Compte-rendu de notre sortie parisienne du
Les halles,
ventre de Paris
L’exposition
Kandinsky
Par Eliane
Etinzon
Programme du
matin : LES HALLES – LE VENTRE DE PARIS
Tout le monde est à l’heure –
comme toujours - au rendez-vous et malgré la pluie nous commençons
courageusement notre parcours.
Les Halles trouvent leur origine au XIIe
siècle lorsque Louis VI Le Gros organise sur le site actuel un marché
« par catégories » qui sera agrandi par Philippe Auguste (1165 1223). Mais
dès le XIIIe siècle ce marché se révèle insuffisant pour nourrir les 300.000
habitants que compte
Sous Napoléon III, Baltard crée les célèbres Halles de fer et de verre
selon la nouvelle mode architecturale. A l’origine 14 étaient prévues mais 10
seulement furent réalisées. Elles resteront 100 ans dans le quartier.
Pavilon Baltard transféré des Halles à Nogent-sur Marne "
C’est en 1960 que le 1er Ministre
Michel Debré, jugeant le « Ventre de paris », selon l’expression de
Zola, inapte aux besoins modernes envisage de les transférer dans un endroit
plus adapté et entreprend la construction des halles de Rungis. Le déménagement
eut lieu en Février 1969 faisant passer la superficie des Halles de
La suppression des pavillons
Baltard fit scandale ainsi que la reconstruction des Halles telles que nous les
connaissons aujourd’hui mais un nouveau projet est à l’étude. A signaler tout
de même que l’expérience eut pour avantage d’aider à sauver
Nous nous promenons dans le
quartier et évoquons les anciens restaurants de renom. C’est après la bataille
de Sedan donc à partir de 1870 que les Alsaciens viennent à Paris et ouvrent
les premières brasseries. On y pratique
la tradition dite « de l’Arlequin » qui consiste à donner les restes
aux pauvres ou les vendre à prix très bas. C’est pour cette raison que les gens
modestes fréquentaient ces établissements plutôt destinés à la bourgeoisie.
Le célèbre « Pied de
Cochon » ne date que de 1947 et reçoit à l’origine des populations très
diverses allant des clochards à la haute bourgeoisie en passant par les forts
des halles. Mais le prix de la soupe à l’oignon n’est pas le même pour tout le
monde et le 1er étage est beaucoup plus cher que le rez-de-chaussée.
Les Forts des Halles sont une corporation dont l’existence remonte à
Saint-Louis. N’était pas « Fort » qui voulait ! Voici
quelques-unes des conditions requises :
·
Etre français et être libéré des obligations militaires
Les
Forts assuraient la circulation des marchandises entre
l’extérieur et les différents marchés et travaillaient pour les différentes
Halles : volailles et gibiers, beurres et œufs, viandes, fruits et légumes
etc… La profession était très
hiérarchisée, les chefs se reconnaissaient à leur médaille en argent, tandis
que les simples forts portaient une simple médaille en cuivre. Ses membres
étaient facilement identifiables grâce à leur vastes chapeaux munis d'un disque
de plomb qui permettaient de supporter de lourdes charges sur la tête.

Nous nous promenons, sous une pluie battante, dans la très pittoresque rue
Montorgueil et admirons quelques bâtiments, restaurants, boutiques. Prenons par
exemple la pâtisserie Stohrer du nom du pâtissier de Marie Lesczynska, qui
en 1725 l’accompagna à
Le magasin est classé monument historique pour sa façade et ses décors intérieurs. Des peintures murales datant de 1860 illustrent la renommée de la maison. Elles représentent des femmes portant les spécialités du pâtissier Stohrer, Inventeur des Babas et des Savarins.
Les spécialités de la pâtisserie
Stohrer
et l’une des peintures murales datant de 1860

Toujours
sous la pluie, nous passons diverses rues bordées de vieilles maison aux murs
inclinés vers l’intérieur, rues aux noms souvent cocasses comme les rues « de
la grande truanderie » et « de
la petite truanderie » ou la
rue Marie Stuart ex « rue
tire-boudins » qui était une rue de prostituées.

Nous passons aussi divers établissements comme ce restaurant de l’escargot, fondé en
1832, qui a attiré de fameux clients tels que Marcel Proust, Sarah Bernhardt,
Jean Cocteau...
Restaurant
modeste à l’origine car l’escargot était l’huître des pauvres, il a été par la
suite racheté par …
# Restaurant
l’Escargot, rue Montorgueil, vue générale et détail #
Puis nous nous dirigeons vers
l’Eglise Saint-Eustache où nous sommes bien contents de pouvoir passer un
moment au sec.
Saint Eustache, une église aux proportions grandioses, dignes
d'une cathédrale $
A son l’origine,
une anecdote :
En 1213,
un bourgeois de Paris prêta au roi Philippe Auguste une importante somme
d'argent. Pour le rembourser, le roi l'autorisa à prélever un denier sur chaque
panier de poisson que l'on vendait aux Halles, dont les deux premiers bâtiments
venaient d’être bâtis. La recette devint telle que le bourgeois, fonda une
chapelle dédiée à Sainte-Agnès en remerciement de sa bonne fortune, à
l'emplacement du chœur de l'actuel bâtiment.
Ce n’est
qu’au début du XIVe siècle qu’elle fut dédiée à Saint-Eustache.
L’ancienne
église devenue trop petite, la construction de l’église telle que nous la
voyons aujourd’hui fut réalisée de 1532 à 1640. Elle est unique en son genre du fait que son
plan est celui d'une cathédrale gothique, tandis que sa décoration est
Renaissance.
Les
agrandissements, restaurations et embellissements successifs se poursuivirent
jusqu’en … 1971.
A noter que, au milieu du XIXe siècle des travaux
entrepris suite à un incendie permirent de redécouvrir les peintures murales du
17e siècle, qui avaient été cachées par un badigeon blanc au 18e siècle. Avec
ses
L’intérieur, suivant le plan de
Notre-Dame-de-Paris, se compose d'une nef de 5 travées, flanquée de bas-côtés
doubles, d'un large transept sans saillie, d'un chœur entouré d'un double
déambulatoire et de 24 chapelles. On note les remarquables vitraux et tableaux
aux signatures célèbres (Rubens, Simon Vouet).
Voûte et orgue de l’Eglise Saint-Eustache
"
Sa haute voûte est réputée pour
ses qualités acoustiques et, l’église Saint-Eustache possède un orgue d’une richesse sonore
exceptionnelle, réputé être le meilleur de Paris.
A signaler en vrac :
·
Quelques
pièces remarquables : le mausolée de Colbert et la colonne astrologique et
astronomique de Catherine de Médicis
·
Quelques
noms : Richelieu, Molière, Mme de Pompadour y furent baptisés ;
Mirabeau et
·
Quelques
curiosités que nous fait remarquer notre guide :
Parmi les vitraux : le vitrail des
charcutiers avec son emblème de la corporation le cochon.
Parmi les chapelles : celle
des fruits et légumes qui représente une scène de marché
N’oublions pas que nous sommes aux
Halles !!!


Vitrail de la corporation des Chapelle des fruits et légumes charcutiers
avec au centre, le cochon représentant une scène de marché
Nous passons rapidement par la rue
de
Rue de
Plaque portant les emblèmes du roi de France et du roi de Navarre
En commémoration de l’assassinat d’Henri IV
Et nous terminons notre tour par la place
Joachim Du Bellay et sa célèbre
Fontaine des
innocents
Monument
Renaissance dû principalement au sculpteur
Jean Goujon et à l’architecte Pierre Lescot, la fontaine
des Innocents a été réalisée au milieu du XVIe siècle afin de célébrer l'entrée
solennelle d'Henri II à
Paris, et en remplacement d'une fontaine érigée à l'époque de Philippe
Auguste..
Elle fut d'abord implantée au croisement de la rue Saint-Denis
et de la rue aux Fers (partie de l'actuelle rue Berger). Puis en 1858 elle fut déplacée vers
C’est lors du déplacement qu’on
ajouta le piédestal à six vasques sur chaque face.
Sa forme est celle d'un petit temple quadrangulaire, sur un très haut soubassement, et percé de 4 arcades dont les axes se croisent.
Sur chacune des faces, des pilastres d'ordre
corinthien encadrent une arcade. Entre
les pilastres s'insèrent les élégantes naïades au corps voilé, célèbres bas-relief de Jean Goujon.


Exemple de sculpture de Jean Goujon :
une naïade entre les pilastres
Fin de la visite du matin, et, le
temps refusant obstinément de s’améliorer, c’est trempés mais soulagés que nous
rejoignons notre restaurant.
Programme de l’après-midi :
EXPOSITION KANDINSKY AU CENTRE GEORGES POMPIDOU
Après un excellent déjeuner, et la
pluie ayant cessé, nous voilà en route pour le Centre Pompidou et la découverte
du premier peintre abstrait de l’histoire de la peinture.
Pour certains d’entre nous, peu
familiarisés avec l’art moderne, ce fut un moment un peu rude mais tout le
monde mit beaucoup de bonne volonté pour essayer de comprendre ce que Stéphanie
Roux, notre guide, nous expliquait, très clairement par chance.
L’exposition couvrant l’ensemble
de l’œuvre du peintre montre bien son évolution du figuratif à l’abstrait. Elle
comprend une centaine de toiles et dessins qui témoignent du besoin de
recherche permanente de l’artiste.

Notre groupe sous le portrait de Georges Pompidou
dont le Musée National d’Art Moderne porte le nom
Mais commençons par le
commencement.
Vassily Kandinsky naît à Moscou en 1866 dans une famille d’aristocrates et meurt à
Paris fin 1944. Il voyage en Europe avec ses parents, étudie l’Allemand et la
musique puis le Droit. Effectue des séjours à Paris. Ce n’est qu’à l’âge de 30
ans qu’il commence à peindre après avoir vu une exposition de Monet, et en
particulier la série des « Meules ». Il renonce à une chaire de Droit
à l’université et se fixe à Munich, grand centre artistique à l’époque. C’est
là qu’il se formera à la peinture. Les modèles qu’on lui impose en cours
l’ennuient et il se tourne vers des sujets d’extérieur. Ses tableaux sont
marqués des traditions russes qu’il appelle son « capital mythique ».
Peu à peu il prend conscience
qu’il n’est pas nécessaire de copier la réalité et qu’il
préfère la réinterprêter.
Très vite il évolue vers
l’abstrait, dont il est le créateur. Dans le plus connu de ses livres « Du Spirituel dans l’art, et dans la
peinture en particulier » il parle de sa « nécessité intérieure »
et raconte l’anecdote selon laquelle la vue d’une toile posée par erreur à
l’envers sur un chevalet lui fait comprendre qu’un assortiment de
couleurs forme un tableau qui exprime des sentiments même si celui-ci est
dépourvu de sujet. Donc formes et
couleurs se suffisent à elles-mêmes.
Je cite : « la forme est un être spirituel doué de
propriétés qui s’y identifient ».
Je cite encore : « La couleur est un moyen d’exercer une
influence directe sur l’âme ».
Allez, encore une : « Un artiste qui ne voit pas un but dans
l’imitation, même artistique, des phénomènes naturels veut et doit exprimer son
monde intérieur (…) par un art immatériel ». Et il prend exemple sur
la musique qui ne cherche pas (à de rares exceptions près) à copier le réel. Toute sa vie, Kandinsky exprimera ses
émotions par des Lignes et des Couleurs.
Essayons de tracer son évolution
avec quelques exemples :

1908 –
1909
- La montagne bleue
Le thème du cavalier est très
présent chez Kandinsky. Il représente pour lui l’idée de liberté.
Les tableaux sont figuratifs mais la couleur n’a pas
fonction d’imitation. (Rappelez-vous Vlaminck).

Paysage
avec bateaux
1911 –
Impression V (Parc)
Dans cette toile,
nouvelle étape vers l’abstraction, on peut distinguer en prêtant attention, deux
cavaliers. Le sous-titre est « Parc » que l’on peut éventuellement
voir figuré par le triangle rouge au centre, installé entre les deux aplats de
bleu et de vert de la partie inférieure et les deux personnages assis sur un
banc.
Mais ce qui
prédomine c’est un ensemble de taches colorées et de lignes
noires qui rythment l’image plutôt qu’elles ne décrivent des formes, tandis
que les lignes noires indiquent comme un itinéraire pour le regard.
1912 – 1913 Improvisation 31
Plus de sous-titre, plus du tout
de figuration. Mais les commentaires ci-dessus s’appliquent de la même façon.

Vers 1925
Les formes se font plus géométriques

Puis, nouvelle recherche, le cercle prédomine
Laissons parler le peintre :
« Si je me sers par exemple ces dernières
années et avec une préférence si marquée du cercle, la raison n’est pas la
forme « géométrique » du cercle, mais mon intense perception de la
force intérieure du cercle dans ses innombrables variations ; j’aime
aujourd’hui le cercle comme j’aimais par exemple autrefois le cavalier –
peut-être davantage, dans la mesure où je trouve dans le cercle davantage de
possibilités intérieures, raison pour laquelle il a pris la place du cheval.
Comme je l’ai dit, tout cela n’a pas la moindre importance pendant mon travail,
je ne choisis pas la forme consciemment, elle se choisit
elle-même. »
1940 – Bleu de ciel
Dans les dernières années de sa
vie, Kandinsky a toujours chercheé à se renouveler, comme dans ce presque
monochrome bleu qui n’est pas sans faire penser à Miro, un bleu qui évoque pour
lui la liberté du rêve.
Kandinsky s’installe en France
après la prise de pouvoir d’Hitler. Il prend la nationalité française, s’installe
à Neuilly où il restera jusqu’à sa mort en 1944.
Père de l’art non figuratif,
Vassily Kandinsky croit fermement, en l'avènement d'un monde totalement
spiritualiste, en opposition au rationalisme ou au cartésianisme. Il pense
que " la peinture abstraite est de tous les arts le plus difficile, car il
exige qu'on ait une sensibilité aiguë pour la composition et pour les couleurs,
et qu'on soit un vrai poète".