COMPTE-RENDU DE NOTRE SORTIE
du Mardi 23 Septembre 2008
Visite du Jardin d’Agronomie Tropicale
puis du Donjon de Vincennes
21 personnes ont pris part à cette journée :
- Mmes Devant, Dohy, Etinzon, Foutelet, Thomas
- MM. et Mmes Geoffrin, Krebs, Noé, Perrot , Seillier
- MM. Debeuré, Déclaron, Le Liboux, Mercier, Riflart, Rulence.
Le matin :
Visite du Jardin d’Agronomie Tropicale par Jean-Louis Perrot
Surprenant, insolite, chargé de contrastes, on découvre sur 6 ha dans le 12ième arrondissement de Paris, les vestiges de ce que fut un jardin tropical témoignant du passé colonial et scientifique de la France.
Fondé en 1899, il a accueilli l’exposition coloniale de 1905 puis celle de 1907. Il est situé à l’extrémité Nord-Est du bois de Vincennes et en limite de Nogent -sur- Marne (Val-de-Marne) ; naguère propriété de l’Etat, il appartient maintenant pour l’essentiel au CRIAD (Centre de coopération Internationale en recherche Agronomique pour le Développement).
Porte chinoise à l’entrée du jardin
Fortement endommagé par la tempête de décembre 1999, il est entretenu comme un massif forestier. La Ville de Paris qui est maintenant en possession d’une partie du parc songe à sa réhabilitation et il est ouvert au public depuis 2006 après d’importants travaux de sécurisation.
L’exposition coloniale a
modelé le site avec la réalisation de cinq villages qui ont
accueilli 2 millions de visiteurs en six mois-village
indochinois, malgache, congolais, ferme soudanaise et
campement touareg.
Dès 1999 l’école d’agronomie tropicale s’y est installée et elle a fonctionné jusqu’en 1940. Sa bibliothèque fut l’une des plus importante de France.
← Pavillon indochinois "
A la fin du 19ième siècle, on cherchait à accroître les productions agricoles des colonies et c’est ainsi que dans le bois de Vincennes furent menées et coordonnées des expériences agronomiques dans le but de mettre au point de nouvelles techniques de cultures et de productions du thé, du cacao, de la vanille, de la banane et des épices.
( celle-ci est celle du Dahomey)
La quasi-totalité des plantes tropicales ont disparu et maintenant la végétation a repris ses droits. Des vestiges de serres de l’époque en très mauvais état témoignent combien ces dernières étaient à la pointe du progrès pour les années 1900. Elles abritaient des plants en provenance des colonies et servaient à la culture et à la multiplication de ces plants (café, cacaoyer, vanille, bananier, muscadier) avant leur réexpédition vers d’autres exploitations agricoles des colonies.
En parcourant le parc, on peut
y voir la porte
chinoise qui symbolise le Vietnam (voir photo plus haut),
le pont Khmer,
le pont Tonkinois,
le temple
Indochinois, le
portique Indochinois avec son motif central en mosaïque
bleu et noir qui est
une allégorie
représentant la dualité du monde et la réconciliation des
contraires le Yin et le Yang.
Le Le pont khmer
Le stupa cambodgien
Le fronton du pavillon chinois
Le site fut aussi celui d’un hôpital militaire durant la première guerre mondiale. La présence de monuments aux morts évoque les très nombreux soldats disparus originaires des anciennes colonies ; sur place fut construite la première mosquée de Paris. Tout au long du parcours dans le parc les visiteurs découvrent un monument à la mémoire de soldats coloniaux très typique du style art déco des années 20, un autre à la mémoire des soldats d’Afrique Noire, un monument en souvenir des soldats Malgaches morts pour la France, une plaque commémorative de l’hôpital- mosquée ou un édifice élevé en l’honneur des combattants Cambodgiens et Laotiens.
Des personnages importants comme Jean-Thadée DYBOWSKY( 1856-1928) ou
René DUMONT( 1904-2001) qui étaient des passionnés d’histoire et de botanique, ont cherché ici à mieux comprendre l’acclimatation des plantes tropicales sous nos climats . Certaines de ces plantes n’étaient pas originaires d’Afrique- la papaye ou l’ananas originaires du Brésil, le topinambour dit l’artichaut du Canada, la vanille du Mexique- ont fait l’objet de recherches approfondies pour être classées par famille avant d’être introduites en France ou en outre-mer.
Ainsi la visite a permis d’apprécier le charme des lieux et de revivre l’histoire peu connue d’un passé pas si éloigné qui témoigne de l’époque prospère des territoires coloniaux, des premiers travaux de recherche agronomiques et botaniques et d’une parcelle de l’histoire de la France à deux pas du cœur de Paris.
Déjeuner à Vincennes, face au Château à « La Table des Troys »
Excellent repas et moment de détente comme toujours.
Myriam Doncoeur, notre guide, nous rejoint pour le dessert … et nous donner les explications pour la suite du programme.
L’après-midi :
Visite du Donjon de
Vincennes
par Eliane Etinzon
Résidence royale et prison, le donjon de Vincennes avec ses 50 m de hauteur (66 si on compte le sous-sol) est le plus haut édifice médiéval fortifié d’Europe. Le château de Vincennes, place forte, a toujours été le refuge des souverains lors des périodes de troubles. Dès qu’il y a des problèmes on accourt à Vincennes. La dernière fois eut lieu (presque) en … 1968 ; cela fut envisagé mais non réalisé.
Afin que vous vous rendiez compte des espaces voici, ci-dessous, le plan du Château.
Sur celui-ci la « Tour du Village » se trouve à gauche, le donjon en bas, face à la chapelle.
L’histoire du château de Vincennes remonte peut-être aux Capétiens qui auraient eu à Vincennes un manoir de chasse mais c’est du XIIe siècle sous le règne de Louis VII que datent les premiers documents parvenus jusqu’à nous.
C’est Saint-Louis (1214 – 1270) qui le premier fait de Vincennes une vraie résidence royale. Il y fait ériger une sainte chapelle (après la Sainte Chapelle de Paris). Par deux fois, c’est de Vincennes qu’il partira à la croisade. Et puis, rappelez-vous les clichés enseignés de notre temps à l’école : Saint-Louis rendant la justice à Vincennes sous un chêne.
En 1361 sous Jean II le Bon, peu après le début de la guerre de cent ans (1337 à 1453) commence la construction du donjon de Vincennes. Après sa mort (1364) son fils Charles V poursuivra les travaux et ordonnera le remplacement de la sainte chapelle édifiée par Saint Louis par une nouvelle. On dit aujourd’hui le donjon de Charles V.
Autre tournant dans l’histoire du Château : le XVIIe siècle. D’abord avec Marie de Médicis qui, soucieuse de se mettre à l’abri avec le jeune Louis XIII, fait de larges remaniements, puis sous Louis XIV. Le jeune roi (avant Versailles) aime séjourner à Vincennes et en fait une résidence royale digne d’accueillir la Cour. Mais à partir de l’installation du Roi à Versailles, Vincennes restera à l’abandon.
Au XVIIIe siècle le château sert de prison ; il est mal entretenu et on envisage sa démolition. Il est sauvé par les essais d’industrialisation et en 1740 s’y installe une manufacture de porcelaine. C’est celle-là même qui sera déplacée à Sèvres une quinzaine d’années plus tard. La manufacture de porcelaine est alors remplacée par une assez i manufacture d'armes.
Les utilisations du château se succèdent diverses et variées, passant même par une boulangerie industrielle.
Sous la Révolution le château est utilisé comme arsenal. Quelques années plus tard, la place n’étant plus qu’une simple caserne, Napoléon afin de pouvoir y installer 600 cavaliers et 1200 fantassins, fait raser 7 des 8 tours restantes (il y en avait 9 à l’origine) pour les réaménager en plates-formes d'artillerie.
Au Second Empire le château est utilisé par l’armée et demeure une garnison.
Sans entrer dans trop de détails, signalons encore que de 1940 à 1944, les troupes allemandes occupent le château et opèrent des destructions considérables ; en particulier au moment de leur départ en raison d’une terrible explosion qui ébranla les remparts et fit flamber les pavillons du roi et de la reine, causant d’importants dégâts. En revanche, le donjon et la chapelle en sortent presque intacts.
Après la guerre s’y installent les archives des armées et c’est en 1988 que commence les travaux de restauration. Le Donjon a été rouvert au public en Mai 2007.
Les prisonniers : A toutes les époques le donjon reçut des prisonniers, souvent politiques et d’un certain rang, dont certains célèbres. Ils y jouissaient d’un assez grand confort et d’une relative liberté surveillée ; par exemple : droit de chasse ou de visites. Ainsi, la femme du Marquis de Sade qui venait le voir fréquemment eut 3 enfants pendant la période d’emprisonnement de son époux.
Mais, revenons à notre visite.
Nous passons le Châtelet pour pénétrer dans l’espace du Donjon de Charles V. Le plan en est très simple : une grosse tour carrée avec des tours rondes aux angles. Le tout entouré d’un rempart .
Nous montons au premier niveau
du Châtelet d’où nous avons une vue sur l’ensemble des espaces
du château et sur la très belle Sainte Chapelle
(malheureusement fermée pour restauration) copie de la partie
haute de la Sainte Chapelle de l’île de la
Cité. Vue
également sur les fossés où fut assassiné le duc d’Enghien (21
mars 1804).
Nous traversons ensuite la passerelle et pénétrons directement au premier étage du donjon, dans une la salle qui devait servir de salle de réunion ou de salle d’attente, où nous assistons tout d’abord à une projection historique. Le plafond est très particulier : entre les voûtes en pierre sont toujours en place les lambris de bois de chêne du XIVe siècle. Dans les coins décor sculpté : prophètes et évangélistes.
en voûtes de pierres et lambris de bois. Belle cheminée au fond
Nous passons dans une cellule octogonale peinte par le confesseur de Napoléon Monseigneur de Boulogne, qui y fut emprisonné. Exemple du confort dont jouissaient les prisonniers : cette cellule comporte des latrines. Mirabeau l’occupa également. Dans la chapelle, traces de peintures et graffitis des prisonniers.
La dernière salle (l’ancienne cuisine ? ce n’est pas certain) est consacrée aux prisonniers célèbres. Outre Sade qui y fit deux séjours dont un de 7 ans, y furent emprisonnés Nicolas Fouquet (oui, celui de Vaux-le-Vicomte), Diderot (à cause de sa lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient), Blanqui et Raspail.