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       Septembre 2009   81

Sommaire

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Compte-rendu de notre sortie parisienne du 14 Mai 2009

 

Les halles, ventre de Paris

L’exposition Kandinsky

 

Par Eliane Etinzon

 

Programme du matin : LES HALLES – LE VENTRE DE PARIS

 

Tout le monde est à l’heure – comme toujours - au rendez-vous et malgré la pluie nous commençons courageusement notre parcours.

 

 Les Halles trouvent leur origine au XIIe siècle lorsque Louis VI Le Gros organise sur le site actuel un marché « par catégories » qui sera agrandi par Philippe Auguste (1165 1223). Mais dès le XIIIe siècle ce marché se révèle insuffisant pour nourrir les 300.000 habitants que compte la Capitale. Il sera donc développé de siècle en siècle mais l’agrandissement le plus significatif ne se fera qu’après la fermeture du Cimetière des Innocents en 1785 dont l’espace sera récupéré.

 

http://fr.topic-topos.com/image/bd/pavillon-baltard-nogent-sur-marne.jpgSous Napoléon III, Baltard crée les célèbres Halles de fer et de verre selon la nouvelle mode architecturale. A l’origine 14 étaient prévues mais 10 seulement furent réalisées. Elles resteront 100 ans dans le quartier.  

                                             

Pavilon Baltard transféré des Halles à Nogent-sur Marne     "   

 

C’est en 1960 que le 1er Ministre Michel Debré, jugeant le « Ventre de paris », selon l’expression de Zola, inapte aux besoins modernes envisage de les transférer dans un endroit plus adapté et entreprend la construction des halles de Rungis. Le déménagement eut lieu en Février 1969 faisant passer la superficie des Halles de 15 Ha à 220 Ha !

 

La suppression des pavillons Baltard fit scandale ainsi que la reconstruction des Halles telles que nous les connaissons aujourd’hui mais un nouveau projet est à        l’étude. A signaler tout de même que l’expérience eut pour avantage d’aider à sauver la Gare d’Orsay qui fut donc recyclée plutôt que détruite.

 

Nous nous promenons dans le quartier et évoquons les anciens restaurants de renom. C’est après la bataille de Sedan donc à partir de 1870 que les Alsaciens viennent à Paris et ouvrent les premières brasseries.  On y pratique la tradition dite « de l’Arlequin » qui consiste à donner les restes aux pauvres ou les vendre à prix très bas. C’est pour cette raison que les gens modestes fréquentaient ces établissements plutôt destinés à la bourgeoisie.

 

 

Le célèbre « Pied de Cochon » ne date que de 1947 et reçoit à l’origine des populations très diverses allant des clochards à la haute bourgeoisie en passant par les forts des halles. Mais le prix de la soupe à l’oignon n’est pas le même pour tout le monde et le 1er étage est beaucoup plus cher que le rez-de-chaussée.

Les Forts des Halles sont une corporation dont l’existence remonte à Saint-Louis. N’était pas « Fort » qui voulait ! Voici quelques-unes des conditions requises :

·         Etre français  et être libéré des obligations militaires

Les Forts assuraient la circulation des marchandises entre l’extérieur et les différents marchés et travaillaient pour les différentes Halles : volailles et gibiers, beurres et œufs, viandes, fruits et légumes etc…  La profession était très hiérarchisée, les chefs se reconnaissaient à leur médaille en argent, tandis que les simples forts portaient une simple médaille en cuivre. Ses membres étaient facilement identifiables grâce à leur vastes chapeaux munis d'un disque de plomb qui permettaient de supporter de lourdes charges sur la tête.

http://4.bp.blogspot.com/_H1VLin6O1Hc/SUVqMv76C-I/AAAAAAAABrM/5NacKRggyug/s400/stohrer.jpg
Nous nous promenons, sous une pluie battante, dans la très pittoresque rue Montorgueil et admirons quelques bâtiments, restaurants, boutiques. Prenons par exemple la pâtisserie Stohrer  du nom du pâtissier de Marie Lesczynska, qui en 1725 l’accompagna à la Cour de Versailles pour son mariage avec Louis XV puis  ouvrit 5 ans plus tard,  sa propre pâtisserie rue Montorgueil.

Le magasin est classé monument historique pour sa façade et ses décors intérieurs. Des peintures murales datant de 1860 illustrent la renommée de la maison. Elles représentent des femmes portant  les spécialités du pâtissier Stohrer, Inventeur  des Babas et des Savarins.    

 

         Les spécialités de la pâtisserie Stohrer                     

              et l’une des peintures murales datant de 1860

 

 

 

 

Stohrer 1 

 

Toujours sous la pluie, nous passons diverses rues bordées de vieilles maison aux murs inclinés vers l’intérieur, rues aux noms souvent cocasses comme les rues  « de la grande truanderie » et « de la petite truanderie »  ou la rue Marie Stuart ex « rue tire-boudins » qui était une rue de prostituées.

 

 

 

 

 

 

http://www.luxe-magazine.com/mp-0/0/11/00481187597.jpgL'escargotNous passons aussi divers établissements comme ce restaurant de l’escargot, fondé en 1832, qui a attiré de fameux clients tels que Marcel Proust, Sarah Bernhardt, Jean Cocteau...

Restaurant modeste à l’origine car l’escargot était        l’huître des pauvres, il a été par la suite racheté par … la Tour d’Argent.

 

# Restaurant l’Escargot, rue Montorgueil, vue générale et détail #

 

Puis nous nous dirigeons vers l’Eglise Saint-Eustache où nous sommes bien contents de pouvoir passer un moment au sec.

 

Saint Eustache, une église aux   proportions grandioses, dignes d'une cathédrale $

 

A son l’origine, une anecdote :

En 1213, un bourgeois de Paris prêta au roi Philippe Auguste une importante somme d'argent. Pour le rembourser, le roi l'autorisa à prélever un denier sur chaque panier de poisson que l'on vendait aux Halles, dont les deux premiers bâtiments venaient d’être bâtis. La recette devint telle que le bourgeois, fonda une chapelle dédiée à Sainte-Agnès en remerciement de sa bonne fortune, à l'emplacement du chœur de l'actuel bâtiment.

Ce n’est qu’au début du XIVe siècle qu’elle fut dédiée à Saint-Eustache.

 

L’ancienne église devenue trop petite, la construction de l’église telle que nous la voyons aujourd’hui fut  réalisée de 1532 à 1640. Elle est unique en son genre du fait que son plan est celui d'une cathédrale gothique, tandis que sa décoration est Renaissance.

Les agrandissements, restaurations et embellissements successifs se poursuivirent jusqu’en … 1971.

A noter que, au milieu du XIXe siècle des travaux entrepris suite à un incendie permirent de redécouvrir les peintures murales du 17e siècle, qui avaient été cachées par un badigeon blanc au 18e siècle. Avec ses 33,5 m de haut, 100 m de long et 43 m de large, l'église Saint-Eustache est considérée comme l'un des plus beaux monuments religieux de Paris.

 

L’intérieur, suivant le plan de Notre-Dame-de-Paris, se compose d'une nef de 5 travées, flanquée de bas-côtés doubles, d'un large transept sans saillie, d'un chœur entouré d'un double déambulatoire et de 24 chapelles. On note les remarquables vitraux et tableaux aux signatures célèbres (Rubens, Simon Vouet).

 

     Voûte et orgue de l’Eglise Saint-Eustache "

Sa haute voûte est réputée pour ses qualités acoustiques et, l’église Saint-Eustache possède un orgue d’une richesse sonore exceptionnelle, réputé être le meilleur de Paris.

 

A signaler en vrac :

        ·        Quelques pièces remarquables : le mausolée de Colbert et la colonne astrologique et astronomique de Catherine de Médicis

        ·        Quelques noms : Richelieu, Molière, Mme de Pompadour y furent baptisés ; Mirabeau et La Fontaine y eurent leurs obsèques

·        Quelques curiosités que nous fait remarquer notre guide :

Parmi les vitraux : le vitrail des charcutiers avec son emblème de la corporation le cochon.

Parmi les chapelles : celle des fruits et légumes qui représente une scène de marché

      N’oublions pas que nous sommes aux Halles !!!

 

Vitrail charcuterieP1010018 (2) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vitrail de la corporation des                       Chapelle des fruits et légumes  charcutiers

 avec au centre, le cochon                               représentant une scène de marché

 

http://tbn2.google.com/images?q=tbn:c8bWGRkFkXwspM:http://parispassion.canalblog.com/images/084_Ferronnerie_1.JPG 

 

Nous passons rapidement par la rue de la Ferronnerie pour un petit hommage à Henri IV dont une plaque au sol rappelle l'assassinat par Ravaillac le 14 mai 1610.  Par une ironie du sort, nous sommes justement le 14 Mai !

 

Rue de la Ferronnerie :

Plaque portant les emblèmes du roi de France et du roi de Navarre

En commémoration de l’assassinat d’Henri IV

 

 

Et nous terminons notre tour par la place Joachim Du Bellay et sa célèbre

Fontaine des innocents

Monument Renaissance dû principalement au sculpteur Jean Goujon et à l’architecte Pierre Lescot, la fontaine des Innocents a été réalisée au milieu du XVIe siècle afin de célébrer l'entrée solennelle d'Henri II à Paris, et en remplacement d'une fontaine érigée à l'époque de Philippe Auguste..

 

Elle fut d'abord implantée au croisement de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers (partie de l'actuelle rue Berger). Puis en 1858 elle fut déplacée vers la Place Joachim du Bellay créée au siècle précédent sur l’emplacement de l’ancien cimetière des Innocents. Celui-ci, utilisé depuis l’antiquité avait en effet été vidé en 1786 pour des raisons sanitaires.

C’est lors du déplacement qu’on ajouta le piédestal à six vasques sur chaque face.

 

Sa forme est celle d'un petit temple quadrangulaire, sur un très haut soubassement, et percé de 4 arcades dont les axes se croisent.

Sur chacune des faces, des pilastres d'ordre corinthien encadrent une arcade. Entre les pilastres s'insèrent les élégantes naïades au corps voilé, célèbres bas-relief de Jean Goujon.

 

 

 Fontaine des innocents, vue générale  

 

 

 

 

 

 

  

 

 

             Exemple de sculpture de Jean Goujon :

une naïade entre les pilastres

 

 

Fin de la visite du matin, et, le temps refusant obstinément de s’améliorer, c’est trempés mais soulagés que nous rejoignons notre restaurant.

 

 

Programme de l’après-midi : EXPOSITION KANDINSKY AU CENTRE GEORGES POMPIDOU

 

Après un excellent déjeuner, et la pluie ayant cessé, nous voilà en route pour le Centre Pompidou et la découverte du premier peintre abstrait de l’histoire de la peinture.

 

Pour certains d’entre nous, peu familiarisés avec l’art moderne, ce fut un moment un peu rude mais tout le monde mit beaucoup de bonne volonté pour essayer de comprendre ce que Stéphanie Roux, notre guide, nous expliquait, très clairement par chance.

 

L’exposition couvrant l’ensemble de l’œuvre du peintre montre bien son évolution du figuratif à l’abstrait. Elle comprend une centaine de toiles et dessins qui témoignent du besoin de recherche permanente de l’artiste.

 

 

Photo famille (3)

 

Notre groupe sous le portrait de Georges Pompidou

dont le Musée National d’Art Moderne porte le nom

 

 

 

Mais commençons par le commencement.

 

Vassily Kandinsky naît à Moscou en 1866 dans une famille d’aristocrates et meurt à Paris fin 1944. Il voyage en Europe avec ses parents, étudie l’Allemand et la musique puis le Droit. Effectue des séjours à Paris. Ce n’est qu’à l’âge de 30 ans qu’il commence à peindre après avoir vu une exposition de Monet, et en particulier la série des « Meules ». Il renonce à une chaire de Droit à l’université et se fixe à Munich, grand centre artistique à l’époque. C’est là qu’il se formera à la peinture. Les modèles qu’on lui impose en cours     l’ennuient et il se tourne vers des sujets d’extérieur. Ses tableaux sont marqués des traditions russes qu’il appelle son « capital mythique ».

 

Peu à peu il prend conscience qu’il n’est pas nécessaire de copier la réalité et qu’il préfère la réinterprêter.

 

Très vite il évolue vers l’abstrait, dont il est le créateur. Dans le plus connu de ses livres « Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier » il parle de sa « nécessité intérieure » et raconte l’anecdote selon laquelle la vue d’une toile posée par erreur à           l’envers sur un chevalet lui fait comprendre  qu’un assortiment de couleurs forme un tableau qui exprime des sentiments même si celui-ci est dépourvu de sujet. Donc formes et couleurs se suffisent à elles-mêmes.

 

Je cite : « la forme est un être spirituel doué de propriétés qui s’y identifient ».

Je cite encore : « La couleur est un moyen d’exercer une influence directe sur l’âme ».

Allez, encore une : « Un artiste qui ne voit pas un but dans l’imitation, même artistique, des phénomènes naturels veut et doit exprimer son monde intérieur (…) par un art immatériel ». Et il prend exemple sur la musique qui ne cherche pas (à de rares exceptions près) à copier le réel. Toute sa vie, Kandinsky exprimera ses émotions par des Lignes et des Couleurs.

 

Essayons de tracer son évolution avec quelques exemples :

 

1908 – 1909

-  La montagne bleue

 

Le thème du cavalier est très présent chez Kandinsky. Il représente pour lui l’idée de liberté.

Les tableaux sont figuratifs mais la couleur n’a pas fonction d’imitation. (Rappelez-vous Vlaminck).

 

 

 

 

 

 

Paysage avec bateaux

 

 

1911 – Impression V (Parc)

Dans cette toile,  nouvelle étape vers l’abstraction, on  peut distinguer en prêtant attention, deux cavaliers. Le sous-titre est « Parc » que l’on peut éventuellement voir figuré par le triangle rouge au centre, installé entre les deux aplats de bleu et de vert de la partie inférieure et les deux personnages assis sur un banc.

Mais ce qui prédomine c’est un  ensemble de taches colorées et de lignes noires qui rythment l’image plutôt qu’elles ne décrivent des formes, tandis que les lignes noires indiquent comme un itinéraire pour le regard.

 

 

 

 

 

 

1912 – 1913     Improvisation 31

 

Plus de sous-titre, plus du tout de figuration. Mais les commentaires ci-dessus s’appliquent de la même façon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers 1925

Les formes se font plus géométriques

 

 

Puis, nouvelle recherche, le cercle prédomine

Laissons parler le peintre :

 « Si je me sers par exemple ces dernières années et avec une préférence si marquée du cercle, la raison n’est pas la forme « géométrique » du cercle, mais mon intense perception de la force intérieure du cercle dans ses innombrables variations ; j’aime aujourd’hui le cercle comme j’aimais par exemple autrefois le cavalier – peut-être davantage, dans la mesure où je trouve dans le cercle davantage de possibilités intérieures, raison pour laquelle il a pris la place du cheval. Comme je l’ai dit, tout cela n’a pas la moindre importance pendant mon travail, je ne choisis pas la forme  consciemment, elle se choisit elle-même. »

 

1940 – Bleu de ciel

Dans les dernières années de sa vie, Kandinsky a toujours chercheé à se renouveler, comme dans ce presque monochrome bleu qui n’est pas sans faire penser à Miro, un bleu qui évoque pour lui la liberté du rêve.

 

Kandinsky s’installe en France après la prise de pouvoir d’Hitler. Il prend la nationalité française, s’installe à Neuilly où il restera jusqu’à sa mort en 1944.

Père de l’art non figuratif, Vassily Kandinsky croit fermement, en l'avènement d'un monde totalement spiritualiste, en opposition au rationalisme ou au cartésianisme. Il pense que " la peinture abstraite est de tous les arts le plus difficile, car il exige qu'on ait une sensibilité aiguë pour la composition et pour les couleurs, et qu'on soit un vrai poète".