Compte-rendu de notre sortie du 6
Mai 2010
Versailles, la Ville

30 participants
à la journée Arts et Métiers, 12 à Versailles !!! Qui peut expliquer ?
Le
rendez-vous avait été donné au restaurant « Le Saint-Julien » dans la
rue du même nom, proche du château, très
agréable établissement, joli cadre et repas délicieux. Très bonne adresse.
Etaient donc présents :
- Mmes : Bykowski
– Devant – Dupont – Etinzon – Maltère – Rello
- Mmes et MM : Demey
- MM. : Chollet – Debeuré –
Après
le déjeuner, nous retrouvons notre
guide, Madame Weisberger qui commence par nous donner quelques explications sur
le vieux Versailles et sur la rue dans laquelle nous nous trouvons.
Au XIe
siècle, Versailles était une
seigneurie, appartenant à un certain « Hugues de Versailles », premier seigneur connu de ce lieu. Très vite
la famille disparut ; le nom resta.
Ce
village était, avant Paris, le dernier arrêt des troupeaux venus de Normandie
pour approvisionner la capitale en viande. Son sort bascula au XVIIe siècle.
La rue Saint-Julien (à gauche quand vous regardez le château) se
trouve sur l’emplacement de l’ancienne Eglise du même nom. Lorsque Louis XIV
décida d’agrandir le pavillon de chasse de son père, l’église se trouvait à
l’emplacement actuel du « Grand Commun », œuvre de Jules
Hardouin-Mansart, inauguré en 1684. Ce
bâtiment abritait les divers services d'intendance du château. On détruisit
donc l’église gênante pour la
reconstruire ailleurs dans Versailles, où on la laissa se délabrer jusqu’à
disparition complète vers la fin du XVIIIe siècle.
Louis
XIV ne fit pas que détruire une église, il détruisit la totalité de l’ancien
village. Aucune maison antérieure au
XVIIe siècle ne subsiste donc aujourd’hui. Il reconstruisit une ville
complète. De part et d’autre de l’avenue de Paris furent érigés les quartiers Notre-Dame et Saint-Louis,
avec habitations, églises, commerces, hôtels particuliers, etc…
Le Quartier Saint-Louis est celui que nous visitons aujourd’hui. Il est
bâti sur le tracé de l’ancien village. Il contraste avec le quartier Notre-Dame
dont les avenues sont plus droites, plus larges, plus aérées, se croisant le plus
souvent à angle droit.
Nous
sommes donc dans la rue Saint-Julien face au « Grand commun », qui
devint à la révolution une manufacture d’armes de prestige. Marque Boutet pour
les connaisseurs, armes qui valent très cher aujourd’hui. Devenu ensuite
hôpital ce bâtiment est aujourd’hui en cours de restauration.
De
l’autre côté, un grand portail qui était
surmonté des armes royales, lesquelles furent supprimées à la Révolution.
C’était le Couvent des Récollets, de l’ordre des Franciscains. Les religieux
Récollets sont, sous l'Ancien Régime, des aumôniers militaires et les locaux
sont aujourd’hui occupés par l'armée.
Nous
passons devant l’hôtel des postes de Louis XV et notre guide nous fait observer
la différence de style avec l’architecture du Grand Commun qui date de Louis XIV. Enfin nous arrivons au
clou de notre journée : l’hôtel de la guerre et le ministère de la marine
de Louis XV, aujourd’hui bibliothèque municipale.
Hôtels de la
Guerre, des Affaires étrangères et de la Marine de Louis XV.
L’hôtel
de la guerre est situé à l’emplacement de l’ancien château seigneurial, puis du
potager de Louis XIII. Dès 1759 à l'initiative de Choiseul, Jean-Baptiste Berthier, architecte, fut chargé de la construction de l’Hôtel de la Guerre,
puis de celui de la Marine et des
Affaires Étrangères adjacent au précédent. L’idée du ministre Choiseul était de réorganiser
et regrouper en un seul lieu tous les bureaux et services dispersés et y rassembler
toutes les archives.
Berthier
construisit un immeuble moderne doté d’un ingénieux système d’alvéoles
anti-incendie et aussi peu de bois que possible.
Il
s’agit du premier vrai ministère en France - je parle du bâtiment. Il
comporte 6 niveaux dont l’étage de prestige, celui que nous visitons.
Berthier
fut par la suite nommé « gouverneur des
Façade de l’actuelle
bibliothèque, ancien ministère de la
marinede Louis XV
Nous pénétrons dans la galerie d’apparat qui
abritait les archives du ministère et a gardé son somptueux décor d’origine.
Conçue pour donner une image brillante de la diplomatie française, elle est à
couper le souffle : une enfilade de sept salles aux boiseries dorées,
peintures, rayonnages et objets divers en exposition.
Salle
des puissances d’Italie, d’Allemagne, salle de France, salle des traités, salle
des limites, salle des puissances du Nord et enfin du Midi. Au-dessus de chaque
porte la peinture
Enfilade des salles de la bibliothèque
Ces
salles contiennent des collections issues des
confiscations révolutionnaires qui, à Versailles sont essentiellement les bibliothèques royales, nombreux ouvrages reliés aux armes des rois de Louis XIV à Louis XVI, une partie de la bibliothèque de Marie-Antoinette à Trianon, celles de Mme du Barry, du comte et de la comtesse de Provence, plus les dons et legs venus enrichir ces bibliothèque. Sans oublier les incunables et les partitions de musique.
700 000 documents en tout !
Peinture de dessus de porte
C’est
là dans la Salle de France que furent négociés en 1782 les traités qui
mirent fin à la guerre d’Indépendance américaine, dans laquelle la
France était intervenue de façon décisive.
Après
un coup d’œil à la très jolie cour, nous quittons la bibliothèque pour une
promenade dans le vieux Versailles et commençons par la Rue du Vieux Versailles, principale artère du village avec ses
commerces et ses auberges (nécessaires pour loger les nombreux visiteurs).
Quelques anciennes façades subsistent, notamment celles en brique et pierre qui
étaient obligatoires à l’époque de Louis XIV pour raison d’homogénéité avec le
château.
Un
commentaire intéressant à ce sujet : comme il n’y avait pas de fabrique
locale de brique et que les apporter de loin coûtait fort cher, on se mit à
décorer les façades de fausses briques peintes.
En regardant de près, on fait très bien la différence entre les vraies
et les peintes.
Aujourd’hui,
si à l’occasion d’un ravalement un trouve du rouge sous un revêtement de façade,
on est obligé de restaurer dans le style de l’époque. D’où une augmentation
constante des façades brique/pierre dans la ville.
Nous
passons devant un immeuble d’angle daté
1747,
de
pur style Louis XV. Deux particularités :
-
l’une (que vous ne
distinguez pas sur la photo) toutes les fenêtres à droite et à gauche de
l’arrondi de l’angle sont en trompe l'oeil ; histoire de respecter
l’alignement sans mettre en danger la solidité de l’édifice.
-
Les fenêtres comportent
des persiennes (extérieurs) et non des volets (intérieurs). Elles sont parmi
les toutes premières persiennes .
Immeuble daté 1747
de pur style Louis XV "
Et nous arrivons à la Place Saint-Louis, la place
de la Cathédrale.
Cette cathédrale construite
après le retour du jeune Louis XV à Versailles fut inaugurée en 1727 en tant
qu’église paroissiale . L’architecte en est Jacques Hardouin-Mansart de
Sagonne, petit-fils de Jules Hardouin-Mansart et dernier représentant de la
fameuse dynastie d’architectes. Ce n’est
qu’en 1797, après la révolution que l’église deviendra cathédrale.
L’extérieur est d’un
baroque /rocaille sage - façade, ornée
de colonnes
doriques et corinthiennes + plus deux campaniles. L’intérieur
est sobre et spacieux (nef à 5 travées). Les lustres en cristal sont d’origine
, offerts par Marie Leczinska (l’épouse de Louis XV). A
remarquer : le Grand Orgue Historique de
style rocaille commandé en 1759 sur l'ordre de Louis XV à Louis-Alexandre Clicquot
et restauré en 1863 par Aristide Cavaillé-Coll. Il comporte 3131 tuyaux répartis en Célèbre
Orgue Cliquot de la Cathédrale 46 jeux
sur 3 claviers + pédalier.
Les vitraux : à l’époque ils
étaient blancs car on recherchait la clarté. Les vitraux colorés que nous
voyons aujourd’hui datent du XIXe siècle. Parmi eux, deux sont une rareté car
ils proviennent de la manufacture de Sèvres qui en a réalisés très peu et sur
une courte période seulement.
Dernière visite de notre après-midi
versaillaise : la Salle du Jeu de Paume
Tout
le monde le sait, le Jeu de paume –
dont il existait plusieurs variantes avec ou sans filet - est l’ancêtre de
notre tennis, je ne reviendrai donc pas sur son histoire.
Louis
XIV aimait ce jeu et la salle que nous visitons fut construite peu après son
installation à Versailles. Sa célébrité est due au Serment du Jeu de Paume, qui n’eut pas lieu comme on le croit trop
fréquemment à Paris mais à Versailles.
Rappelons les souvenirs scolaires : il s’agit,
lors des Etats généraux de 1789, d’un engagement
d’union pris le 20 juin
1789 par les 578 députés
du Tiers état.
Face aux pressions du gouvernement, ils firent serment de ne pas se séparer
avant qu’une l’élaboration Constitution n’ait été élaborée. Ils pensaient alors à la mise en place d’une
monarchie constitutionnelle à l’exemple de l’Angleterre car à ce moment là, une
France sans roi était encore impensable.
Le Serment du Jeu de Paume (de David)
Ce
serment n’eut pas de réelle portée bien qu’ayant été le prélude à l’ « Assemblée
nationale constituante » mais conserve jusqu’à nos jours un impact
symbolique très fort. Fin du cours d’histoire.
Ce n'est qu'à partir de 1880 qu'on entreprend la
restauration complète du Jeu de Paume afin de le convertir en musée.
Aujourd’hui,
l’ancien plafond à caissons à disparu. Une statue de Bailly lisant le Serment
est placée devant une plaque en rappelant les termes. Les noms des signataires
sont inscrits sur une frise faisant le tour de la salle, et les bustes des personnages
les plus importants de la première Assemblée nationale, placés autour de la
statue de Bailly.
La Salle du Jeu de Paume
Sur
le mur du fond est accroché un imposant tableau, réalisé d'après celui de David.
Dans la galerie, quelques caricatures de l’époque sur la réunion des Etats
Généraux.
Et pour finir, quelques expressions courantes de
notre langue française qui nous viennent tout droit du jeu de Paume :
- Epater la galerie : les spectateurs occupaient la galerie autour de la
salle
- Qui va à la chasse perd sa place :
Un point particulier de ce jeu s’appelle la « chasse ». A un certain moment, les joueurs changeaient
de côté de terrain et le serveur perdait sa place favorable .
- Tomber à pic : le pied du mur du fond
s’appelle la « chasse pic ». Y
faire tomber la balle permet de marquer un point et assure au joueur qui l’a
réussi un avantage indéniable.
- Les enfants de la balle :
expression propre au monde du théâtre venant du fait qu’avant la construction
de théâtres les troupes jouaient fréquemment dans les salles de jeu de paume.
-
De nos jours il existe encore trois terrains de jeu
de paume en France : à Fontainebleau, à Bordeaux et à Paris, rue
Lauriston.
Et non, nous n’oublions
pas la traditionnelle « photo de famille ». 