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       SEPTEMBRE 2008   78

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UNE JOURNEE A PROVINS

Le mardi 27 mai 2008

 

 

Nous avions l’habitude de constater à chacune de nos sorties, que le ciel devenait, comme par enchantement, tout à fait clément. Ce jour-là fut

l’exception qui confirme la règle et la douche quasi-permanente pendant toute la matinée.

Heureuse surprise pour ceux qui ont utilisé la SNCF : un splendide train tout neuf nous attendait à la Gare de l’Est. On était loin des "petits gris" vieillots habituels ! En fait c’est une nouvelle rame à traction hybride, électrique dans les zones urbaines depuis Paris et diesel par la suite dans les zones rurales. La ligne n’est pas en effet électrifiée sur toute sa longueur.

 

À la gare d’arrivée, lieu du rendez-vous, Viviane a commencé à compter ses oyes : trois manquent. Les Rogueda avaient mal noté le jour de la visite et Gérard Louët, ayant tenté de venir en voiture, avait sous-estimé le temps du voyage. Comble de difficultés, le téléphone portable ne fonctionne pas à Provins et pourtant nous sommes encore en Ile de France dans une région très active sur le plan agricole ! De sorte qu’arrivé en retard, Gérard a été incapable de rejoindre le groupe !

 

Une charmante hôtesse nous attendait à la sortie du

train. Elle a su nous faire oublier les quelques petits désagréments évoqués ci-dessus et nous faire découvrir les splendeurs de cette ville classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en décembre 2001 pour son ensemble urbain homogène issu dans sa quasi-totalité des XIIème et XIIIème siècles. Provins est l’une des cités médiévales les mieux conservées de France. Chaque coin de rue évoque le souvenir du temps de la splendeur de l’ancienne capitale des Comtes de Champagne. Aux XIIème et aux XIIIème siècles ces grands seigneurs féodaux faisaient ombrage aux rois de France et les défiaient du haut de leurs remparts.

 

 

 

 

Ils ont été les premiers à instituer sur leurs terres un sauf-conduit – escorte de soldats – pour les marchands. Grâce à cette garantie les foires de Provins devinrent les plus importantes d’Europe. Drapiers des Flandres, financiers Lombards, marchands des épices d’Orient, poètes et intellectuels s’y rencontraient.    

Les souvenirs des Amours d’Héloïse et d’Abélard, de la passion de Blanche de Castille et de Thibaud "Le Chansonnier", le comte de Champagne qui rapporta des croisades la rose de Damas, hantent encore les rue de Provins.

Devenue l’une des premières places financières d’Europe, la cité vit sa prospérité disparaître en quelques décennies au début de XIVème siècle. La modification des routes commerciales, la disparition progressive des foires, les guerres, les épidémies et le rattachement des terres de Brie et de Champagne au Royaume de France, provoquèrent le déclin de la ville. Provins redevient pour longtemps une bourgade isolée dans un terroir rural, ignoré par les grands courants de l’histoire.

Cette disgrâce a un coté positif. Elle a permis que Provins soit encore aujourd’hui une ville du Moyen Age merveilleusement préservée.

Après une rapide introduction notre conférencière nous propose de visiter les souterrains. Excellente idée ! Au moins pendant ce temps, nous serons à l’abri du déluge !

 

LES SOUTERRAINS :

Que peut-on en dire ? En fait pas grand’ chose, mais ils existent ! Très peu de documents permettent de comprendre les raisons de leur présence et l’utilisation exacte des souterrains. Grâce aux recoupements historiques et à diverses constatations, certaines hypothèses ont pu voir le jour. Tout d’abord, il est probable qu’ils furent d’abord exploités comme carrière, pour extraire cette terre d’une qualité particulière que nécessitait

l’opération de foulage des draps (dégraissage). Et comme l’on sait que l’industrie du drap était extrêmement productive à Provins au Moyen Age, on peut déduire que les besoins des foulons étaient en proportion.

Une fois ces cavités réalisées, les hommes ont pu les exploiter de diverses façons : refuges, entrepôts durant les foires de champagne ou encore lieux de réunions culturelles et assurément par des francs-maçons que de nombreux graffiti attestent.  

 

Et puis il fallait bien sortir de ces lieux bien abrités des intempéries et, ô miracle, il ne pleuvait plus, même si le degré hydrométrique de l’air restait particulièrement élevé !

Notre conférencière a profité de cette relative accalmie pour nous promener dans la vieille ville et aboutir à la célèbre Tour César.

 

LA TOUR CESAR :

Pourquoi ce nom ? Encore un secret bien gardé des Provinois ! La Tour César est le monument symbole de Provins. C’est entre 1152 et 1181, sous le règne d’Henri le Libéral, que la tour est construite, dans ses dispositions actuelles, au centre d’une première tour. L’ensemble marquait l’autorité des Comtes sur la ville et la région, mais semble n’avoir eu qu’un rôle militaire assez faible : le bâtiment est en effet très mal conçu pour le défense. Au XIIIème siècle, la tour, qui jour le rôle de prison, prend l’appellation de "Tour aux prisonniers".  

Entre 1417 et 1433, pendant la Guerre de Cent Ans, la ville est occupée par les Anglais

En 1554, le Maire, François de Beaufort, fait construire la toiture principale, dans sa forme pyramidale actuelle.

En 1689, suite à l’effondrement du clocher de l’église Saint-Quiriace, les chanoines obtiennent de louis XIV l’autorisation d’installer les cloches dans la partie haute de la tour.

 

Tout cela creuse l’appétit. Pas question d’aller déjeuner, "Au soleil de Marrakech", "Au génie de Chine" ou "Au Vénézia", il nous fallait quelque chose de plus authentique et nous avions choisi "Les Vieux Remparts". Nous n’avons pas été déçus : le repas fut à la fois rapide et de très bonne qualité.

     

 

LA LEGENDE DES CHEVALIERS :

Après avoir ingurgité rapidement le café, nous descendons la rue Saint-Jean à pas rapides, traversons la porte des remparts et prenons place dans les gradins. Nous allons assister à un spectacle de chevalerie fantastique dans lequel le Comte de Champagne, Thibaut IV, affronte les forces du mal pour délivrer sa belle. Une fois de plus l’histoire finit bien à la grande joie des enfants venus nombreux. Rappelons que Thibaut IV est le plus célèbre des Comtes de Champagne. Dit "Le Chansonnier", poète, chevalier émérite, il participe à plusieurs croisades pour la couronne de France. Il instaure le sauf-conduit. Il ramène de ses croisades la rose de Damas. Celle-ci est devenue l’un des symboles forts de la ville. 

 

Le répit fut de courte durée et dès le triomphe de Thibaut IV, notre conférencière nous reprend en main et nous conduit à la Grange aux Dîmes.


La grange aux Dîmes LA GRANGE AUX DÎMES :

 

Au temps des foires de Champagne au XIIIème siècle, le développement rural fait place à l’essor urbain et l’on voit se développer, à coté du "castrum" féodal, le quartier des marchands. A cette époque, les foires de Champagne ont la primauté dans tout l’Occident. La Champagne était en effet un carrefour commercial important où convergeaient les marchands venant du Nord, du Sud et d’Orient. Son succès est dû à sa situation géographique, mais aussi à sa sage administration des comtes qui instaurent "le conduit des foires". Ces foires se déplacent tous les deux mois d’une ville à l’autre. La Foire de Provins se déroulait au printemps et à l’automne, entre les Foires de Troyes et de Châlons-en-Champagne.

La dénomination "Grange aux Dîmes" n’apparaît qu’au XVIème siècle. Pendant les foires de Champagne, l’édifice était utilisé comme marché couvert. On sait, par exemple, que des Toulousains en furent locataires en 1223. La salle basse servait d’entrepôt de marchandises, le rez-de-chaussée de boutique et le premier étage d’habitation. La salle dans laquelle on pénètre, possède une magnifique voûte sur croisées

d’ogives retombant sur des tailloirs sculptés d’ornements floraux. On observe au départ des ogives des rainures qui supportaient des traverses agrémentées d’étoffe, ce qui permettaient le cloisonnement de l’espace.

Afin de mieux comprendre l’époque florissante des Foires de Champagne nous découvrons plusieurs scènes expliquant les différents marchands et métiers d’antan :

 

Le marchand italien :

Venu de Venise, Gênes ou Florence, il vend des produits de luxe des pays méditerranéens et d’Orient : soieries, épices … Une fois ces marchandises vendues, il achète des produits d’Europe du Nord qu’il ramène au pays. Les Italiens jouent un rôle moteur dans la croissance économique et commerciale de l’Occident.

 

Le marchand de drap de Provins :  

La grange aux Dîmes (Détail)   

Les deux rivières qui traversent Provins, le Durteint et la Voulzie, fournissent l’eau nécessaire à la fabrication des étoffes. La laine provient des nombreux moutons élevés autour de Provins. Dès  1230, le drap ners de Provins (d’un bleu presque noir) est très réputé. Sa couleur est obtenue par le mélange de la noix de galle, le sel de fer et le sel de cuivre. Vérifiée et reconnue recevable par le "corporation des maîtres tisserands et drapiers", la pièce d’étoffe est marquée par un sceau de métal.

 

 

 

 

Le changeur :

La grange aux Dîmes Le changeur tient ordinairement sa table où son banc (d’où le terme banquier) en plein air dans une boutique ouverte sur la rue. Les tables de changeurs se donnent en fief, se louent ou se vendent. Le comte de Champagne se réserve une redevance importante sur l’activité.


 

Le marchand flamand :

La grange aux Dîmes  

Le marchand flamand apporte avec lui, laines, fourrures et peaux d’Europe du Nord. Une draperie de qualité apparaît de bonne heure dans les Flandres, pays où les moutons se trouvent en grande qualité.

 

 

 

 

 

 

L’écrivain public :

La grange aux Dîmes  

L’écrivain public est un personnage incontournable durant les foires. Il note sur une plaquette de cire tous les actes et conventions passés entre marchands et changeurs. Il rédige les jugements et règlements des foires, mais aussi les lettres de change, inventées à cette époque, par nécessité, grâce au développement du commerce.

La SALLE BASSE regroupe les métiers d’autrefois.

 

 

 

 

Les métiers de la laine à Provins :

La grange aux Dîmes (Détail) Avant que le tisserand ne place la laine sur son métier, la laine doit subir une longue préparation :

d’abord triée pour faire disparaître la plupart des déchets, la laine est battue pour la rendre plus souple, elle est ensuite démêlée pour éliminer la bourre et former un fil régulier : c’est le cardage. Enfin la laine est filée. Le tissage peut alors avoir lieu. Cependant, le drap présente encore des irrégularités, il faut donc procéder au foulage : les fouleurs piétinent le drap dans l’eau avec la "terre à foulon". Pour terminer, le teinturier donne sa couleur au drap. Il existe en tout une trentaine d’opérations qui s’étalent sur un mois.

 

 

 

 

Le potier :

 

 

L’industrie de l’argile se développe avec l’essor des foires. Certains potiers provinois, par la perfection de leur art, eurent un rayonnement important. Parallèlement aux potiers, les tuiliers participèrent au développement de cette industrie. Ils produisirent tuiles, chatières, faitières, ainsi que de somptueux carreaux de pavement. Le Musée de Provins possède une importante collection d’objets en argile.

 


 

Le carrier :

La grange aux Dîmes  

Le carrier est l’ouvrier qui extrait la pierre, le sable et l’argile. Ici, il s’agit d’un carrier qui travaille pour les foulonniers ou les tanneurs. Le matériau extrait servira à dégraisser la laine et à affiner la peau. Le technique du carrier s’apparente à celle du mineur, il travaille dans l’humidité et souffre souvent de silicose. La profession est hiérarchisée, il existe les entrepreneurs, les maîtres carriers et les manœuvres. Le carrier est payé à la tâche chaque jour.

 

 

 

 

Le tailleur de pierre :

Les tailleurs de pierre constituent la plus grande partie de la main-d’œuvre itinérante. Un long apprentissage leur donne un savoir-faire recherché. La qualité et la quantité du travail effectué sont surveillées grâce à une marque que chaque tailleur doit apposer sur chacune de ses pierres. Les outils utilisés remontent à l’Antiquité et restent inchangés encore aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

Le parcheminier :

Parmi les métiers de la rivière, les artisans qui traitent les peaux occupent une place prépondérante. Les tanneurs ont des spécialités diverses comme les vêtements, les équipements équestres, les supports d’écriture … Il s’agit souvent de peau de mouton, animal élevé en abondance dont l’homme sait utiliser toutes les ressources depuis le laine jusqu’aux viscères.

Pour le parchemin, on choisit des peaux jeunes sans traces. La première étape doit rendre la peau dans un bain d’argile et de chaux vive. Enfin, arrive le séchage dont dépend la souplesse de la peau. Afin d’éviter à l’encre de s’étaler dans les pores de la peau, on les bouchonne avec de la farine de craie. Le parchemin reste le matériau noble d’écriture jusqu’à la Révolution. Quant au papier, connu des chinois dès le VIIème siècle, il apparaît en Europe occidentale au XIIIème. Ce n’est qu’au XVème siècle qu’il connaît une diffusion massive : c’est la naissance de l’imprimerie.

 

Mais tout a une fin et il nous fallait quitter l’univers de Thibaut IV et sa belle pour reprendre plus prosaïquement, qui sa voiture, qui une belle rame de train. Nous nous sommes quittés heureux d’avoir fait celle incursion dans le monde moyenâgeux et nous sommes promis de bientôt nous revoir.

 

      

18 personnes étaient présentes :

Mmes Ronzière, Naudin,  Faucheux, Devant avec 1 amie

Mmes et MM. Lainé, Perrot; Azéma, Noé, Rulence et Mareix

MM. Debeuré, Suquet, Le Liboux

 

 

 

 

 

       

             Roger RULENCE