palais. Des sous-comités spéciaux issus du conseil d’administration sont créés : l’un voué au secteur industriel, un autre au commercial et le dernier au financier.

                   Dans cette conjoncture d’expansion, l’entreprise prospecte les marchés étrangers : elle réalise l’installation électrique du Parlement de La Havane, elle collabore avec la société Jareno de Madrid en vue de développer l’éclairage public du pays, elle passe un accord avec la maison Zeiss, d’Iéna, pour l’éclairage public de cette ville. Surtout SDF se rapproche des Établissements Chaffoteaux & Maury, avec lesquels est fondée une filiale commune : Sanitas, dont l’objet est la vente des grès d’Obernai. En outre, un magasin de vente commun est installé à Paris, en vue de commercialiser un nouveau chauffe-bain à gaz fabriqué par Charles Blanc (mécanisme et brûleur), Chaffoteaux & Maury (habillage) et SDF (corps de chauffe).

                   En fait, ce corps de chauffe est fourni par les Établissements Farge, que SDF absorbera en 1930, élargissant notoirement ses activités, qui engloberont désormais le sanitaire, les appareils de chauffage de l’eau pour usage domestique, les luminaires anciens et modernes, les illuminations et décorations lumineux mais aussi l’entreprise générale d’électricité, le matériel d’éclairage public et de signalisation pour la ville et pout la route ainsi que les transports mécaniques et pneumatiques (à l’époque, de nombreux ingénieurs croyaient en l’air comprimé comme moyen de propulsion, voire comme alternative à l’électricité).

 

       #                                                    1931 – 1945 : le temps des difficultés.

 

                     La crise des années 30 frappe durement les entreprises commerciales comme SDF et l’épreuve est d’autant plus difficile que, lorsque la reprise s’amorce, elle est brisée net par la guerre. Éprouvée, la société prend des mesures drastiques : fermeture de la branche sanitaire de Paris en 1931, fermeture de l’agence de Bayonne et mise en liquidation de Sanitas en 1934 ; suppression de Département Lustrerie en 1935 ; mise en veilleuse, un peu plus tard, de la vente de chauffe-bains. Du coup, l’usine de Vincennes est reconvertie dans la fabrication d’appareils électriques et SDF innove prudemment en mettant au point un nouvel appareil de chauffage an gaz (1933) puis une nouvelle technique de fabrication de candélabres. Dans le même temps, le conseil d’administration se renouvelle en profondeur : disparition de Joachim Bengel en 1932, départ de Maurice Frisquet en avril 1936, entrée du polytechnicien Maxime Claude en décembre 1936.

                   À la fin de la même année, la conjoncture s’améliore. C’est aussi l’époque où SDF se rapproche de la Société des Grands Travaux Électriques (anciennement Établissements Faille & Reinhardt) pour acquérir les diverses activités de son fonds de commerce. L’acte de cession est signé en mars 1937 et voit M. Reinhardt devenir administrateur délégué, mais seulement pour le service travaux électriques. En décembre 1937, Maurice Duval est nommé vice-président du conseil d’administration aux cotés de Maurice Villeminot. En 1938, le dumping pratiqué en France par une entreprise étrangère entraîne une crise sévère de l’exploitation du chauffe-eau et du chauffe-bain, pourtant prospère jusqu’alors. Dans un premier temps, SDF réagit en écoulant ses stocks à bas prix, puis la société met au point, de concert avec l’allemand Junker, un nouvel appareil tout à fait compétitif. Simultanément, l’entreprise se réorganise et entre dans une ère de rationalisation : le département gaz se substitue au service chauffe-eau ; la gamme des chauffe-bains est resserrée, l’outillage modernisé ; la mécanographie fait son entrée dans les services comptables.

                   Ces mesures ne tardent pas à porter leurs fruits : ainsi, en mars 1939, un contrat important est signé avec la Société Générale de Fonderie pour la fourniture de chauffe-eau Vesuvius. Mais la guerre étouffe la reprise dans l’œuf. Lucien Albisetti ainsi qu’un grand nombre d’ingénieurs sont mobilisés. L’entreprise cherche des débouchés en Argentine, au Brésil, au Chili et en Espagne pour les chauffe-bains et l’éclairage public et s’organisant en France, veut répondre aux commandes de guerre, notamment en fournissant fusées et hélices aux arsenaux de Tarbes et de Caen. La défaite française, qui entraîne l’annulation de toutes les commandes de guerre, compromet ces efforts. De plus la loi du 16 novembre 1940 impose le renouvellement du conseil : Lucien Albisetti, précédemment administrateur délégué, accède au poste de PDG, en remplacement de Maurice Villeminot. Comme Maurice Duval, il devient simple administrateur, tandis que la plupart des autres membres démissionnent.

                    L’exploitation reprend peu à peu. Frappée par l’interdiction de vendre des appareils de production d’eau chaude par le gaz, SDF doit liquider sa participation dans la Céramique Française, reprise par la Société Générale de Fonderie. En janvier 1942, Maurice Villeminot, présent dans l’entreprise depuis 1914, disparaît. En janvier 1943, la société augmente son capital jusqu’à 13,6 millions de francs. Enfin, en juin 1945, Pierre Ricard, ingénieur des Mines, devient administrateur.

 

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     Deuxième  partie

 

  LE TEMPS DES MUTATIONS

 

                   Avec la Libération s’ouvre une période de rapide expansion de l’entreprise, marquée par un renforcement des structures de  groupe et une affirmation de la vocation électrique.

 

                                                                        1945 – 1968 : montée en puissance.

 

  Dans l’immédiat après-guerre, l’activité de SDF reprend dans des conditions très difficiles : pénurie de matières premières, de machines, de moyens financiers. Afin de faire face à ses besoins de financement, l’entreprise liquide ses stocks de chauffe-eau et procède en 1947 et en 1949 à deux augmentations successives de capital (qui atteint alors 123 millions de francs). En 1950, devenue Société Saunier Duval, l’entreprise se dote d’un nouveau directeur général, également nommé administrateur, Paul-Maurice Cholé, présent dans l’entreprise depuis 1926. Pendant toute la première moitié des années 50, l’entreprise poursuit une double politique de croissance, interne et externe. En 1951 elle crée des agences de gaz à Lyon et à Nancy. En 1953 elle crée une troisième à Marseille et absorbe la Société des Ateliers de Construction de la Croix-Blanche. Puis elle déplace son siège social parisien dans le 17eme arrondissement, construit également un immeuble pour son Service d’entreprises électriques et augmente par deux fois son capital qui atteint 276 millions de francs.

                   Dans la seconde moitié de la décennie, la croissance s’accélère, Saunier Duval multiplie les agences gaz (Bordeaux en 1954, Lille en 1955) accroît encore son capital social qui s’élève à 600 millions de francs en 1958 puis à 900 millions en 1958. À cette époque, l’équipe dirigeante se renouvelle de façon sensible : Ernest Tunzini fait son entrée an conseil en 1957, Jean Persuy accède successivement à la direction générale adjointe (1959), au conseil (1960) à la vice-présidence (1961), enfin au poste de PDG (1970). En 1962 Maurice Duval démissionne du conseil alors que Bernard Tunzini, le fils d’Ernest, y entre à son tour. En dépit de la vente de locaux et d’ateliers à Paris et à Montreuil, l’expansion se poursuit (l’agence de Caen est créée en 1961). En mars 1963 le capital est porté à 12,5 millions de nouveaux francs ; à partir de juillet 1963, l’action Saunier Duval est cotée en Bourse. À cette date, Ernest et Bernard Tunzini ont démissionné de leurs fonctions après la création d’un service plomberie directement concurrent de Saunier Duval.

                   La même année, après avoir ouvert une agence à Tours, Saunier Duval engage des pourparlers avec la société Uniwerkzeuge, de Cologne, en vue de commercialiser des appareils à gaz outre-Rhin. Tout en agrandissant les services Études et Laboratoires de Montreuil et son usine de Montigny, l’entreprise se diversifie dans la mécanisation postale et le transport par tubes pneumatiques, activité dans laquelle elle reconvertit en janvier 1964, sous le nom de Saunier Duval Automatismes, sa filiale Coindet-Rigidex, spécialisée initialement dans la fabrication de chaudières à gaz. Après avoir repris l’usine nantaise de la société Hotchkiss Brandt, Saunier Duval y regroupe entre 1964 et 1967 toutes les activités de fabrication de chaudières, de chauffe-eau et de chauffe-bains ainsi que de candélabres. Parallèlement, la société rachète une série d’entreprises électriques. À partir de 1966 l’expansion s’accélère, et l’entreprise exécute réussit sa percée à l’étranger, plus particulièrement en Europe (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Italie, Pays-Bas) et au Japon.

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                   Une série d’apports majeurs.

                   1968 voit une nouvelle augmentation du capital, qui passe de 17,16 à 23,4 millions de francs à la suite de l’apport d’actions de Chaffoteaux & Maury (pour 3,2 millions de francs) et d’actions des Établissements Collet Frères et Cie. L’opération ne s’est pourtant pas réalisée sans heurts, puisque Lucien Albisetti, qui y était opposé, démissionne en février 1969 de ses fonctions de PDG et d’administrateur ; il est remplacé par Jean Persuy. Le rapprochement des deux leaders de la chaudière à gaz en France n’aura toutefois d’autre conséquence que la création d’une filiale commune en Espagne : en 1976 Saunier Duval se retirera du capital de Chaffoteaux & Maury.

 

                   Collet Frères, le triomphe de l’esprit d’équipe initié par deux hommes.

                     Plus heureux est en revanche le rapprochement avec les Établissements Collet Frères. Fondée en 1909 par Félix et Pierre Collet, cette société se consacre tout d’abord aux installations intérieures et industrielles dans la région stéphanoise et lyonnaise. En 1913 elle réalise ses premiers travaux de réseau électrique en aménageant la ligne Moutiers-Lyon (60 kv). Au lendemain de la Première Guerre Mondiale elle travaille à la remise en état de réseaux télégraphiques, téléphoniques et de signalisation, tout en reconstruisant un certain nombres de lignes de transport de force. En 1920 les frères Collet s’associent avec Emmanuel Gignoux au sein de la SNC Collet Frères, qui prendra une part active à l’électrification rurale. Ayant mis au point un support en béton armé, elle entreprend en 1924 la pose du premier câble téléphonique entre Lyon et Saint-Etienne. La même année, elle se transforme en SA sous le nom Établissements Collet Frères. En 1947 la société ouvre une agence en Algérie. Dans les années 50 elle connaît un développement rapide et s’installe à Paris. Par son entrée dans le département Entreprise de Pont-à-Mousson, elle devient une firme d’importance nationale, notamment sous l’impulsion de son directeur général, le polytechnicien Pierre Longin. Appuyée sur cinq usines de fabrication de poteaux béton, elle multiplie les travaux d’électrification rurale en Rhône-Alpes, dans le Massif Central, en Vendée. 

                   En décembre 1968, elle devient filiale de Saunier Duval, qui vient d’échanger des actions avec Pont-à-Mousson. Forts d’une rentabilité exceptionnelle, les Établissements Collet frères comptent alors un effectif de 1 200 collaborateurs et bénéficient d’une bonne implantation en Algérie et dans les DOM-TOM. En 1970 les Établissements Collet Frères prennent le contrôle de la Société Anonyme de Travaux et d’Entreprises Électriques (Satee). Cette entreprise dont l’activité est centrée sur le Sud-Ouest a été créée à Bordeaux par Georges Neys, un entrepreneur qui a fait fortune après la Deuxième Guerre Mondiale en achetant des pelles mécaniques en vue de curer les marais bordelais, avant de se lancer dans les travaux électriques. Par croissance externe les Établissements Collet Frères prendront ensuite le contrôle de plusieurs filiales dont CEPECA, BETCO, SARRASOLA, SETB (Île de la Réunion).

                   En 1971 les Établissements Collet Frères deviennent le Département Collet de Saunier Duval. En 1978 ce Département  compte 14 agences ou centres de travaux ainsi que 5 filiales et possède de fortes positions sur les marchés extérieurs, Émirats du Golfe (Bahreïn, Qatar, Abü Dhabï), Syrie, Arabie Saoudite, Afrique ainsi que dans les DOM-TOM.

                   D’abord très autonome, ce département est à partir du milieu des années 80 complètement intégré à Saunier Duval.

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                   Contrôle et Applications ou l’épopée Tourtchaninoff.

 

                     En 1969 Saunier Duval a reçu un autre renfort de taille avec la société Contrôle et Applications, qu’elle absorbera par fusion un an plus tard. C’est une entreprise récente puisqu’elle a été fondée en février 1952 par Alexandre Tourtchaninoff, ingénieur d’origine russe et son fils Pierre, agent technique ; son objet est « la construction, l’installation, la mise en marche, la surveillance et l’entretien des appareils de contrôle et de régulation dans tous les domaines industriels et commerciaux ».

                   Grâce à des commandes importantes de l’industrie pétrolière, Contrôle et Applications se développe rapidement : en février 1955, le capital est porté à 24 millions de francs. Dotée à partir de 1961 d’un atelier de fabrication de tableaux de contrôle et de tableaux électriques à Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime), elle rationalise son organisation. Elle se dote en particulier d’un service commercial puis ouvre des filiales en Allemagne (1960), en Belgique (1962), en Espagne (1962), aux Pays-Bas (1965), en Grande-Bretagne et en Italie ainsi que des représentations aux États-Unis et au Venezuela. En Allemagne, la filiale Regelmatic, créée en 1960, s’établit à Francfort et connaît un succès certain : en 1964 elle crée une agence à Hambourg tandis que sa maison mère s’implante, en Roumanie.

                   La croissance de l’entreprise (dont le chiffre d’affaires est multiplié par six entre 1958 et 1961) n’est pas sans poser de cruels problèmes de financement. Eu égard au coût élevé des frais financiers, l’entreprise obtient le soutien de la Société Française de Participation, dans les Industries Mécaniques (Sofimeca), qui dépend de la Fédération Patronale des Industries Mécaniques. À la suite d’une augmentation de capital de 0,3 à 4 millions de francs, Saunier Duval dispose désormais d’une participation de 50 % dans l’entreprise. L’expansion peut reprendre, d’autant que Contrôle et Applications se dote d’un service d’installations électriques en 1962. À cette date l’entreprise est présente dans les secteurs du pétrole, de la chimie, de l’énergie atomique, mais aussi de la sidérurgie.

                   Cette réussite se traduit par l’importance des effectifs qui atteignent le chiffre de 2 000 collaborateurs (dont 500 pour la filiale espagnole, active aussi en Colombie, et 300 pour Regelmatic). L’entreprise poursuit sa montée en puissance et, entre 1961 et 1968, son chiffre d’affaire est multiplié par près de quatre. À la fin 1968 Alexandre Tourtchaninoff se retire au profit de son fils Pierre. Ce dernier se rapproche de Saunier Duval qui, de son coté, cherche à prendre position dans le domaine de la régulation et de l’automatisme. En juin 1969, Contrôle et Applications rejoint Saunier Duval et Pierre Tourtchaninoff en devient administrateur et directeur général adjoint. La même année l’entreprise s’implante en Argentine puis au Venezuela. Mais cet empire s’effondre dans les années 1975-1977 du fait des difficultés de la maison mère.

 

                   Recentrage sur l’électricité.

                     Cette fusion-absorption de Contrôle et Applications par Saunier Duval entraîne pour cette dernière une nouvelle augmentation de capital (porté à 28,5 millions de francs à l’issue de l’opération). Présente dans de nombreux domaines –Gaz, éclairage public, manutention, entreprises électriques, automatisme industriel, instrumentation et régulation -, Saunier Duval renforce son département Contrôle et Applications en reprenant la société nantaise Électro-Navale, spécialisée dans la fabrication de tableaux et d’automatismes, de transformateurs et de moteurs spéciaux à courant continu. Au seuil du dépôt de bilan, cette société appréciée des chantiers navals constitue un appoint non négligeable.

 

     #              L’entreprise dans le rouge.

                   Forte de sa réussite, Saunier Duval se dote en juin 1973 d’un nouveau siège à Rueil-Malmaison, mais la conjoncture va se retourner brutalement. En 1974 et en 1975, Saunier Duval enregistre en effet pour la première fois de son histoire des pertes massives de respectivement 34 et 30,7 millions de francs, qui l’obligent à vendre les filiales étrangères de Contrôle et Applications – d’abord celles d’Espagne et des Pays-bas, en 1975, puis quatre en  1976 – et à se dessaisir du Département Manutention. Ces mesures favorisent le retour aux bénéfices et ouvrent la voie à une nouvelle organisation des activités de la société en deux branches : la Division Eau chaude et Chauffage d’une part, la Division Électricité d’autre part. cette dernière regroupe quatre départements ; Entreprise Électrique, Électricité Contrôle régulation (ECR), Contrôle et Applications, Collet-Satée.  

                   En 1979 l’activité Eau Chaude Chauffage est cédée à Saint-Gobain, la maison mère. Saunier Duval devient dès lors une entreprise à dominante électrique. En 1982 Jean Persuy cède ses fonctions de PDG à Serge Michel, responsable des entreprises à Saint-Gobain. Le nouveau PDG prend les commandes dans un moment difficile où la société enregistre des pertes importantes, encore aggravées en 1983. Il décide le regroupement des agences par régions administratives et sollicite une nouvelle mise de fonds des actionnaires (le capital est porté de 43 à 130 millions de francs). À l’issue de cette opération, la participation de Saint-Gobain passe de 46,8 % à 83,4 %.

                   En 1985 Saunier Duval intègre la SGE, branche entreprise du Groupe Saint-Gobain. Elle en devient une filiale et se dote de quatre divisions opérationnelles. Si 1985 est encore une année difficile (40 millions de pertes), 1986 voit le retour aux bénéfices (69,8 millions). En 1988 Saunier Duval redressée et la SGE passent sous le contrôle de la Compagnie Générale des Eaux.

 

                   Naissance de SDEL.

                   En 1990 Saunier Duval devient SDEL (Saunier Duval Électricité). Filiale à 100 % de la SGE, elle adopte la forme de société en commandite simple, avec pour gérant Serge Michel puis en 1993 Dominique Velut. La même année elle acquiert Isotec, société fondée en 1975. Ayant porté son capital à 260 millions de francs en 1992 elle poursuit en France une active stratégie de croissance externe : rachat de Toute la Téléphonie Moderne (TTM) en 1992, puis de SEGD et de Schoro & Cie, deux ans plus tard, sociétés respectivement fondées en 1954, 1977 et 1945. La plus importante opération est cependant en 1994 le rachat au groupe Westinghouse de Controlmatic (1 000 salariés), ancienne Regelmatic, filiale de Contrôle et Applications et bien implantée dans l’ouest, le sud-ouest et l’est de l’Allemagne.

                   En 1996 SDEL installe son siège social à Suresnes. Un an plus tard elle rejoint GTIE dont elle devient la filiale à la suite de la décision de la compagnie Générale des Eaux d’apporter GTIE et Santerne à la SGE. Dans le cadre de la nouvelle organisation de GTIE en grands pôles régionaux, SDEL est recentré sur l’Île-de-France ; toutes ses implantations à l’étranger et ses agences dans l’ouest de la France sont alors intégrées au sein du pôle Garczynski Traploir. Désormais vouée uniquement à l’électricité, SDEL intervient uniquement dans trois domaines : l’industrie (postes, distribution, instrumentation, analyse industrielle, contrôle commande, etc …) ; le tertiaire (courants forts et faibles, sonorisation, télécommunications, gestion technique centralisée, réseaux informatiques, bureautique) ; l’énergie (ligne THT, HT, réseaux MT-BT, postes de transformation, systèmes de contrôle-commande postes, éclairage public, réseaux et canalisations souterraines, télécommunications, contrôle de trafic).

                     Avec 5 000 salariés SDEL apparaît en 1996 comme l’une des premières entreprises françaises de travaux et d’ingénierie du secteur électrique .    

 

 

 

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