Compte-rendu de notre
JOURNEE A SAINT-GERMAIN-EN-LAYE
Lundi 29 avril 2009
Sur les pas des Rois de France et du grand compositeur Claude Debussy
Par Jean-Louis Perrot
Bien souvent on ignore les richesses qui sont proches de nous et Saint-Germain-en-Laye - 45000 habitants - étouffé par la proximité de Versailles, fait partie de ce patrimoine culturel national trop ignoré. Figurant parmi les villes les plus intéressantes des environs de Paris, elle a conservé son tissu urbain hérité du moyen âge accolé au domaine royal avec son château et ses jardins qui s’étendent sur 45ha.
La journée a débuté avec la fraîcheur habituelle d’un mois d’avril francilien par la visite du Château Vieux qui s’impose majestueusement sur la place centrale de la ville.
Un peu d’histoire : C’est Louis VI le Gros qui, vers 1122, fait construire un château fort sur le plateau de Laye alors recouvert de bois. Le donjon de 31 m de haut à gauche en entrant est le seul vestige authentique par sa forme, son emplacement et ses fondations de ce poste de retraite apprécié du Roi.
Vue du Château côté rue Détail : le donjon d’origine
Saint-Germain est aussi l’une des demeures préférées de Louis IX - Saint Louis - qui agrandit ce château féodal par un ensemble de bâtiments appelés le petit châtelet. Il fait élever entre 1230 et 1238 la chapelle à l’ écart des autres constructions et crée le premier office de chapelain royal attaché à cet oratoire.
Le château et le village qui s’est formé autour sont incendiés mais la chapelle est épargnée.
Charles V, qui qualifie Saint Germain de « ville au bon air » reconstruit entre 1364 et 1367 un château ; la chapelle est raccordée au bâtimentet un chemin de ronde protège l’ensemble.
Le château sera occupé par deux fois durant la
guerre de cent ans et c’est en 1539 que
François
1er
, trouvant ce lieu très agréable fait construire par
Pierre Chambiges et sans toucher aux fondations, le
Château
Vieux
avec
la chapelle incorporée à l’ensemble, tel qu’on le voit
aujourd’hui. De
nombreuses salamandres évoquent cette période dans les
salles et son style renaissance est largement visible dans
la cour intérieure. Inspiré de l’architecture italienne,
sans toit, couvert d’une longue terrasse de pierre, avec
une balustrade qui couronne l’édifice surmonté
de pilastres portant les armes de France.
Vue de la chapelle « encastrée »
entre les bâtiments
Henry II fait
construire à l’extrémité de l’actuelle terrasse d’où l’on
découvre tout l’ouest parisien,
le Château Neuf
et ses jardins qui seront
terminés par
Henri IV. Sur 80m
de haut et 450 m de large, sept terrasses créées par
Etienne DUPERAC dessinateur paysagiste et Claude MOLLET ,
maître jardinier
conduisaient du pied du
château jusqu’à la Seine. Elles font la renommée actuelle
du château.
Il ne reste aujourd’hui du Château Neuf
que le
pavillon Henry IV
où
Louis XIV, né le
5 septembre 1638
sera
ondoyé à
sa
naissance, et qui est
transformé
en
hôtel-
restaurant.
Maquette du Château neuf et de ses
Terrasses, là où se trouve aujourd’hui
la montée du Pont du Pecq vers St-Germain .
Henry IV déserte le Château Neuf et s’installe dans le Château Vieux dans lequel il fait effectuer quelques travaux d’aménagement intérieur. Mais dès 1644 les jardins sont à l’abandon. Un peu plus tard, lorsque Louis XIV installe la Cour à Versailles (le 20 avril 1682) commence une longue période d’absence totale d’entretien des jardins.
Louis XV commande en 1683 la construction de l’église actuelle de Saint-Germain qui tourne le dos au château.
Louis XVI va donner en 1777 le Château Neuf à son frère le Comte d’Artois ; les bâtiments, les terrasses, et les jardins sont dans un triste état et ils seront détruits.
La révolutionsaisit le Domaine et en vend les biens. Il ne reste que peu de vestiges de cet ensemble ; plus tard les pierres restées sur place serviront à construire en particulier la cité Médicis, conçue en 1837 par Emile PEREIRE -St SIMONIEN qui a abrité les promoteurs du1er chemin de fer Paris-St Germain.
Dans le Parc une plaque rappelle le duel dit du coup de Jarnac qui eu lieu le 10 juillet 1547, le seigneur de Jarnac ayant asséné à son opposant un coup bas à l’épée lui ayant coupé le tendon d’Achille.
A l’époque de Napoléon 1er , une pension de jeunes filles fut fondée par Madame CAMPAN, ancienne lectrice de Marie-Antoinette qui fut la première école des orphelines de La Légion d’Honneur, fondée à Ecouen. Durant l’Empire, le château de Saint-Germain a abrité une école de cavalerie de 1809 à 1812, une caserne et enfin un pénitencier militaire sous Louis-Philippe.
En 1862, Napoléon III décide d’y installer le « Musée des antiquités celtiques et gallo-romaines ».
Aujourd’hui, les salles du château abritent le Musée des Antiquités Nationales.
La cour intérieure qui vient d’être restaurée est l’une des plus belle de La Renaissance.
La visite s’est achevée par celle de la chapelle, construire par Pierre de Montreuil qui mesure 24m de long sur 10m de large. Elle préfigure la construction gothique avec ses fenêtres qui sont rectangulaires au lieu d’être ogivales dans leur partie supérieure. Les angles de croisées sont décorés de sept têtes en ronde-bosse. Elle a été le lieu de nombreux baptêmes des enfants royaux légitimes et illégitimes et de mariages royaux et princiers. Louis XIV y fut baptisé et en 1514 François 1er y a épousé Claude de France.
Ci-dessus :
vue générale de la cour
intérieure,
et détail côté chapelle
Ci-contre, à gauche : l’intérieur de la chapelle avec la rose, murée lors du raccordement au bâtiment.
Ci-contre, à droite : vue générale du château côté jardins
Notre journée se poursuit par une promenade dans diverses rues de Saint-Germain, dont la rue de l’Abreuvoir qui sera l’occasion de découvrir des hôtels particuliers qui ont été soit des grandes ou modestes maisons occupées au XVIIème siècle par des familles aristocratiques, soit des immeubles de rapport construits au XVIIIème siècle à la place d’anciens hôtels disparus : hôtels de Soubise ou de Conti, Hôtel dit de la Feuillade(1708) , hôtel de la marquise de Maintenon(1680), hôtel du duc de Montausier (1610-1690) qui fut habité entre 1887 et 1891 par Le Maréchal Lyautey.
Façades au fil des rues :
Hôtel de la Feuillade Hôtel de Guise Hôtel Montausier
Cette promenade dans le Saint-Germain ancien nous a montré combien on pouvait concilier l’architecture ancienne avec le contemporain et faire cohabiter le patrimoine historique avec les besoins du monde moderne. La visite du quartier Grammont avec la réhabilitation de ses casernes en logements ou avec le théâtre récent Alexandre Dumas confirment cette possible mixité en matière d’urbanisme.
Une curiosité : subsistent encore ça et là dans l’enceinte du parc et dans la vieille ville de nombreux abris souterrains construits lors de la dernière guerre et qui protégeaient le QG de l’armée allemande.
Tout cet ensemble est finalement très harmonieux et l’on prend plaisir à s’y promener.
L’église de Saint-Germain fut terminée au 18ème siècle sous Napoléon 1er ; son architecture lui donne un aspect basilical et sa chaire prestigieuse et baroque avait été conçue à l’origine pour la chapelle du château de Versailles. Construite sur l’emplacement du petit prieuré, placée sous l’invocation de Saint Germain et de Saint Vincent, son péristyle domine un vaste espace dégagé s’étendant depuis le parterre du château jusqu’au jardin des Arts. On peut y trouver le mausolée des entrailles de Jacques II de Stuart et la statue de Notre Dame du bon retour.
La visite de la maison natale de Claude Debussy
était au programme pour
clore la journée : au premier étage un musée où sont
présenté son œuvre, des documents et des objets personnels
et au second étage un auditorium pour une écoute du
parcours musical du compositeur.
Vue de la cour intérieure de
la maison de Claude
Debussy
La maison a été léguée à la commune par Mme de Tinan qui était
la belle fille de Debussy ; c’est le seul espace
permanent dédié à l’artiste né en 1862, marié à
Lilly Texier et Emma Bardac et décédé de maladie en 1918.
Photo de Claude Debussy
Claude Debussy a reçu sa première leçon de musique à 10ans ; il entre à l’école nationale de musique où il est reconnu comme un novateur. Sa première œuvre, Le prélude à l’après-midi d’un Faune - 1884 - doit être considérée comme le commencement de la musique moderne mais trop moderne certainement pour l’époque. Pelléas et Mélisande - 1902 - drame lyrique et chef d’œuvre du symbolisme, est considéré comme le sommet de la maturité musicale de Claude Debussy, grand prix de Rome en 1884.
La Damoiselle Elue 1889, la Mer 1903-1904, Préludes livre I 1910, Syrinx 1912, La Chute de la maison Usher figurent parmi ses compositions majeures et illustrent son œuvre par sa forme, sa manière de donner à sa musique plus de liberté et dont il disait au sujet de son œuvre et en particulier de Pelléas et Mélisande dont la partition a été remaniée jusqu’en 1902 : « je voulais à la musique une liberté qu’elle contient peut- être plus que n’importe quel art, n’étant pas bornée à une reproduction plus ou moins exacte de la nature, mais aux correspondances mystérieuses de la nature et de l’imagination ».
Le parcours musical effectué pour clore la visite a permis de retracer en 30 minutes environ cette musique avec sa diversité, ses particularités et les motivations de l’homme qui l’a composée.
Une dégustation composée de pâtisseries
dénommées Le
gâteau Debussy ou le Saint-Germain
a marqué le final de cette
journée très réussie, dédiée à l’histoire et à
la
culture
musicale d’une ville dans laquelle s’est écrite une belle
page de notre histoire.
Au musée, le groupe à l’écoute du parcours musical de Claude Debussy
Sérieux pour une fois, non ?