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       Avril 2010   83

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 Sommaire

         Notre visite du 16 février 2010

 

Le musée Jacquemart-André

 

 

Elevée  sur un terrassement, en retrait du 158, Boulevard Haussmann, à la fin du XIXème siècle par l’architecte PARENT, cette élégante demeure « a été pensée » pour servir

d’écrin à un rassemblement de peintures, sculptures, mobiliers et objets d’art rassemblés par un couple d’esthètes éclairés et riches : Edouard ANDRE et Nélie JACQUEMARD. Inaugurée en1876, cet ensemble donna lieu à une fête réunissant 1 000  invités qui découvrirent la richesse , non seulement des matériaux employés – marbres, boiseries du XVIIIème - des fresques italiennes (rapportées par les propriétaires, par ailleurs grands voyageurs),et les dernières inventions techniques du moment : photographies, téléphones Un goût très sûr, un sens inné de la mise en valeur de leurs achats contribuèrent au faste de cette fête dont les échos furent vantés par les journaux de l’époque

 

Edouard ANDRE naît dans une  famille de banquiers protestants en 1833, très fortunés – à l’égal des Pereire, Rothschild etc.., en 1851 il entre à l’Ecole de Saint-Cyr dans un des régiments d’élite de Napoléon III. En 1864 il démissionne et devient député du Gard, charge occupée jusqu’à ce moment par son père, lequel vient de décéder. Il hérite de plus de un million de francs or et dès lors décide de mener une vie parisienne sans contrainte, sa fortune  et ses relations lui permettant d’assouvir sa passion pour tous les arts.  En dix ans il va aménager le rez-de-chaussée de sa maison En 1881 il épouse Nélie, artiste peintre et portraitiste, qui souscrit entièrement aux initiatives de son mari, notamment pour la mise en valeur de leurs collections. Il s’agit d’un mariage de convention, aucun enfant ne naîtra de cette union, cette situation les incitant à faire don de l’ensemble de leurs biens à l’Institut de France. D’extraction modeste Nélie, joue un rôle essentiel dans l’aménagement du premier étage de l’hôtel, y installant notamment le Musée italien Très compétente, dotée de par sa formation de compétences indissociables de bon goût elle procède « aux accrochages des peintures », aux placements des meubles et des sculptures. Elle décède en 1912 et le musée est accessible au public en 1913. Dans le testament des époux ANDRE-JACQUEMARD, il est précisé que   : «tout doit rester dans la présentation actuelle » ; C’est ainsi que nous avons découvert ce qui faisait le quotidien de ces grands bourgeois fortunés du  XIXème Siècle

 

L’IMMEUBLE

La construction s’inspire de l’architecture civile du XVIIIème. Sur la façade, qui donne sur le boulevard  Haussmann, on distingue les immenses baies vitrées du grand salon, en arc de cercle, donnant sur un jardin de rosiers et autres végétaux. On entre dans la propriété à l’est de l’imposant édifice et après un passage couvert on accède, par une légère rampe pentue dans la cour d’honneur (à l’opposé du bld Haussmann). Un fronton soutenu par quatre colonnes de marbre encadre la  large porte d’entrée. Les voitures à chevaux pouvaient déposer les visiteurs et repartir à vide par la rampe, sur la droite du bâtiment, évitant ainsi les embouteillages.

 

 

 

L’ENTREE

Dès l’entrée dans le vestibule, un portrait d’Edouard André, en grand uniforme de la Garde Impériale, peint par F.X. WINTERHALTER, nous accueille. Au mur la tapisserie « Les Nouvelles Indes » de la Manufacture des Gobelins du XVIIIème  nous introduit aux décors que nous allons côtoyer.

 

LE SALON DES PEINTURES

 

 Antichambre du Grand Salon. Toiles de François BOUCHER (1703-1770) : La Toilette de Vénus et Le Sommeil de Vénus.

J.Marc NATTIER (1685-1766) Portrait de  la Marquise d’Antin, Mathilde Canisy ; portrait admirable de fraîcheur, jeunesse du modèle et richesses des étoffes de la robe.

F.A DROUET (1727-1775) Jeune garçon jouant avec un chat.

Huile sur toile de J.B. CHARDIN (1699-1731) Les attributs de la Science

                                                                                  Les attributs des Arts.

Huile sur toile de A. CANAL dit CANALETTO (1697-1768) : La Place Saint Marc

                                                                                                      Le Pont du Rialto

 

 

 

 

 

 

 

 

 LE  GRAND SALON 

Quatre tapisseries de la Manufacture des Gobelins représentant les QUATRE SAISONS

Quatre Scènes Galantes, dans le goût de Watteau au-dessus des quatre portes.

Admirables boiseries au décor doré, entre les trois fenêtres auprès desquelles on admire les bustes du Chancelier Maupou par

J.B. LEMOYNE, du roi Henri IV par

B. TREMBLAY, de l’Architecte Jacques Ier Gabriel par COYSEVOX, A.L.François de Caumartin par J.A. HOUDON.

C’est en cet endroit que E. ANDRE accueillait ses invités ; lors des réceptions importantes, les cloisons latérales (communes aux salons de Musique et des Peintures) pouvaient disparaître dans le sol, au  moyen de vérins hydrauliques, lesquels fonctionnent encore de nos jours ; cette machinerie libérait ainsi une grande surface au sol. N’oublions pas que la mode féminine des crinolines et des « faux-culs » nécessitait de grands espaces afin qu’ils  puissent être admirés et  nullement endommagés !

 

  

LE SALON  DES TAPISSERIES

Cette pièce est spécialement adaptée aux dimensions des trois pièces des JEUX RUSSIENS de la Manufacture de Beauvais, une seule gouache « Portique de Fantaisie » de M. FALCONNET (1716-1791), commode Louis XVI de H.RIESNER (1734-1806), au sol tapis de la SAVONNERIE.

 

LE CABINET DE TRAVAIL

Salon de réception des relations d’affaires du couple André-Jacquemard, agrémenté de leurs  objets préférés :

Huiles sur toile de J.H. FRAGONARD (1732-1806) Les débuts du modèle – chef d’œuvre du libertinage, J.B.CHARDIN (1699-1779) Nature morte à la cotelette, J.B. GREUZE (1725-1805) Portrait du graveur  G.Wille, Bureau plat à décor de laque de Chine, estampillé J.DUBOIS, Commode de bois de rose et amarante recouverte d’onyx attribué à

J. BAUMHAUER,  plafond peint de G.TIEPOLO (1696-1770).

 

LE BOUDOIR

Spécialement aménagé par Edouard  (cadeau de mariage) pour Nélie.

Le Cabinet de toilette, dans son alcôve à   balustrade comprend  une commode en marqueterie de bois de rose et ‘amarante estampillée P. ROUSSEL (1723-1782), époque Louis XV, sur laquelle est posée une terre cuite de la révolutionnaire Théroigne de Méricourt par J. CHINARD ; juste au dessus un cartel en bois sculpté et doré à mouvement  horizontal, originaire d’Autriche fin XVIIIème.

Aux murs, une vue du port de Toulon par F. TAUREL (1757-1832) et divers portraits que Nélie aimait  dont un P.P. PRUD’HON (1758-1823), un J.L. DAVID(1748-1825) et celui de la comtesse Catherine Skavronskaïa huile sur toile de1,35m.x0,95m. de Mme L.E. VIGE-LEBRUN (1755-1842). La grâce du visage, la pose alanguie de la comtesse, la fraîcheur  du teint et des mains, le rendu des plumes du chapeau et le camaïeu des bleus de la robe tout concourt à la réalisation de ce chef-d’œuvre !

 

LA BIBLIOTHEQUE

Cette pièce  recèle surtout des tableaux flamands et hollandais du XVIIème. Edouard ANDRE connaissait l’influence de ces peintres sur les artistes  français du XVIIIème.

Anton VAN DYCK (1599-1620) Tableau : Le temps coupe les ailes de l’Amour.

Franz HALS (1580-1666) Portrait d’homme

Rembrandt VAN RYN (1606-1669) Les pèlerins d’Emmaüs.

Philippe de CHAMPAIGNE (1602-1674) Portrait d’homme.

Paire de guéridons porte-torchères en bois sculpté, époque Régence attribués à C. BOULLE (1642-1732).

Cabinet dit de la « Duchesse de Fontange » en bois d’ébène et palissandre, marqueterie de cuivre et d’étain.

 

  

 

 

 

 

 

LE SALON DE MUSIQUE

S’élève sur deux niveaux et se termine par un plafond à voussures décoré par P.V. GALLAND, qui a peint « Apollon, protecteur des arts ». Au mur œuvres de la peinture française dont :

« Galerie en ruine » par H.ROBERT (1733-1808). Une tête de vieillard par J.H. FRAGONNARD (1732-1806). , Portrait de femme en bonnet par J.B. PERRONNEAU (1715-1783), Portrait d’homme de N. DE L’ARGILLIERE (1656-1746).

Sur une bibliothèque en bois noirci, buste d’Edouard ANDRE, le seul bronze réalisé par Nélie JACQUEMARD. Au mur et au-dessus de la bibliothèque, tapisserie de la Manufacture Royale de Beauvais «  Le Repos après la chasse » ; derrière     ce salon de musique se trouve le JARDIN D’HIVER dont l’idée a vu le jour en Grande Bretagne : il est de bon ton de disposer, sous une verrière des plantes exotiques en pot offrant un cadre rafraîchissant aux invités. Pour terminer

l’aménagement de cette immense pièce l’architecte PARENT conçoit un escalier à double révolution, au bout extrême du bâtiment. La rampe est une merveille de dentelle de fer martelé et ciselé, l’aboutissement de l’escalier arrivant sur une corniche en forme d’ellipse, laquelle est soutenue par deux piliers de marbre rose. Pour agrémenter cette vaste réalisation  des statues -gréco-romaines, période hellénistique, d’un sarcophage du IIIème  après J.C. et de bustes divers. Au sol une mosaïque de marbre blanc et noir, les autres pièces de la maison étant parquetées

Sur les murs de la corniche, on découvre une fresque représentant Henri III reçu à la Villa Contarini par Gianbattista TIEPOLO (1696-1770).

On traverse la mezzanine qui surplombe le salon de musique pour accéder au MUSEE ITALIEN. On y découvre des céramiques, des verres, trois coupes issues des ateliers de Murano, des majoliques, et encore des peintures, des tapisseries et des sculptures  de bustes dont un bronze du BERNIN (1598-1680).

 

LE  FUMOIR 

Cette pièce était réservée aux hommes où ils venaient  fumer un excellent cigare et déguster un alcool. Après la mort d’Edouard, Nélie la reconvertit à son goût : d’un voyage en Grande Bretagne elle rapporte une série de portraits du XVIIIème signés LAWRANCE, GAINSBOROUGH, REYNOLDS, HIGHMORE, HOPPNER.

 

La Salle des  SCULPTURES du MUSEE ITALIEN

En 1890 les propriétaire décident d’y exposer les objets RENAISSANCE qu’ils ont collecté au cours de leurs voyages (très nombreux) en Italie : des médaillons, en stuc peint, des marbres, des terres cuites des écoles vénitiennes, toscanes et florentines du XVème. Ces    objets sont tellement nombreux, qu’il serait fastidieux de les énumérer. Signalons cependant :

deux bronzes : Ange porte-torchères et «Martyre de SAINT-SEBASTIEN » de DONATELLO (1386-1466).

  

La Salle FLORENTINE

Chef-d’œuvres rassemblés par Nélie : Salle d’inspiration religieuse avec des stalles d’église, un retable d’autel et différentes peintures sur un thème : la Vierge à l’Enfant peintes sur bois par V. BOTTICINI (1446-1497), S. BOTTICELLI (1444-1510), P.V. PERUGINO (1445-1523) et A. BALDOVINETTI (1422-1499)

 

La SALLE VENITIENNE

Au goût personnel d’EDOUARD qui préférait Venise à Florence. Encore et toujours de magnifiques toiles de MANTEGNA (1430-1506), C.CRIVELLI (1440-1499), S.BOTTICELLI (1444-1510) et G.BELLINI (1430-1516)

 

La Chambre de MADAME

De Style Louis XV , Boiserie d’époque et soieries lyonnaises. Portrait d’homme de M. QUENTIN DE LA TOUR (1704-1788), photo sépia de NADAR sur une ravissante petite table.

 

 La Chambre de MONSIEUR et son ANTICHAMBRE

 Elles sont tapissées de portraits de famille  dont le sien peint par Nélie en 1872. A noter le téléphone noir sur la table de nuit, à la droite du lit.

 

La SALLE A MANGER

A côté du vestibule d’honneur. Aux murs cinq tapisseries de la série « Histoire d’Achille » d’après les cartons de J.VAN ORLEY (1665-1735). Plafond peint : fresque de G. TIEPOLO :

« La renommée annonçant la visite du roi Henri III »

 

 

Après cette multitude de merveilles, nous avons investi la salle à manger d’honneur du Musée et nous avons dégusté, qui un macaron aux framboises ou au chocolat, accompagnés d’un délicieux thé ou d’un agréable café

 

Un après-midi où nous avons rêvé devant tant de trésors où tout respire l’harmonie et l’ART.

 

On en redemande !!!

     

                                                                                    Jeanne ROGUEDA

 

 

Sources : livre guide du musée