Avis au lecteur : Ce compte-rendu est désespérément long. J’en suis consciente mais je ne suis pas parvenue à faire plus court. A vous de faire votre choix quant aux parties que vous laisserez de côté !
Quelques minutes avant le rendez-vous fixé à 10 H du matin en ce jeudi 23 Février, 29 membres de notre Association préférée grelottaient devant l’entrée Groupes du Musée d’Orsay, heureux, malgré le froid, de se retrouver pour la journée et échangeant les dernières nouvelles (avec une pensée plus particulière pour « certains » qui n’avaient malheureusement pas la chance d’être aussi en forme que nous et « certaine » qui avait justement choisi ce jour-là pour déménager).
Au programme : visite du Musée d’Orsay le matin sur le thème « l’évolution de l’art au XIXe siècle » puis, après un déjeuner au restaurant du musée visite de la Sorbonne l’après-midi.
Le Musée d’Orsay
Nous faisons la connaissance de notre jeune et sympathique accompagnatrice Virginie (ou serait-ce Valérie ? - je ne sais plus - représentante de l’Agence Action et Loisirs qui a organisé pour nous cette journée) puis de notre conférencière, une jolie et agréable jeune femme à la peau dorée, qui se révèlera également très cultivée.
Nous commençons par un arrêt devant la maquette du musée, l’ancienne gare d’Orsay. Œuvre de l’architecte Victor Laloux dans ce style propre au XIXe siècle qui se plaisait à utiliser le métal en abondance (la gare d’Orsay comprenait 12.000 tonnes de métal soit plus que la Tour Eiffel) ce bâtiment fut conçu comme un palais pour l’exposition universelle de 1900. Les sculptures en façade représentent les villes de France.
De 1900 à 1939, la gare d'Orsay joua le rôle de tête de la ligne sud-ouest de la France. Mais à partir de 1939, la gare ne devait plus desservir que la banlieue, ses quais étant devenus trop courts à cause de l'électrification progressive du chemin de fer et de l'allongement des trains.
La décision officielle de construction du musée d'Orsay fut
prise en conseil interministériel en octobre 1977, à
l'initiative du Président Valéry Giscard d'Estaing.
L’extérieur demeura intact, seul l’intérieur fut remanié et,
le 1er décembre 1986, le Président de la République, François
Mitterrand, inaugura le nouveau musée dédié à tous les arts du
XIXe siècle, plus particulièrement dans la seconde moitié.
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Nous pénétrons maintenant dans le grand hall du
rez-de-chaussée (la « nef »)
qui est consacré à
un panorama de la sculpture du XIXe siècle.
Nous nous arrêtons à l’entrée devant un Napoléon de Rude (1846), un Napoléon déchu mais immortel, à demi allongé sur son rocher léché par les vagues. Au-dessus, de l’empereur un aigle aux ailes brisées.
Nous commençons par quelques œuvres représentatives de l’Académisme en vogue au milieu du XIXe siècle.
La femme piquée par un serpent, sculpture romantique de 1847 témoigne du goût pour le Beau Idéal prôné depuis le début du siècle par le néo-classicisme. Mais qui se rappelle encore du sculpteur Clésinger , pourtant gendre de George Sand ?
Nous regardons encore la Sapho de Pradier (1852). Cette poétesse de l’antiquité grecque qui s’était suicidée par amour plaisait fort aux romantiques. Belles formes un peu sophistiquées pour notre goût moderne. On remarque la lyre de métal, très XIXe siècle.
Un petit coucou, de loin, à Rodin son « Balzac » et sa « porte de l’enfer ».
Les peintres académiques, les célébrités de l’époque, sont des inconnus aujourd’hui. Notre guide nous en parle mais nous n’avons pas le temps de les voir, pourtant ils valent leur pesant de cacahuètes (si j’ose dire) et il est édifiant d’y jeter un coup d’œil pour comprendre le choc que représenta l’impressionnisme. Allez, je ne résiste pas, je vous en colle un, presque au hasard :
Cabanel : « la Naissance de
Vénus »
Dessin classique impeccable, (Ah, ça oui, ils avaient du métier !) ronde des petits amours dodus, corps bien blanc, bien sucré, bien léché, tenant allongé sur l’onde on ne sait comment , position lascive, pas un poil de réalisme, pas de poils du tout d’ailleurs ; ça c’était de la peinture !
Mais en ce milieu de XIXe siècle, avant l’impressionnisme, existait un courant réaliste essentiellement représenté par quelques artistes de génie tels Daumier, Courbet, Millet … Notre guide les compare à Balzac en littérature.
Daumier, le cinglant Daumier, le caricaturiste drôle et impitoyable n’hésitant pas à blâmer les injustices du régime ce qui lui valut parfois d’ailleurs quelques mois de prison.
Mais si Daumier faisait des caricatures pour assurer l’alimentaire, il nous a également laissé quelques toiles magnifiques dont :
« Les blanchisseuses »
Qui avant lui avait peint la dure vie de ces femmes ? Certainement pas monsieur Cabanel avec sa Naissance de Vénus ! Comparez !
Et puis nous passons à Courbet, artiste multifacettes qui affirmait « je peux tout peindre sauf des anges » ce qui était sa façon d’affirmer qu’il ne peignait que ce qu’il voyait.
Courbet était un Monsieur que notre guide qualifie de « turbulent » ; il était connu pour aimer se mettre en avant et a été beaucoup plaisanté à ce sujet.
Citons deux de ses tableaux les plus célèbres, très grands formats, qui ont fait couler beaucoup d’encre et pour lesquels nous recevons des explications détaillées.
1. L’enterrement à Ornans
Le grand format était réservé à la peinture d’histoire (voir explication ci-après). Or, que voyons-nous ? Un enterrement de campagne, 46 personnes anonymes assistant à l'inhumation d’un mort également anonyme. Ce ne sont pas des portraits mais une peinture de la société ; toutes les couches y sont représentées, les notables comme les paysans. Aucune concession, aucune idéalisation. Et au premier plan, un trou béant : quelle hérésie !
2. L’Atelier
Tableau assez mystérieux dans lequel Courbet (il est au centre) fait sa propre publicité : il peut tout peindre. En effet il ne regarde pas le modèle nu qui pose pour lui car il est occupé à peindre un paysage. Autour de lui beaucoup de monde : à droite l’élite intellectuelle qui comprend la peinture (plusieurs sont reconnaissables en particulier Baudelaire en train de lire) alors que se trouvent à gauche les ignorants. A droite ils sont riches beaux et fiers et lèvent la tête avec intérêt devant l’œuvre du peintre, ; à gauche ils sont pauvres, accablés et gardent la tête baissée. C’est toute la société de l’époque et aussi la façon dont elle considère l’art.
Le petit garçon à l’avant est-il un espoir pour l’avenir ?
Il faut savoir que la peinture jusque là était classée en « genres ».
Le « grand genre » était la peinture d’Histoire (dont la mythologie faisait partie).
Venaient ensuite le Portrait, genre noble également puis les genres mineurs c’est-à-dire « la scène de genre » et « la nature morte ».
Et le paysage, me direz-vous ? Où est le paysage ?
Eh bien quoi le paysage ? Ce n’est pas un genre ça ! ça n’existe pas, ce n’est rien d’autre qu’un décor !!!
Eh bien oui, c’était ainsi, la peinture de paysage n’existait pas en tant que telle et il ne venait à l’idée de personne de peindre un paysage pour un paysage.
D’où l’importance de l’Ecole de Barbizon : les premiers peintres de paysage.
Les plus célèbres sont Rousseau (attention, pas le douanier du même nom) et surtout Millet. Nous en verrons quelques autres, trop long à relater ici.
Avec leurs amis, ils se promènent dans la forêt de Fontainebleau toute proche et travaillent d’après le modèle. Détail important : ceci devenait techniquement possible grâce à l’apparition de la peinture en tube ; c’était impossible auparavant car l’artiste devait lui-même préparer ses couleurs en atelier.
Ils peignent la nature, la campagne, la forêt, la lumière, l’atmosphère, les contrastes des heures, des jours et des saisons et aussi le travail des champs alliant paysage et réalisme. Les couleurs utilisées n’étaient pas de très bonne qualité et de nombreux tableaux ont foncé avec le temps.
Nous nous attardons devant le célèbre « Angélus » de Millet et devant « les Glaneuses ».
« Les Glaneuses »
Ce ne sont pas des portraits que l’artiste a voulu représenter, mais la vie de la campagne et la rigueur du monde rural. L’angélus est un thème religieux, ici débarrassé de son iconographie traditionnelle ce qui a choqué. Les Glaneuses ont été reçues par la critique comme une œuvre politique.
Courbet également a peint des paysages ; nous jetons un coup d’œil à « La vague » et à « Etretat ». Grand ciel, coups de lumière, peinture encore assez dense, mais l’impressionnisme n’est pas loin.
Et nous arrivons à Manet, désigné, un peu contre son gré, chef de file de l’Impressionnisme. Pourquoi ? Il n’a pourtant peint que très peu de paysages. La réponse est : à cause de la nouveauté de son regard.
« Olympia » et le « Déjeuner sur l’herbe » sont considérés comme les premières œuvres de la peinture moderne . Notre conférencière nous donne des éléments pour le comprendre :
« Olympia » fut un terrible scandale.
Dans l’art classique, la seule excuse pour représenter une femme nue était qu’il s’agisse d’un personnage mythologique ou une allégorie. JAMAIS une femme réelle.
Or, que voyons-nous ci-dessous ? Une vraie femme, nue provocante et qui en plus OSE nous regarder ! Quelle audace ! Pire encore, ses mules, la fleur dans les cheveux, selon le code de l’époque dénoncent une prostituée. Le bouquet de fleurs ? certainement le cadeau d’un soupirant. C’est donc aux yeux des contemporains un éloge de la luxure. Indignation générale !
J’ai pris la liberté d’aller rechercher des textes de critiques de l’époque. Ils sont tellement outranciers qu’on a peine à le croire :
« Qu’est-ce donc que cette odalisque au ventre jaune, ignoble modèle ramassé je ne sais où… »
« La foule se presse comme à la Morgue devant l’Olympia faisandée de M. Manet. »
« On ne peut que rire en regardant cette toile ».
Et nous, qu’admirons-nous dans ce tableau ? D’abord un jeu de couleurs et de contrastes, le travail des blancs, le naturel, l’audace du langage, les formes simplifiées, le volume et en un mot la vie !
« Le Déjeuner sur l’herbe » maintenant :
Un sujet très novateur car on y trouve à la fois portraits, paysage, scène de genre, nature morte (au premier plan). Qualités de composition, de couleurs et de lumière. Contraste des personnages entre eux et des différents éléments de la composition.
Et l’opinion de l’époque ? Un non respect scandaleux de la hiérarchie des genres. En outre, une femme nue pique-niquant avec des messieurs habillés, quelle honte ! Le tableau fut refusé au Salon et figura au Salon des Refusés (1863).
Le Salon des Refusés ? C’est quoi ça ? Explication de notre guide :
A l’époque il n’y avait qu’un seul Salon Officiel. Les galeries et expositions en tous genres telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existaient pas. Pour un artiste, le seul moyen de montrer ses œuvres au public était d’être accepté au Salon. Le jury était composé en grande partie de ces peintres académiques dont nous avons parlé plus haut. Pour eux la peinture d’un Manet était inacceptable. Par chance, d’autres (comme Ingres ou Delacroix par exemple) parvenaient parfois à faire accepter quelques œuvres plus novatrices. C’est ainsi qu’Olympia fut acceptée mais Le Déjeuner sur l’herbe fut rejeté.
Devant la colère des artistes plusieurs fois rejetés, Napoléon III décida d'organiser une exposition de leurs œuvres. Celle-ci, tout naturellement fut nommée "le Salon des Refusés. Y figuraient, outre Manet, Cézanne, Pissarro, Fantin-Latour, Whistler et quelques autres.
En 1863 le salon des refusés ; 11 ans plus tard, lassés de n'avoir toujours pas réussi à exposer leurs œuvres, quelques jeunes artistes décident de former un Groupe. De là naîtra la première exposition impressionniste ; organisée par les peintres eux-mêmes dans un atelier prêté gratuitement par le photographe Nadar à ses amis. On pouvait y voir exposées 165 toiles dont plusieurs Cézanne, Monet, Degas, Renoir, Sisley, Berthe Morisot (belle-sœur de Manet) et quelques autres. 165 toiles que les gens venaient voir pour rire et se moquer !
Parmi les tableaux exposés : « Impression soleil levant » de Monet (aujourd’hui au Musée Marmottan) »
« Impression !!! J’en étais sûr ! Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impressionnisme là-dedans ! » écrivit un critique.
Et c’est ainsi que, par dérision, par le quolibet d’un détracteur qui voulait faire de l’esprit, naquit le nom d’impressionnisme, pas très bien accepté d’ailleurs par les intéressés eux-mêmes.
Notre conférencière nous parle de la violence du rejet de cette peinture tant par le public que par les critiques. Une fois encore afin de bien comprendre à quel point ces artistes furent haïs et vilipendés, permettez-moi de vous livrer quelques-uns des termes employés par des critiques pleins de rage pour qualifier ces peintres d’un genre nouveau. Ils furent , traités d’aliénés et de singes, on parla de flétrissure morale, on les traita de pourriseurs, d’ anarchistes, de complices de l’extrémisme , de traîtres, de canaille, de lie du peuple … et il fut même écrit « Ils font de la peinture sous eux ».
Il y eut 7 expositions impressionnistes de 1974 à 1988, années au cours desquelles chacun évolua peu à peu dans sa propre direction.
Et nous arrivons maintenant au dernier étage du musée, celui de l'impressionnisme proprement dit.
Quels sont donc les principes autour desquels se retrouvent les artistes de ce groupe ?
Peindre ce qui les entoure l’heure, la lumière, l’atmosphère ; mais surtout saisir l’instant, la vie quotidienne à un moment précis. Le faire avec des couleurs claires et une touche rapide. Et après cela, il y a la manière de chacun.
De Fantin-Latour : « l’Atelier de Manet » où on voit le peintre entouré de ses amis impressionnistes.
Nous allons maintenant examiner les différents peintres impressionnistes un par un mais l’heure tourne et, à ce stade de la visite, nous savons que nous ne disposerons que quelques minutes pour regarder les tableaux. Impossible de prolonger, nous dit Valérie-Virginie car l’heure de la réservation au restaurant doit être impérativement respectée. Alors un tableau par peintre, pas plus !
- Caillebotte : « les Raboteurs de parquet »
Encore l’un de ces sujets nouveaux apportés par le réalisme, le labeur des classes ouvrières. Ici un cadrage insolite, une perspective relevée originale et un jeu de reflets exceptionnels.
Célèbre histoire du « legs Caillebotte ». Caillebotte était fortuné et aidait ses amis, souvent dans une misère noire, en achetant leurs tableaux. Il rassembla ainsi une fabuleuse collection qu’il légua à l’état. A sa mort prématurée en 1894 (à l’age de 36 ans) l’état jugea la collection indigne de figurer dans les musées français. Les Américains se portèrent acquéreurs mais des voies s’ élevèrent en France pour protester et finalement, seule une partie du legs fut acceptée, aujourd’hui au musée d’Orsay. L’autre partie fut le point de départ de la richesse des collections américaines.
Degas : « La classe de danse »
Degas n’est pas un peintre de paysage. Alors en quoi est-il impressionniste ? Parce qu’il saisit le quotidien sur le vif et joue des reflets de lumière, comme par exemple dans ses nombreux et célèbres tableaux de danseuses.
Mais Degas aussi s’est penché lui aussi sur le labeur des classes modestes comme ici dans
« Les repasseuses »
à rapprocher des Blanchisseuses de Daumier.
Encore des nouveautés : La toile nue est visible par endroits. Apparition d’un cerne noir. Impensable à l’époque !
Virginie-Valérie nous presse d’achever la visite car le déjeuner nous attend. C’est donc au pas de charge que nous défilerons à toute vitesse devant les autres tableaux.
Renoir : « Bal du Moulin de la Galette »
Grande composition saisie sur le vif. Elle reflète la joie et le bonheur. On note le mélange des milieux sociaux.
Monet : deux de ses nombreuses« cathédrale de Rouen » et un exemple de «nymphéas »
Que dire de Monet en deux minutes, en trois lignes ?
Notre guide attire notre attention sur le goût du Peintre pour les séries. Un même endroit pris en différentes saisons, différents jours, à différentes heures et par un temps différent. Ainsi la cathédrale de Rouen, d’heure en heure, se métamorphose en fonction des changements atmosphériques.
Quelques années plus tard, à Giverny, Monet commencera les nymphéas et les peindra pendant 30 ans.
Nous passons rapidement devant des Cézanne, des Pissarro et autres Sisley. Mais comment ne pas prendre un instant pour Van Gogh ? Nous nous arrêtons devant sa « Chambre à Arles ».
Impressionniste de la deuxième génération (parfois appelé post-impressionnisme) Van Gogh en un dessin rapide, des couleurs arbitraires et une perspective toute personnelle exprime ses sentiments et sa vie de souffrance. Les peintres de l’impressionnisme pur montraient la vie quotidienne mais n’exprimaient pas leurs sentiments. Vincent a, entre autres, l’art d’humaniser les objets, de donner à chacun une vie propre. Ceci est particulièrement sensible dans ce « portrait » de sa chambre.
Le temps qui nous est alloué est écoulé alors rapidement, une conclusion.
Monet avec ses nymphéas frôle l’abstraction.
Van Gogh exprimant son mal de vivre ouvre la voie à l’expressionnisme.
Gauguin prélude le symbolisme.
Cézanne, s’attachant à la solidité et au dépouillement des formes est le précurseur du cubisme.
L’impressionnisme a profondément et définitivement transformé l’art de peindre !
Pause déjeuner...
Nous sommes accueillis au grand restaurant du musée d’Orsay. Nourriture excellente, bien présentée, dans un magnifique décor de miroirs et plafonds peints.
Restauré, revigoré, chacun ayant suivi le chemin de son choix pour effectuer le trajet qui sépare le Musée d’Orsay de la Sorbonne, le groupe (moins un - amicale pensée à celui qui n’a pu continuer) se retrouve sur la place de la Sorbonne.
Suivant Virginie–Valérie (toujours représentante d’Action et Loisirs) nous descendons jusqu’à la rue des Ecoles afin d’entrer EN Sorbonne par la grande porte. Oui, selon la tradition, que je m’en voudrais de ne pas respecter, il convient de dire, selon les explications qui nous seront données tout à l’heure, EN Sorbonne et non à la Sorbonne.
Dans le grand hall il y a foule. Un autre groupe, de la même importance que le nôtre, se présente en même temps que nous pour une visite. C’est alors que survient la désagréable surprise :
1. Des deux conférenciers prévus, un seul est disponible. Il prendra donc les deux groupes ensemble. Qu’est-il advenu de l’autre ? Mystère !!! Reste la déplaisante réalité que nous somme 60 personnes avec un seul guide,
2. lequel commence par nous expliquer que, malheureusement, il ne nous sera pas possible de visiter le grand amphithéâtre (clou de la visite !!!) car celui-ci est fermé pour travaux et ne rouvrira qu’au mois de Mai (bruyants en plus les travaux ; nous les entendons, ô combien ! et les entendrons tout au long de l’après-midi).
Je suis furieuse ! Intérieurement je bous (au secours ! bouillir à la première personne, comment ça s’écrit ?), mais que faire ? Valérie-Virginie n’était pas au courant non plus et me promet d’en parler à son directeur que j’ai bien l’intention d’appeler moi-même dès le lendemain.
Ma petite Eliane (oui, j’ai la faiblesse de me traiter avec douceur) calme toi maintenant et prends des notes ! On verra plus tard !!! Quant même (grrrrrrr…), ils auraient pu nous prévenir, nous aurions reporté la visite. Quelle désinvolture ! Ils vont m’entendre !!!
Mais ma colère m’a déjà fait perdre quelques explications. Je me concentre donc sur mon calepin et mon stylo.
A la réflexion, quelle chance que notre visite n’ait pas été prévue en mars !
Et maintenant entrons dans le vif du sujet. Nous nous trouvons dans le Grand Hall d’entrée du Palais Académique qu’est la Sorbonne. L’intitulé « Sorbonne » englobe aujourd’hui quatre Universités parisiennes :
Paris I (la Sorbonne proprement dite, qui abrite également l’Observatoire de la Sorbonne) Paris III, IV et V. Les locaux accueillent également le Rectorat de l’Académie de Paris, l’Ecole des Chartes et l’Ecole pratique des Hautes Etudes.
TOUTES LES DISCIPLINES (notre guide insiste sur ce point) y sont enseignées, comme au Moyen-âge : lettres, sciences, droit, médecine et ce n’est qu’en 1970 que la partie scientifique a été cédée à Jussieu.
Autour de nous, les murs portent les plaques sur lesquelles figurent les noms des donateurs de toutes époques. Beaucoup sont connus : Grimaldi, Visconti, Rothschild, Rockefeller etc…
En face de nous quelques marches conduisent vers trois portails majestueux ornés des symboles du lieu. Les portails latéraux ouvrent sur deux galeries, Portail d’Homère vers la galerie des Lettres, Portail d’Archimède vers la galerie des Sciences. Le portail central est celui du Public, derrière lui le grand escalier car on « monte » vers le Savoir. C’est celui que nous emprunterons. Nous réaliserons très vite qu’ici le Symbole est omniprésent.
Mais avant de monter sinon vers le Savoir, du moins vers le premier étage, je brosserai si vous le voulez bien, en une seule fois, un rapide tableau historique regroupant quelques-unes des informations recueillies tout au long de notre visite.
L’histoire de la Sorbonne, au cours des siècles, a été si intimement liée à celle de l’Université de Paris qu’elle en est devenue le symbole. Elle doit son nom à son fondateur, Robert de Sorbon, chapelain et confesseur du roi de France Louis IX, notre Saint-Louis national.
Au XIIIe siècle l’établissement n’était que l’un de ces petits collèges de la montagne Sainte-Geneviève réservés aux étudiants pauvres où ceux-ci, peu nombreux, étudiaient en plein air et écrivaient sur leurs genoux. Il n’y avait alors que deux bâtiments de part et d’autre d’une cour .
L’enseignement n’était dispensé qu’en Latin, d’où le nom du quartier.
Ecole de théologie à l’origine, le collège de Sorbon diversifie rapidement son enseignement. Sa réputation grandit et il est cocasse de nos jours d’observer que le prestige « international » rapidement acquis était dû au fait que les étudiants venaient des quatre nations (française, picarde, normande et anglaise).
Au XVIIe siècle les bâtiments sont menacés de ruine. Richelieu postule en 1622 pour devenir proviseur de la Sorbonne. L'Université trouve en ce futur premier ministre de Louis XIII, un protecteur et dirigeant avisé qui la fera reconstruire totalement de 1624 à 1642 année de sa mort. Architecte Jacques Lemercier.
Pillée et fermée par la Révolution la Sorbonne fut rendue à l’enseignement au début du XIXe siècle. A la fin du même siècle, la IIIe Républiquela reconstruira à son tour sous la forme que nous lui connaissons. La pose de la première pierre aura lieu le 3 Août 1885.
Centre de ralliement de la contestation en Mai 1968 la Sorbonne est réorganisée depuis en universités autonomes mais reste le symbole de l’Université Française.
Nous passons donc le magnifique portail du public, orné des symboles du lieu et nous trouvons dans un hall spacieux, très haut de plafond, devant l’entrée principale du grand amphithéâtre, au pied d’un imposant escalier de marbre à deux volées latérales de marches (d’un côté l’escalier des Sciences, de l’autre l’escalier des Lettres).
Nous nous arrêtons un instant dans ce hall. Le conférencier attire notre attention sur quelques symboles :
- les quatre colonnes représentent les piliers de la République française
- sur l’ancien Blason Royal de l’Université de Paris figurent, la Main de Dieu, une étoile de David représentant la voûte céleste, 3 fleurs de lys, un livre représentant tant la Bible que la Théologie ou le Savoir en général et les palmes académiques. Mais n’oublions pas que la Sorbonne a été reconstruite sous la 3e République. S’il était important de rappeler le passé royal de l’établissement, on a tout de même placé ce blason … sous l’escalier (« faut quand même pas abuser ! »).
Nous gravissons les marches admirant au passage la merveilleuse rampe en fer forgé et cuivre ciselé, ornée des armoiries des villes de France qui en 1789 comptaient une université et au départ de laquelle figure une sphère céleste (le Savoir est universel).
Nous voilà maintenant dans un vaste espace quadrangulaire aux hautes colonnes cannelées et aux murs décorés d’un vaste ensemble de peintures : le péristyle. Au dessus de la corbeille centrale (par laquelle on aperçoit au-dessous le hall dont nous venons) un vitrail aux armes de la Ville de Paris.
Côté Lettres on trouve :
- La remise de la Charte de Saint-Louis à Robert de Sorbon en 1257 sur fond de Paris du Moyen-âge.
- La reconstruction de la Sorbonne par Richelieu ; pose de la première pierre.
- Figurent aussi les grand écrivains de chaque siècle, chacun ou chaque groupe représenté avec une scène caractéristique.
Côté Sciences
- Tous les grands scientifiques de chaque époque , par exemple au 16e s. Ambroise paré et Bernard Palissy qui ouvre le premier cours public de minéralogie
- Puis viennent Jussieu, Buffon, Descartes, Pascal et son expérience sur la pesanteur sur fond de Place Royale, notre actuelle place des Vosges.
- Avançons dans le temps : Lavoisier, Berthollet, puis Laennec et son stéthoscope et bien d’autres encore ... A l’épisode d’Arago donnant des cours d’astronomie à l’amphithéâtre de l’observatoire (milieu du 19e siècle) notons que l’on commence à apercevoir une ou deux femmes dans l’assistance.
Nous allons maintenant visiter quelques salles prestigieuses.
Toutes ont été parfaitement restaurées à l’identique.
Le Grand Salon de réception :Admirez un peu les suspensions !
C’est là que se déroule, entre autres, le bal EN Sorbonne. Nous sommes immédiatement saisis par la magnificence de cette immense salle de 27 m de long et 7 mètres de hauteur. Une débauche d’ors et de boiseries digne du plus riche des palais. Sur le plafond à caissons sont reproduits les écussons des villes de France possédant un lycée en 1885.
Aux extrémités de la salle, deux peintures : Prométhée enchaîné d’un côté, symbole du passé, Prométhée délivré de l’autre, symbole de l’avenir. Ne vous avais-je pas prévenus que tout ici était symbole ?
Dans un angle, le célèbre portrait du Cardinal de Richelieu par Philippe de Champaigne.
Ø La Salle des Actes
Comme son nom l’indique elle sert à tous les actes officiels. Destinée à réunir une fois par mois les 24 recteurs de France elle comporte autour de la table, 24 sièges en cuir de Cordoue travaillé au repoussé.
Dans une vitrine, notre guide attire notre attention sur le sceau du 13e siècle et le masque mortuaire de Richelieu.
Ø La Salle des Commissions
Claire, lumineuse, c’est l’ancienne salle à manger officielle mais les cuisines étant complètement à l’opposée du bâtiment ( on aime manger chaud !) elle a été transformée en salle de réunion. Redécorée au début du XXe siècle ses murs verts clairs portent des scènes de paysages méditerranéens. Sur l’un d’eux subsiste depuis la dernière guerre l’impact de deux balles allemandes.
Profitant que les 60 que nous sommes sont répartis tout autour de cette immense table et non tassés les uns sur les autres, notre conférencier nous glisse quelques informations complémentaires d’ordre général :
Les locaux de la Sorbonne occupent 100.000 m² sur 4 niveaux. Ils comprennent - liste non exhaustive - 22 amphithéâtres, 2 musées, 16 salles d'examens, 22 salles de conférences ou de réunion. Il y a en plus des appartements privés, dont ceux du Recteur (qui d’ailleurs en a deux, un privé et un officiel).
Ø La Salle des autorités
Plus qu’une salle, c’est un hall d’apparat situé devant l’entrée latérale du grand amphithéâtre.
Claire, spacieuse, marbres, colonnes, peintures murales (elles évoquent, nous en avons pris l’habitude, d’une part les Lettres - éloquence, philosophie, histoire poésie - d’autre part les sciences - astronomie, mathématiques, zoologie, radioactivité et magnétisme) . Je n’ai peut-être pas été la seule à avoir parfois un peu de mal (et ceci est un euphémisme) à comprendre la relation entre le sujet et ce que je vois !!!
Nous sommes dans le hall d’entrée des officiels. C’est là, en particulier, que se forme le cortège de toutes les personnes et personnalités participant à la cérémonie très protocolaire de nomination de Docteur Honoris Causa. C’est un prix décerné en grande pompe, qui réunit les récipiendaires avec leurs parents, la direction de l’université, les enseignants etc… Pour des raisons d’économie, cette cérémonie n’a plus lieu que tous les deux ans.
C’est aussi dans cette salle que le 23 Juin 1894, en présence du baron Pierre de Coubertin, fut signé par le Comité Olympique l’acte de réorganisation des jeux Olympiques.
Ø La Cour
Et nous débouchons dans la célèbre Cour d’honneur. C’est ici même que les étudiants du collège d’origine recevaient leur enseignement. En face de nous la Chapelle.
Notre conférencier attire notre attention sur certains éléments :
. la plaque commémorant la fondation en 1257 du collège par Robert de Sorbon
. la marque au sol de l’ancienne petite chapelle qui n’existe plus
. le cadran solaire datant de la Sorbonne de Richelieu, le seul qui subsiste des 4 de l’époque.
. sur l’un des côtés, au premier étage, les fenêtres de la grande bibliothèque (ne se visite pas) qui contient 3 millions de volumes répartis sur 40 km de rayonnages.
Ø La Chapelle
C’est une chapelle à double entrée, l’une sur la place de la Sorbonne, d’où l’on voit sa coupole (l’une des premières de Paris) l’autre sur la Cour. Deux entrées, donc deux façades et à l’intérieur deux parties sur deux niveaux différents.
Il s’agit bien d’une chapelle et c’est à tort qu’on parle parfois d’église. C’est la chapelle privée de Richelieu qui, mort en 1642 avant la fin de la construction, avait demandé par testament d’y être enterré après avoir été embaumé. Le Cardinal, fondateur et proviseur de la nouvelle Sorbonne avait en effet conçu cette chapelle comme son mausolée. Louis XIII, à qui il restait tout juste un an à vivre, eut à cœur de respecter ce vœu, et c’est là le début d’une histoire tout à fait rocambolesque dont je ne pourrai ici vous livrer que des bribes,
1. parce que c’est trop long et trop compliqué (on pourrait écrire un roman)
2. parce que, grattant mon calepin depuis le matin, je commence à me lasser un peu et n’ai pas noté tous les détails. Quant à ma mémoire, mieux vaut ne pas y compter !
Entrons. D’une belle architecture classique la chapelle est froide, humide, nue et en mauvais état mais en cours de restauration. Par chance il s’y trouve quelques bancs pour s’asseoir ; nos jambes commencent à en avoir rudement besoin.
Il subsiste quelques peintures, dont quelques-unes de Philippe de Champaigne et un orgue de Dallery non entretenu depuis 150 ans. Le Christ de l’autel est moderne.
Au centre de la partie haute trône le tombeau de Richelieu, imposant monument de marbre (un seul bloc s’il vous plait !) sculpté par François Girardon. Pour ceux qui n’étaient pas avec nous je dirai que le Cardinal est à peu près grandeur nature.
La Sorbonne , dans sa totalité, a été pillée à la révolution. Dans la chapelle les révolutionnaires, à la recherche de trésors, avaient ouvert tous les cercueils qui y avaient été rassemblés, sans ménagements vous l’imaginez. Le monument en conserve quelques séquelles.
Lenoir, responsable des Beaux-Arts sous la Terreur, décide alors de protéger le tombeau. Il l’emporte et le cache. Mais trop tard pour préserver le corps du Cardinal dont les émeutiers s’étaient emparé et avaient tranché la tête. C’est la seule partie qui fut conservée, à partir de laquelle sera réalisé le masque que nous avons vu dans la vitrine.
Sous Napoléon III le crâne fut remis dans le tombeau dans lequel se trouverait également un petit doigt de Richelieu. Et ce n’est qu’en 1971 que le tombeau, vide à part les éléments ci-dessus mentionnés, fut remis à l’endroit où nous le contemplons aujourd’hui.
Fin de la conférence.
Nous nous séparons dans la cour de la Sorbonne, non sans avoir pris la traditionnelle photo de famille. La visite, un peu longue peut-être mais très enrichissante a duré trois heures.
Il me sera expliqué le lendemain, lorsque j’appellerai l’agence pour râler sur le groupe de 60 personnes et l’impossibilité de visiter le grand amphithéâtre que, à titre de compensation, la visite a été volontairement prolongée par notre conférencier (le meilleur, choisi exprès pour nous) et qu’il nous a aussi fait ouvrir certaines salles non prévues au programme initial.
Il me sera également rapporté que seuls les conférenciers appartenant à l’Etablissement ont le droit d’exercer à la Sorbonne (devrais-je dire EN Sorbonne ?) et que celle-ci a jugé bon à 11 H du matin d’expédier l’un des deux guides prévus cet après-midi là pour les deux groupes vers une mission plus urgente. Il paraît que ce n’est pas la première fois.
A bientôt pour une autre visite !
P.S. S’IL VOUS PLAIT !
Nous cherchons des volontaires pour rédiger de temps à autre ne serait-ce qu’un petit bout de compte rendu de sortie ! Une demi-journée à la fois. Cela nous rendrait bien service ! Merci aux courageux de bien vouloir se faire connaître.