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         décembre 2002   61   

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                                                      Compte-rendu de la visite de

Ecusson de la ville de Poissy

                                   POISSY

                        " A travers le temps "

 

 

La statue de Jean-Baptiste, la dégustation du"noyau de Poissy ", la poupée Bleuette et les ours en peluche, la villa "Les Heures Claires , voici quelques-unes des surprises qui nous attendaient et qu'avait soigneusement sélectionnées notre collègue René TESTA, pisciacais depuis sa naissance et vivant gardien de l'histoire de sa ville.

 

 

Historique

 

Située sur la rive gauche de la Seine entre la forêt de Saint-Germain et les coteaux de Chambourcy et Orgeval, Poissy s'étire sur 7 km à l'intérieur d'un méandre de la Seine.

Un village gaulois, puis gallo-romain s'est développé entre la Seine et l'emplacement de la Collégiale après qu'un habitat lacustre ait peut être existé du côté de Carriéres sous Poissy. A l'époque mérovingienne, ce village est devenu assez important pour entraîner la création d'un cimetière, dont quelques sarcophages ont été sauvés.

Du 9ème au 11ème siècle deux châteaux sont construits, résidences fréquentées des premiers Capétiens, ainsi qu'une église agrandie par Robert le Pieux au 11ème siècle .

En 1214 Louis IX (futur Saint Louis) y voit le jour et y est baptisé dans la Collégiale.Au XIVième siècle. Philippe le Bel fonde le Prieuré Royal dit «Abbaye de Poissy» et la donne aux dominicaines lesquelles succédèrent aux dames augustines qui y résidaient depuis le XIième siècle. De ce prieuré, riche monastère, pourvu d'une vaste église gothique, ne subsistent aujourd'hui que quelques murs d'enceinte, une grange très amoindrie et la Porterie. C'est dans le réfectoire des dames augustines que du 9 septembre au 13 octobre 1561 se tint le " Colloque de Poissy " où sur l'initiative de Michel de L'hospital, Catholiques et Protestants confrontèrent leurs doctrines. Après17 jours de vaines discussions le fossé qui séparait les adversaires s'élargit.

A la fin du 16ème puis au 17ème siècle, Poissy n'est plus résidence royale, François 1er et Henri IV notamment préfèrent Saint-Germain.

Economiquement, Poissy depuis le 13ème Siècle est un important marché aux bestiaux (qui alimentait Paris). Ce privilège leur fut confirmé par Louis XIV et Louis XV.Les bouchers parisiens viennent y acheter leurs viandes sur pieds. Au 19ème siècle, il s'agissait de la principale activité économique de la cité pisciacaise encouragée par l'organisation, sous le Second Empire des premiers concours de bestiaux. L'ouverture en 1869 du marché de la Villette à Paris sonna le glas de ces vastes échanges.

Il faudra attendre l'implantation d'une industrie automobile locale : Grégoire au début du 20ème siècle puis des usines Ford en 1938 puis Simca, Chryster et enfin Peugeot devenu le groupe PSA Peugeot-Citroën (dont les installations s'étendent sur 180 hectares) pour que Poissy recouvre sa pleine activité industrielle et commerciale.

En 1972, une importante rénovation urbaine a entraîné la démolition de tout le noyau médiéval du quartier de l'église, réduisant à 2 monuments le patrimoine historique du centre ville : la Collégiale et la Porterie fortifiée de l'Abbaye de Poissy (démolie et vendue comme bien national lors de la Révolution de 1789).

 

Le Musée du jouet

 

       Ce musée consacré aux jeux et jouets des enfants de 1850 à 1950, est installé dans cette imposante Porterie flanquée de 2 tours. Il a été ouvert en

1975 et constitue un conservatoire de jouets anciens et de la pratique des jeux.

Jusqu'en 1900 (environ) le jouet souvent précieux : porcelaines de Limoges ou faïenceries de renom, était réservé aux couches aisées de la population.

Les chevaux, dînettes, bateaux et voitures dénotaient un certains standing de la famille, les enfants du peuple se contentant d'objets "bricolés" localement.

Tandis que les fabricants français créaient des jouets seulement à quelques exemplaires les allemands jusqu'en 1914 fabriquaient déjà les jouets à la chaîne (modèles réduits de locomotives et wagons). Pour les filles on s'est cantonné à la poupée favorisant ainsi ses penchants maternels et sa formation de femme au foyer : dînette, étals d'épicerie, poissonnerie. Les garçons devaient s'épanouir par le sport : cheval à bascule, cheval que meut un mécanisme actionné par les bras. Bien sûr, la collection d'ours en peluche (créés en 1902),

usés par les caresses et étreintes, raccommodés nous a émus...Pour rester plus près de la nature, une vache à roulettes, ingénieusement pourvue d'un réservoir, qui rempli d'eau ou de lait permettait la traite, remuait la queue et la tête ! Une collection de hochets (en argent et ivoire pour certains) nous montre qu'on pensait aussi aux bébés. En 1895 M. Jumeau a fait appel à un sculpteur pour le façonnage de la poupée qui a porté son nom. De 1905 à 1965 la poupée Bleuette, création de la semaine de Suzette, a séduit les petites filles. Les américains, qui ne laissent rien au hasard, s'en sont inspirés pour créer "Barbie". Elles mesurent toutes les deux 29 cm de hauteur.

Les collections de cubes, les animaux de la ferme ont souvent été inspirés par les dessins de Caran d'Ache, Job, etc...De longues vitrines présentent des jouets militaires : panoplies de soldats de plomb ou en bois découpé, tanks en acier de même matériaux que les objets militaires réels. D'ailleurs la manufacture d'armes de Saint-Chamond a fabriqué en 1916 des tanks dans les chutes des matériaux des armes réelles. Le grenier présente un réseau de trains électriques, des maisons de poupées et surtout une magnifique charpente. De la fenêtre on peut voir une partie des terrains occupés jadis par l'abbaye. Déclarée Bien National, elle a été vendue à la Révolution et ce sont les descendants des premiers acheteurs qui occupent encore de nos jours les différentes parcelles maintenant construites et pour certaines cultivées. C'est ainsi qu'une des propriétaires (protestante) a retrouvé dans son jardin en le travaillant, un côté de caveau sculpté de style gothique qui sert maintenant de base à l'autel de la Collégiale.

Une magnifique moquette verte, tissée en Suède, présente un jeu de piste très utile pour faire jouer les scolaires... et les autres qui se pressent pour admirer les jouets anciens.

 

La distillerie du " noyau de Poissy"

Il semblerait que dès le 18ème siècle, une liqueur à base de noyaux de fruits est fabriquée à Poissy.

Jusqu'en 1975 la société distillait, conditionnait et vendait cette liqueur au 105 rue du Général de Gaulle. Créant trop de nuisance la société est partie aux Alluets le Roi mais pour conserver sa marque elle ne procède plus qu'à la distillation dans la cité pisciacaise.

Il existe 2 variétés de liqueurs ayant pour base le noyau d'abricot que l'on cultivait autrefois dans la vallée de la Seine mais que l'on importe de nos jours de Turquie. Il s'agit d'un fruit de 1 cm de diamètre comportant un gros noyau et peu de pulpe.

Liqueur brune : macération pendant 2 jours de 25 kg d'amandes d'abricots dans 150 l de Cognac moyen auquel on ajoute un caramel et 5 plantes aromatiques (dont l'orange) et que l'on fait vieillir en fût de chêne. Il titre 30°. C'est la duchesse de Berry qui permit la mention « au gobelet d'argent » distinguant cette liqueur qu'elle préférait entre toutes.

Liqueur transparente : distillation des mêmes ingrédients et vieillie en fût de frêne. Il titre 40°

Bien sûr nous avons dégusté, nous avons aimé, nous avons acheté !...

Après ces moments difficiles de la dégustation et des achats, nous nous sommes rendus au restaurant " le Saint-Laurent " pour nous remettre de nos émotions du matin. A 14h20 un bus de la CSO nous a transporté à notre prochaine visite. Nous reviendrons de même au centre ville à 16h20.

 

La villa Savoye

Baptisée "Les Heures Claires", il s'agit d'une villa de week-end construite de 1928 à1931 par l'atelier de Le Corbusier pour un couple de parisiens , dont le mari Pierre Savoye est administrateur d'une compagnie d'assurances.

A l'extérieur nous sommes en présence "d'une boite sur pilotis" construite sur "un grand pâturage et verger " (de 7 hectares à l'origine, réduite à1 hectare du fait de l'urbanisation) "entourés d'une ceinture de hautes futaies".

Les Savoye occupent leur villa jusqu'en 1940. Pendant la guerre elle est occupée par les allemands puis par les alliés et est gravement endommagée

 .La ville de Poissy, propriétaire de la villa à partir de 1958, la transforme d'abord en maison de jeunes puis envisage de la détruire pour construire un lycée. Elle fut sauvée en 1965 par André Malraux qui la fera classée aux Monuments Historiques.

C'est le " mouvement moderne " formulé par Le Corbusier en 1927 qui a présidé à la conception de l'architecture moderne dont la villa Savoye est une illustration basée sur la réalisation en ciment armé à savoir :

A ) Les pilotis : avec eux la maison est en l'air, loin du sol ; le jardin passe sous la maison mais il est aussi sur le toit.

B ) Les toits jardins : le béton se dilatant fortement apporte la fissuration de l'ouvrage aux changements de température. Les eaux de pluie maintiennent une humidité constante sur la toiture et une température régulière sur le béton armé. Afin de parfaire le phénomène Le Corbusier imagine une protection originale : sable recouvert de dalles épaisses de ciment à joints écartés, entre lesquelles est semé du gazon.

C ) Le plan libre : Ici pas de murs portants, les planchers en béton armé apportent le plan libre.

D ) La fenêtre en longueur : la fenêtre ceinture la maison et peut courir d'un bord à l'autre de la façade.

E ) La façade libre : les poteaux sont construits en retraits des façades à l'intérieur de la maison, le plancher se poursuit en porte-à-faux . Les façades sont allégées et percées de fenêtres voire remplacées par des baies coulissantes.

La visite : écoutons Le Corbusier :

-Sous la boite, passant à travers les pilotis arrive un chemin de voitures dont la boucle enferme l'entrée de la maison, le vestibule, le garage, les appartements du chauffeur. Les autos roulent sous la maison , etc...-

Entrons dans la boite :

Du vestibule une rampe douce conduit au 1er étage. Au bout de celle-ci et à gauche on accède au jardin suspendu borné notamment par la grande baie coulissante du salon permettant au soleil, lorsqu'il y en a, d'inonder la maison. Sur la partie extérieure, des baies en bandeau donnent sur le jardin, la façade ouest est vitrée pour profiter de l'extérieur en toute saison. Du jardin suspendu, la rampe devenue extérieure conduit sur le toit au solarium protégé par un mur aux formes courbes. Une ouverture rectangulaire permet la vue sur la vallée de la Seine. Le solarium est relié par 3 volées d'un escalier à vis jusqu'à la cave creusée en sous-sol. " Cette vis, organe vertical pur, s'insère librement dans la composition horizontale ".

Au 1er étage se situe la vie de la famille

a) les pièces de réception : vaste rectangle de 6x14 m . Le séjour /salon est équipé simplement entre 2 pilotis d'une cheminée.

b) la cuisine : précédée d'un office bordé de placards à portes coulissantes en aluminium elle

est équipée de plans de travail carrelés, de plans à découper en bois et d'éviers.

c) les chambres : la chambre d'amis et son cabinet de toilette, bordée de placards intégrés.

La chambre du fils Roger Savoye est séparée en 2 espaces par un placard /penderie face à la porte (près de l'emplacement du lit) et de l'autre côté face au bandeau fenêtre (près d'un bureau intégré) ; bien sûr les placards intégrés sont présents aussi sous les fenêtres. Tout est blanc avec des portes écrans peintes en noir.

Enfin à l'opposé des pièces de réception se situe la chambre parentale de M et Mme Savoye. On longe un dégagement peint à gauche en bleu dur et à droite en blanc. Par un jeu de lumière l'éclairage projette un bleu azur sur le mur blanc. On accède à la suite par la salle de bains : la baignoire creusée au sol est émaillée de faïence bleue, elle est prolongée coté chambre par une méridienne carrelée de bleue et obturée par un simple rideau blanc. Comme dans les autres pièces, sous les fenêtres on remarque les placards aux portes coulissantes. L'emplacement du lit est suggéré par 2 pilotis. En face une porte permet d'accéder au boudoir/bureau. Depuis cette pièce, par une fenêtre carrée, comme le mur dans lequel elle s'inscrit, on voit le jardin suspendu, le séjour et au loin les frondaisons.

 

La Collégiale Notre-Dame

L'un des plus riches monuments du passé historique de Poissy, cette Collégiale en partie romane (11ème et 12ème siècle) et renaissance (15ème siècle) fut restaurée au 19ème siècle par Viollet le Duc. La nuit venant, nous allons devoir deviner certaines prouesses architecturales.

Elle présente 2 clochers :

  1. La tour de façade, romane formait anciennement un clocher-porche. La construction à la base carrée passe progressivement à l'octogonale au dernier étage et se termine par une flèche de pierre.
  2. Le clocher central roman lui aussi forme un octogone de 2 étages et se termine par une flèche de charpente.

La nef voûtée d'ogives présente dans sa première portée des imperfections : les ogives

n'arrivent pas à s'appuyer sur les chapiteaux...(erreur de construction)

Le chour est ceinturé de 4 colonnes que l'on ne découvre qu'en y arrivant. Sur celle de gauche d'étranges créatures , dont peut être un crapaud, emblème de Clovis avant sa conversion témoigneraient des restes d'un ancien sanctuaire. Ce chour, qui n'est pas dans l'axe de la nef, est orienté dans la direction du soleil levant le 15 août, jour de la dédicace de l'église à Notre-Dame de l'assomption.

Puis nous allons découvrir une statuaire tout à fait exceptionnelle après avoir devinés les fonds baptismaux de Saint-Louis protégés par une grille.

Tout d'abord une sublime statue d'Isabelle fille de Saint-Louis sculptée avec un voile court aux plis harmonieux et une somptueuse robe tombant en plis cassés, ornée de fins boutons que l'on devine précieux. Le visage régulier éclairé d'un fin sourire esquissé exprime la sérénité, la plénitude.

Ensuite, nous verrons la Vierge à l'enfant attribuée à la Duchesse d'Uzès datant de 1890. En passant nous nous arrêtons dans une chapelle tapissée de boiseries finement sculptées d'épis de blé, de grappes de raisin, de liserons, de têtes d'angelots, etc...

Enfin, nous admirerons l'ensemble regroupé dans la chapelle des fonds baptismaux :

les statues de Saint-Jean-Baptiste et Sainte-Barbe présentant encore des plages de polychromies et qui datent du XVième siècle

Pour finir, nous découvrons une mise au tombeau du 16ème siècle comportant Marie protégée et soutenue par Jean, une Marie-Madeleine sans voile sur la tête et portant des boites à parfum, deux Saintes Femmes et Nicomède au pied du Christ allongé avec à sa tête Joseph d'Arimathie qui lui donna son tombeau.

 

                                  

   

Notre conférencière Mme Dieudonné nous a précisé que les grandes orgues rénovées seraient officiellement «accueillies» en l'église Notre-Dame le jeudi de l'Ascension (29/5/2003) et qu'à cette occasion trois jours de concerts sont prévus , tout cela gratuitement.

 

Une grande journée nous a permis de nous retrouver à 27 personnes autour de René Testa que nous remercions cordialement.

 

 

 

                                             Jeanne Rogueda

 

 PS: pour étoffer ce compte-rendu notre ami René Testa nous a fait parvenir un texte que nous reproduisons in-extenso sur l'importance du marché aux bestiaux de Poissy jusqu'au 19ème siècle. Au passage , remarquons ensemble la beauté de la calligraphie enseignée par les maîtres de la 1ère partie du 19ème siècle.